Quatre millions sont tués chaque année

En Chine, les amoureux des chats veulent leur éviter de finir dans l'assiette

  • PubliĂ© le 10 novembre 2023 Ă  11:05
  • ActualisĂ© le 10 novembre 2023 Ă  14:55
Un chat, repris aux trafiquants, dans un refuge Ă  Taicang, dans la province du Jiangsu, le 1er novembre 2023 dans l'est de la Chine

Quand Dabai, le matou adoré de Han Jiali, a disparu à Shanghai l'an dernier, la jeune femme a cherché, cherché... jusqu'à débusquer un réseau clandestin de trafic de viande de chat.

Dans le pays asiatique, la majorité des habitants ne mangent pas le félin.

Cela n'empĂȘche pas que chaque annĂ©e, environ quatre millions de chats sont tuĂ©s pour terminer dans l'assiette, selon une estimation de l'ONG amĂ©ricaine de dĂ©fense des animaux Humane Society International.

Ce marché illégal existe essentiellement dans les provinces de Guangdong et Guangxi, dans le sud de la Chine, selon l'ONG.

Pour Han Jiali, la recherche de son chat s'est transformée en une véritable croisade qui lui a coûté du temps et des milliers de dollars.

Elle a découvert toute une chaßne d'approvisionnement se fournissant en chats errants mais aussi parmi ceux, domestiques, qui s'aventurent en extérieur, dans la région autour de Shanghai.

Quand elle a vu des carcasses de chats dépecés à l'extérieur d'usines puis des restaurants de villages affichant l'animal au menu, elle a dû se rendre à l'évidence.

"J'ai dû admettre que mon chat était parti pour toujours", dit-elle avec émotion. "Il avait été mangé."

DĂ©sormais, elle veut Ă©viter que d'autres chats subissent le mĂȘme sort. Depuis un an, elle remplit des rapports de police, traque les voleurs de chats et envoie des pĂ©titions aux autoritĂ©s de la province du Guangdong.

- Menaces de mort -

La mission n'est pas sans danger: Han Jiali dit avoir reçu des menaces de mort de certains trafiquants. Et en décembre, un homme a délibérément percuté sa voiture sur une aire d'autoroute.

"J'ai eu peur et j'ai pensé à renoncer", raconte-t-elle.

"Mais si je me tais, qui sauvera (les chats) de cette situation misérable?"

A 33 ans, Han Jiali fait partie d'un groupe - certes réduit mais déterminé - de Chinois qui se battent contre la maltraitance des chiens et des chats, en l'absence de cadre institutionnel protecteur pour ces animaux.

Car en Chine, attraper un animal domestique qui se promÚne dehors n'est pas considéré comme un vol.

MĂȘme si la loi interdit de manger du chat, ceux qui l'enfreignent sont punis au titre de la sĂ©curitĂ© alimentaire, et non pour cruautĂ© animale.

Les militants, et mĂȘme certains commentateurs des mĂ©dias d'Etat, demandent de plus en plus l'adoption d'une lĂ©gislation protĂ©geant les animaux domestiques de tout mauvais traitement.

Mais ils se sentent démunis.

"Je suis quelqu'un d'ordinaire, mes capacités sont limitées", reconnaßt Han Jiali.

Il y a parfois de petites victoires, tout de mĂȘme: le mois dernier, avec l'aide d'autres activistes et de la police locale, elle a permis la saisie d'un camion transportant des centaines de chats Ă  la sortie de Zhangjiagang, prĂšs de Shanghai.

"Ils récupéraient des chats (piégés) à l'intérieur d'un cimetiÚre", explique-t-elle à l'AFP.

"En les observant, nous avons rapidement compris qu'ils avaient l'intention de vendre illégalement les chats capturés."

- Une Ăźle -

Les militants ont passé toute la nuit à faire la garde devant le cimetiÚre.

Le matin, un camion est apparu pour emporter des dizaines de minuscules caisses en bambou contenant environ 800 chats. C'est lĂ  que les policiers et les militants sont intervenus.

Les animaux sont désormais à l'abri dans la ville de Taicang, à une heure de Shanghai, dans un refuge géré par Gu Ming, 45 ans, qui travaillait auparavant dans le secteur pharmaceutique, et sa femme.

Beaucoup de ces chats sauvés avaient des os broyés, écrasés par le poids des autres animaux pendant le transport en camion, raconte Gu Ming.

Plusieurs dizaines d'entre eux ont succombé à leurs blessures ou aux infections virales qui se sont rapidement propagées entre les animaux serrés les uns contre les autres.

Des vétérinaires sont venus vacciner et stériliser les chats en meilleure santé.

AprÚs des semaines de traitement et d'isolement, une partie d'entre eux vit désormais une vie paisible, dans un grand enclos en extérieur, avec des arbres et des paniers recouverts de couvertures.

Gu Ming assume les frais du refuge avec ses propres économies.

Son projet? DĂ©placer tous les chats vers une petite Ăźle situĂ©e Ă  cĂŽtĂ© d'un temple local. Quelques dizaines de chats, sauvĂ©s par le passĂ©, vivent dĂ©jĂ  Ă  cet endroit, oĂč de minuscules huttes ont Ă©tĂ© construites.

Mais il aimerait que les choses changent dans son pays. "Il faut qu'on fasse pression pour une législation nationale (de protection des animaux domestiques, ndlr), car on ne peut pas juste dépendre d'individus ou de quelques groupes."

AFP

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