Le verdict du scrutin pourrait tomber ce dimanche

En Afrique du Sud, l'ANC divisée sur le choix du successeur de Zuma

  • PubliĂ© le 17 dĂ©cembre 2017 Ă  13:16
  • ActualisĂ© le 17 dĂ©cembre 2017 Ă  13:36
Des délégués du CongrÚs national africain (ANC) à la conférence qui doit désigner un nouveau leader au parti qui dirige l'Afrique du Sud depuis 1994, le 16 décembre 2017 à Johannesburg

Les milliers de délégués du CongrÚs national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, ont repris dimanche les tractations préalables au choix du successeur de leur contesté président Jacob Zuma, crucial à deux ans des prochaines élections.


La bataille oppose le vice-président Cyril Ramaphosa, ancien syndicaliste reconverti en richissime homme d'affaires, à la candidate de M. Zuma, son ex-épouse et ancienne patronne de l'Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini Zuma. Dans la foulée d'une campagne indécise et tendue, les opérations de vote ont débuté à Johannesburg avec beaucoup du retard, engluées dans les contestations.

Le verdict du scrutin pourrait tomber au mieux dimanche soir ou lundi matin, a anticipé le porte-parole du parti Zizi Kodwa.
"Nous sommes encore en train de vérifier les accréditations des délégués", a-t-il dit à la presse, "il est difficile de dire quand le vote aura lieu ou quand les résultats seront proclamés tant que nous n'avons pas réglé ce problÚme". Plus de 5.200 délégués issus de toutes les sections locales et branches du parti doivent participer à ce vote à bulletins secrets.

Le vainqueur de ce duel au couteau Ă  de bonnes chances de devenir le prochain prĂ©sident du pays en 2019, Ă  la fin du deuxiĂšme quinquennat de Jacob Zuma. Mais, ainsi que l'a reconnu lui-mĂȘme samedi le chef de l'Etat en ouvrant la rĂ©union, le parti de l'icĂŽne Nelson Mandela a vu son Ă©toile sĂ©rieusement pĂąlir depuis sa large victoire lors premiĂšres Ă©lections libres de l'histoire du pays.

- "Frustration" -

"Notre échec à régler les problÚmes a commencé à peser sur notre mouvement", a concédé M. Zuma dans son discours d'adieu de chef du parti, citant "la corruption, la criminalité et l'emploi". Affaibli par la crise économique et les accusations de corruption qui visent Jacob Zuma, l'ANC a subi un sérieux revers aux élections locales de 2016 en cédant à l'opposition le contrÎle de villes de premier plan comme Johannesburg et Pretoria. Et de nombreux analystes lui prédisent déjà une défaite historique et la perte de sa majorité absolue aux élections générales de 2019.

"Notre peuple est frustrĂ© quand nous perdons du temps Ă  nous quereller entre nous plutĂŽt que de rĂ©soudre les dĂ©fis quotidiens auxquels il est confrontĂ©", a dĂ©plorĂ© M. Zuma samedi. Conscient des fractures qui minent son mouvement, le chef de l'Etat a appelĂ© samedi les candidats Ă  l'unitĂ© du parti. "Ils ont acceptĂ© de respecter les rĂ©sultats", a-t-il insistĂ©, "je veux que chacun d'eux garde bien ça en tĂȘte". Rien n'est mois sĂ»r, car la rivalitĂ© entre les camps des deux favoris semble Ă  son comble et menace de faire Ă©clater l'ANC. Soutenu par l'aile modĂ©rĂ© du parti, trĂšs apprĂ©ciĂ© des marchĂ©s, Cyril Ramaphosa, 65 ans, a promis de relancer l'Ă©conomie et violemment dĂ©noncĂ© la corruption du clan Zuma. "Nous dĂ©fendonc Cyril pour qu'il nettoie l'ANC (...) et le pays de la corruption et pour qu'il travaille pour les plus pauvres", a rĂ©sumĂ© Ă  l'AFP une dĂ©lĂ©guĂ©e, Natalie Gillion.

- "Unité" -

Il a reçu samedi un soutien de poids, celui de la présidente du Parlement Baleka Mbete. "Nous soutenons officiellement Cyril", a-t-elle annoncé samedi soir à la presse. Face à lui, Nkosazana Dlamini Zuma, 68 ans, a repris le discours de son ex-époux, sur la redistribution des richesses au profit de la majorité noire, dont une large partie continue à vivre dans la pauvreté un quart de siÚcle aprÚs la chute de l'apartheid.

"Nous soutenons la camarade Nkosazana Zuma parce que je trouve qu'elle dĂ©fend, qu'elle parle beaucoup de la transformation radicale de l'Ă©conomie", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP le chef de la Ligue des jeunes de l'ANC, Collen Maine. Ses adversaires reprochent Ă  Mme Dlamini Zuma de n'ĂȘtre qu'une marionnette de son "ex" et de lui avoir promis l'immunitĂ© judiciaire pour les scandales dans lesquels il est impliquĂ©. M. Ramaphosa a pris un petit avantage sur sa rivale en la devançant d'une petite longueur dans la course aux nominations par les sections locales du parti.

Mais la liberté totale de vote accordée aux délégués présent à la conférence peut aisément le remettre en cause. "Il est impossible de faire un pronostic car cela va se jouer à peu de choses", a commenté à l'AFP l'analyste Aubrey Matshiqi. "Un résultat trÚs serré pourrait provoquer une rupture ou, pire, bloquer la conférence", a-t-elle ajouté, "ce serait un désastre pour l'ANC parce qu'au lieu de préparer les élections de 2019, il serait obligé de gérer l'impact d'un tel effondrement".

AFP

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