En Champagne, une serre "coffre-fort" pour protéger la racine des vignes du changement climatique

  • PubliĂ© le 21 juin 2025 Ă  12:47
  • ActualisĂ© le 21 juin 2025 Ă  13:11
Une serre bioclimatique oĂč est prĂ©servĂ© le matĂ©riel vĂ©gĂ©tal de la vigne de plusieurs rĂ©gions viticoles, le 17 juin 2025 Ă  Blancs-Coteaux, dans la Marne

Une cathédrale de verre au coeur du vignoble champenois: une serre bioclimatique est inaugurée vendredi à Blancs-Coteaux (Marne) afin de préserver le matériel végétal de la vigne de plusieurs régions viticoles françaises de plus en plus menacé par les effets du changement climatique.

Avant d'ĂȘtre plantĂ© dans les vignes, un pied de vigne passe par plusieurs Ă©tapes de sĂ©lections, dont la prĂ©multiplication: une phase cruciale oĂč sont cultivĂ©es des "vignes mĂšres", Ă©levĂ©es dans un environnement trĂšs contrĂŽlĂ© pour garantir leur parfaite santĂ© sanitaire.

Ces vignes mĂšres fournissent les porte-greffes (la partie racinaire) et les greffons (la partie qui portera les raisins), maillon essentiel du vignoble, qui seront ensuite assemblĂ©s par des pĂ©piniĂ©ristes avant d'ĂȘtre vendus aux viticulteurs.

Jusqu'Ă  prĂ©sent, cette phase de prĂ©multiplication se faisait en plein champ, notamment Ă  Gionges pour la Champagne, oĂč SĂ©bastien Debuisson et son Ă©quipe veillent sur ces plants sensibles.

"Ces vignes sont conservées à l'écart des autres parcelles pour éviter toute contamination par des parasites, insectes, virus ou champignons. Elles sont contrÎlées chaque année, mais restent exposées au milieu naturel et donc aux maladies et virus", explique M. Debuisson, directeur qualité et développement durable au Comité Champagne.

"Ces vignes sont exposées à des aléas climatiques et aux nouveaux bio-agresseurs liées au réchauffement climatique", poursuit l'ingénieur.

La nécessité de préserver ce patrimoine végétal dans des conditions de sécurité optimales, qui s'est imposée au 19e siÚcle quand le parasite phylloxéra a ravagé les vignes françaises, devient encore plus pressante face aux menaces climatiques.

La Champagne, le Beaujolais, et la Bourgogne se sont alliés pour concrétiser ce projet d'un coût de plus de 8 millions d'euros, financé en grande partie par des fonds publics, afin de pérenniser l'avenir de ces vignobles.

Les plants les plus stratégiques sont peu à peu transférés en milieu confiné et hors-sol, dans un "coffre-fort" : une serre ultra-sécurisée, baptisée Qanopée.

Un serre similaire mais plus petite a été lancée dans le Bordelais, et d'autres sont en projet.

- variétés inédites -

La serre trÚs lumineuse, d'une surface de 4.500 m2, se distingue par sa haute structure métallique blanche et ses vastes baies vitrées. 

EntiÚrement hermétique aux insectes, elle offre un environnement totalement contrÎlé : température, humidité, irrigation, fertilisation.

Elle a déjà reçu ses premiers plants, qui sont cultivés dans des pots hors-sol et connectés à un systÚme d'irrigation par goute-à-goutte automatisé. La serre dispose d'un systÚme de régulation climatique, alimenté par les eaux de drainage et de pluie.

Ici, "nous pouvons rĂ©guler le climat et nous ne sommes pas dĂ©pendants des sĂ©cheresses, des vents violents ou des grĂȘles liĂ©s au changement climatique", souligne CĂ©lia BorrĂ©go, responsable du site. Aussi, "si des plants produisent peu ou pas, ou s'ils sont malades, on peut les Ă©vacuer trĂšs vite et les remplacer, nous pouvons ĂȘtre trĂšs agiles".

Outre la météo, la serre protÚge "de tous les insectes vecteurs de maladies, qu'il s'agisse les nématodes, de cicadelle" et permet de "prévenir la propagation de virus graves comme le court-noué, la flavescence dorée ou le GPGV", détaille Mme Borrégo.

L'accÚs à la serre est strictement contrÎlé : pour y pénétrer il faut passer un sas de décontamination et porter des protections individuelles - blouses, surchaussures et charlotte.

Les premiers plants issus de cette serre devraient ĂȘtre disponibles pour les pĂ©piniĂ©ristes en 2027.

Cet outil permet également "d'accélérer la production et la diffusion des variétés sélectionnées, qu'il s'agisse de cépages emblématiques comme le gamay, le pinot noir ou le chardonnay" ou encore "de nouvelles variétés résistantes" aux maladies, explique Bertrand Chùtelet, responsable technique Inter Beaujolais.

Les recherches sur des variétés inédites dans le vignoble traditionnel pour s'adapter aux changements climatiques en sont encore à leurs débuts, et la serre permettra d'expérimenter plus rapidement, explique-t-il.

 AFP

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