Les attentats du 13 novembre, comme ceux de janvier, ont nourri la propagande du groupe Etat islamique (EI), avec une multiplication de vidĂ©os de jihadistes francophones qui, depuis la Syrie, laissent libre cours Ă leur haine pour la France, "tĂȘte des croisĂ©s".
Selon les derniers chiffres, plus de mille personnes ont rejoint de France la Syrie et l'Irak, dont environ 600 y sont toujours. Quelque 500 Belges ont été identifiés, dont 270 encore sur place. Ces combattants francophones sont réguliÚrement mis à contribution pour menacer la Belgique et la France, "ennemi N. 1" de l'EI, comme la décrit un jihadiste dans une de ces vidéos diffusées notamment via les réseaux sociaux.
Pour le spĂ©cialiste du terrorisme Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), les griefs entretenus par les jihadistes envers la France sont nombreux, en commençant par l'image de "la France, fille aĂźnĂ©e de l'Eglise, d'oĂč sont parties les croisades au Moyen-Age". "A cela vient s'ajouter la conviction absolue qu'ils ont que les musulmans sont maltraitĂ©s en France, avec les lois sur le voile Ă l'Ă©cole et la laĂŻcitĂ©", ainsi que "les campagnes de bombardements en Syrie et en Irak": "la France devient l'ennemi absolu, abominable, avant mĂȘme les AmĂ©ricains", notamment pour l'EI, dit-il Ă l'AFP.
Dans un message lu et diffusĂ© le 14 novembre, le Toulousain Fabien Clain prĂ©vient "la France et ceux qui suivent sa voie (...) qu'ils restent les principales cibles de l'Ătat islamique et qu'ils continueront Ă sentir l'odeur de la mort", notamment pour avoir frappĂ© la Syrie "avec leurs avions qui ne leur ont profitĂ© en rien dans les rues malodorantes de Paris".
Le ton est donné pour les vidéos qui suivent. Les premiÚres, le 16 novembre, "Combattez tous les associateurs" ou "Joie des musulmans de l'attaque de Paris", sont en arabe, avec notamment un discours d'Abou Mohamed Al Adnani, porte-parole du groupe jihadiste.
Mais apparaissent trĂšs vite des films en français ou bilingues. Le 17, "Combattez-les, Allah par vos mains les chĂątiera" s'ouvre sur un jihadiste francophone qui fĂ©licite les tueurs de Paris "venus pour venger les musulmans". "Dieu nous a accordĂ© une bonne victoire", renchĂ©rit un autre, "Abou Omar al-Faransi" (le Français), dont les enquĂȘteurs pensent qu'il s'agit d'un converti, Christophe Ouerad. "C'est un honneur pour la communautĂ© de savoir qu'il y a encore des lions qui sont aux aguets et qu'ils arrivent Ă pĂ©nĂ©trer les frontiĂšres de ces diables, pour les humilier", poursuit le jihadiste filmĂ© en train de prier. Un autre conclut: "On continuera Ă frapper chez vous, dans le coeur de votre capitale".
"Par leurs vidĂ©os de propagande", les organisations jihadistes "veulent que des personnes se reconnaissent dans les actions comme les attentats de Paris, qu'elles les reproduisent", expliquait il y a quelques mois Ă l'AFP une source policiĂšre française. "J'encourage tous les frĂšres français et tous les frĂšres dans le monde de faire la mĂȘme chose, de se prĂ©parer, de les combattre comme ils nous combattent", exhorte ainsi un homme encagoulĂ© dans "Paris s'est effondrĂ©", mise en ligne le 20 novembre.
"Empoisonnez-les, tuez-les avec des couteaux, prenez leurs armes, rentrez dans leurs maisons, Ă©gorgez-les, terrorisez-les!", demande dans "Faites exploser la France", diffusĂ©e le 21, un homme que les services spĂ©cialisĂ©s pensent avoir identifiĂ© comme un Français de 23 ans. "Oui, nous sommes des terroristes!", revendique-t-il. "Vous ĂȘtes la cible N.1, vous la France, vous la tĂȘte des croisĂ©s!", "Nous avons des frĂšres prĂȘts Ă exploser la France dans les quatre coins de France!"...
Dans "La France Ă genoux", "Abou Tayssir al Faransi" prĂ©vient ses compatriotes: "Pour vous, vivre en paix sera un rĂȘve et un luxe".
Face à cet activisme sur internet, lieu de radicalisation de nombreux jeunes, le gouvernement français a lancé sa propre campagne avec le site stop-djihadisme.gouv.fr, pour diffuser un contre-discours.
AFP

