Depuis ce mardi 1er septembre 2026, tous les entrepreneurs de La Réunion doivent se plier à la facturation électronique. Si les chefs d'entreprises ont bien connaissance de l'entrée en vigueur de cette nouvelle règlementation, la mettre en place c'est tout autre chose… Refus de la nouveauté ? Défenseurs de la facturation à l'ancienne ? Non… des entrepreneurs peu convaincus par la forme et le fond de cette énième réforme de l'État (Photo : Stephan Laï-Yu/wwwimazpress.com)
Au Port, Cathie Buscemi présidente de l'association des commerçants du Port, avoue ne pas être encore passée à la facturation électronique, même si elle conçoit être au courant depuis un an. "On ne s'en est pas trop occupés. On ne comprend pas trop le but du système qui, bien au contraire de ce que l'on veut laisser croire, est une surcharge de travail", dit la commerçante.
Un désintérêt que les acteurs du commerce constatent également. "Nous avons proposé des webinaires pour accompagner les professionnels mais peu de candidats étaient présents", dit Patrick Serveaux, président de l'Union des métiers de l'hôtellerie et de la restauration de La Réunion (UMIH).
Pourtant, ce n'est pas faute de faire des post ou d'envoyer des mails d'informations aux professionnels pour les alerter ou proposer de les accompagner.
D'autant que cette réforme a pour objectif d'éviter les factures impayées, première cause de faillite dans les entreprises. L’an dernier, 18.000 faillites ont été provoquées par des factures impayées, d’après la Banque de France.
- Les entreprises réunionnaises auraient-elles peur de la facturation électronique ? -
Peur de voir du changement dans la façon de fonctionner ? Ou simple refus ? "Non" pour Pierrick Robert, président de la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion (CCIR).
"Une partie des entreprises réunionnaises, notamment les plus petites structures, est déjà confrontée à de nombreuses contraintes quotidiennes : inflation, recrutement, trésorerie, coût des matières premières. Elles ne sont pas encore prêtes "au tout numérique", la fracture est importante", précise l'élu de la CCIR.
"Ce n'est pas quelque chose de facile à mettre en place quand vous avez des années de système en place", explique Chakil Omarjee, vice-président de l'Union des commerçants de Saint-Denis (UCD).
Concernant les très petites entreprises (TPE), il faut comprendre "leur économie est d’abord une économie humaine et de proximité. Derrière une TPE, il n’y a pas un service administratif, un service informatique, un service juridique, un service RH et un service comptable. Il y a très souvent une femme ou un homme qui fait tout", lance Younous Adame, président de l'ORTPE (Organisation Réunionnaise des Très Petites Entreprises).
"Le matin, il faut ouvrir le commerce ou l’atelier, servir les clients, chercher du chiffre d’affaires, gérer les fournisseurs, les salariés lorsqu’il y en a, la banque, les charges et, le soir, trouver encore le temps de faire l’administratif. Alors oui, les entreprises avaient été informées de l’arrivée de la facturation électronique. Mais être informé ne signifie pas forcément avoir eu le temps et les moyens de s’y préparer", dit-il.
- La facturation électronique, un coût pour les entreprises -
Autre frein pour les entreprises, le coût. Parce que nous le savons : rien n’est véritablement gratuit. En effet, le cadeau de l'État n'est pas gratuit, même si au départ, cela devait l'être. L'entreprise doit choisir sur 150 plateformes privés, rien que ça,
Cela va coûter quelques dizaines d’euros, ou être intégré dans une offre bancaire professionnelle.
"Il peut y avoir le coût d’une plateforme ou d'un logiciel, de l’accompagnement, éventuellement de la comptabilité ou de la formation, mais il y a aussi quelque chose que l’on oublie souvent : le temps du chef d’entreprise a lui aussi un coût", interpelle Younous Adame.
"Pour une TPE qui compte chaque euro afin de maintenir son activité et ses emplois, quelques euros supplémentaires ici, puis quelques euros ailleurs, finissent par peser. Il faut donc être vigilant à ce que cette nouvelle obligation ne devienne pas une charge supplémentaire de plus pour nos petites entreprises", dit Younous Adame.
Que les clients se rassurent, cela ne concerne que les professionnels entre eux, ceux qui récupèrent la TVA. Cela ne changera rien à la facture que le professionnel vous enverra après avoir fait quelques des travaux chez vous.
- Les chefs d'entreprises réunionnaises veulent des réponses -
"Je ne crois donc pas que nos entrepreneurs aient simplement peur ou qu’ils ne veuillent pas avancer. C’est avant tout la réalité économique de nos TPE qu’il faut regarder. C’est aussi notre rôle à l’ORTPE : aller vers les entreprises, informer, expliquer et accompagner", dit Younous Adame.
"Comme à chaque grande réforme, les chefs d'entreprise cherchent à comprendre ce qui va réellement changer pour eux, quels seront les impacts, quels investissements seront nécessaires, et comment ils vont pouvoir s'adapter. C'est parfaitement légitime", argumente Katy Hoarau.
La présidente du Medef poursuit, "aujourd'hui, l'enjeu n'est pas de culpabiliser les entreprises, mais de les accompagner pour qu'elles réussissent cette transition dans de bonnes conditions".
C'est d'ailleurs le sens des ateliers menés par la CCIR depuis plusieurs mois.
L’administration a également prévu un guide pratique pour celles qui rencontreraient des difficultés et promet de la bienveillance jusqu’à la fin de l’année pour "les retardataires de bonne foi".
- La facturation électronique, il va falloir s'y faire -
À l’ORTPE, le message est simple : "la facturation électronique est là, il faut s’y mettre".
"Aujourd’hui, nous devons travailler avec les obligations et le calendrier qui sont en vigueur. Nous ne pouvons pas dire à nos TPE d’attendre en espérant un éventuel report, une suspension ou une modification du dispositif", dit son président Younous Adame.
"Je crois qu'il faut aborder cette réforme avec pragmatisme. Elle est là, le calendrier est maintenu. La question n'est plus de savoir si elle va arriver, mais comment nous allons nous organiser pour qu'elle soit la plus simple possible pour les entreprises. Mon message est donc très simple : ne paniquez pas, mais n'attendez pas. Plus on s'y prépare tôt, plus la transition sera facile", lance Katy Hoarau.
À La Réunion, plus de 100.000 entreprises à La Réunion, incluant les artisans, les commerçants, les indépendants, les PME et les micro-entrepreneurs sont concernées.
Les TPE et PME seront concernées par cette obligation d'émission en 2027.
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