Justice

Empoisonneuse, mais pas tueuse : 14 ans de prison en appel pour Patricia Dagorn

  • PubliĂ© le 15 janvier 2019 Ă  19:25
  • ActualisĂ© le 15 janvier 2019 Ă  19:44
Empoisonneuse, mais pas tueuse : 14 ans de prison en appel pour Patricia Dagorn

Empoisonneuse, mais pas tueuse : Patricia Dagorn a écopé de la peine maximale, 14 ans de prison, pour avoir administré du Valium à deux de ses amants, mais a obtenu son acquittement pour l'assassinat de deux autres.

L'accusation décrivait Mme Dagorn comme une empoisonneuse en série, s'attaquant à des hommes d'ùge mûr sur la CÎte d'Azur pour faire main basse sur leurs biens. Les jurés l'ont condamnée à la peine maximale encourue pour "administration de substances nuisibles" à deux octogénaires.

Ses victimes, Ange Pisciotta et Robert Vaux, avaient rencontrĂ© en 2011 Mme Dagorn via une agence matrimoniale. InstallĂ©e depuis peu sur la CĂŽte-d'Azur, celle-ci les a empoisonnĂ©s au Valium, versĂ© selon l'enquĂȘte dans leur salade d'endives, leur gĂąteau au chocolat ou encore leur cafĂ© pour en cacher l'amertume.
AprĂšs avoir coupĂ© ses victimes de leur entourage, elle tentait d'ĂȘtre dĂ©signĂ©e comme leur lĂ©gataire ou d'obtenir des fonds.

Mais les jurĂ©s d'appel n'ont pas suivi l'avocate gĂ©nĂ©rale, qui avait requis 30 ans de rĂ©clusion criminelle. Contrairement au verdict de premiĂšre instance Ă  Nice, oĂč Mme Dagorn avait Ă©copĂ© de 22 ans de prison, l'accusĂ©e, ĂągĂ©e de 58 ans, a Ă©chappĂ© Ă  une condamnation criminelle pour l'assassinat de deux autres anciens amants.
Francesco Filipponne, un maçon retraité de 85 ans, est mort en février 2011, prÚs de Cannes, et un autre de ses amants, Michel Knefel, un SDF qu'elle fréquentait, a succombé dans un hÎtel niçois. Tous deux avec des traces de Valium dans le sang.
Mardi matin, dans ses derniers mots depuis le box de la cour d'assises d'appel d'Aix-en-Provence, Mme Dagorn, vĂȘtue d'un ample pull beige, avait une nouvelle fois clamĂ© son innocence. "Je suis victime d'une erreur judiciaire", avait lancĂ© cette accusĂ©e en dĂ©tention prĂ©ventive depuis sept ans, et dont les propos dĂ©cousus ont plus d'une fois dĂ©routĂ© la cour.

Passionnée de cuisine

Son avocat CĂ©dric Huissoud avait plaidĂ© l'acquittement, dĂ©nonçant une procĂ©dure "sans queue ni tĂȘte" et "sans Ă©lĂ©ment" prouvant que Mme Dagorn avait pour but d'escroquer les victimes en volant leurs biens ou en captant leur hĂ©ritage.
Il avait soulignĂ© la fragilitĂ© des multiples expertises sur laquelle s'appuyait l'enquĂȘte, que ce soit pour dĂ©crire la psychologie complexe de l'accusĂ©e ou pour tenter de retracer les circonstances de la mort des victimes. L'une avait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e dĂ©cĂ©dĂ©e de cause naturelle par son mĂ©decin.
Lors du procĂšs en appel, une enquĂȘtrice avait dĂ» reconnaĂźtre l'absence de preuve dans le dossier, aprĂšs avoir dĂ©crit un "mode opĂ©ratoire immuable, comme chez les tueurs en sĂ©rie". Pour entrer en contact avec ses victimes, Mme Dagorn faisait appel Ă  des agences matrimoniales, indiquant vouloir rencontrer des hommes aisĂ©s, de 50 Ă  80 ans ou plus.

L'avocate générale Béatrice Vautherin avait au contraire souligné la "dangerosité" de Patricia Dagorn, s'alarmant d'une certaine "jouissance à donner la mort à ces vieux messieurs", et de "la haine qu'elle a à l'égard des hommes".
"Les ĂȘtres que l'on rencontre Ă  la cour d'assises ne sont pas des monstres", avait cependant insistĂ© la magistrate, s'indignant du surnom de "Veuve noire de la CĂŽte d'Azur" dont a Ă©tĂ© affublĂ©e Mme Dagorn, qui a grandi dans une famille d'accueil, n'a jamais travaillĂ© et a Ă©tĂ© brutalisĂ©e et violĂ©e par son ex-mari.
Elle avait décrit une accusée vivant "sans loi et sans lien avec personne", mais avec une lubie, "faire main basse sur la richesse des autres". Une obsession dont la prison ne l'aurait pas guérie, selon la magistrate, qui a exhumé une lettre envoyée par Mme Dagorn, alors en détention, à une nouvelle agence matrimoniale, en Suisse, pour y trouver des millionnaires à épouser.

Mme Dagorn a expliqué à l'audience suivre des soins psychiatriques en prison et envisager déjà une réinsertion. "Passionnée" de cuisine, celle qui a été condamnée pour deux empoisonnements s'imaginerait bien devenir serveuse, dans un bar ou un restaurant.

AFP

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