Le prix du pain au coeur des discussions

En Egypte, l'invasion de l'Ukraine fait plonger le pouvoir d'achat

  • PubliĂ© le 17 mars 2022 Ă  16:37
  • ActualisĂ© le 20 avril 2022 Ă  14:46
Un stand de boulanger au Caire, le 17 mars 2022

En Egypte, premier importateur de blé russe et ukrainien, on ne parle que d'une chose: le prix du pain. Face à une hausse allant parfois jusqu'à 50%, Le Caire va pour la premiÚre fois encadrer le tarif du pain non subventionné.

Le prĂ©sident Abdel Fattah al-Sissi en personne a convoquĂ© mardi les plus hauts responsables en Egypte, oĂč "maintenir un prix abordable pour les denrĂ©es de base est le socle de la stabilitĂ© du rĂ©gime depuis 60 ans", explique MichaĂ«l Tanchum du Middle East Institute.

Mais le prix du pain n'est pas le seul problÚme de Chaima Mohammed, habitante d'un quartier modeste du Vieux Caire. Au début du mois, cette quadragénaire avait fait le plein de courses pour 1.500 livres égyptiennes (87 euros). Aujourd'hui, elle a prévenu ses trois filles: avec une inflation au plus haut et un kilo de riz passé de huit à douze livres, soit de 0,50 à 0,70 euro, il va falloir se serrer la ceinture.

"J'Ă©tais dans le mĂȘme magasin il y a 15 jours, et aujourd'hui, pour le mĂȘme prix, j'ai la moitiĂ© de mon chariot, qu'est-ce qui s'est passĂ©?", s'emporte Mme Mohammed. Ce qui s'est passĂ©, c'est l'invasion de l'Ukraine par la Russie et une flambĂ©e inĂ©dite des prix des cĂ©rĂ©ales et du pĂ©trole. L'Egypte, premier importateur de blĂ© du monde, et ses 103 millions d'habitants -- dont le tiers vivent sous le seuil de pauvretĂ© -- en sont une victime collatĂ©rale. Car, en Egypte, 85% du blĂ© et 73% de l'huile de tournesol viennent des deux pays en guerre.

- Inflation et consommation "raisonnée" -

En Egypte, oĂč la consommation de pain par habitant atteint 130 kg par an -- bien au-dessus de la moyenne mondiale --, le premier indicateur de la crise sont les petites galettes. Ces derniers jours, leur prix est passĂ© d'une livre Ă  1,25 livre et le kilo de poulet a grimpĂ© de 20 Ă  35 livres, note Mme Mohammed. Et alors que le ramadan et ses dĂźners gargantuesques dĂ©butent en avril, l'inflation caracole dĂ©jĂ  pour la premiĂšre fois en trois ans Ă  10%, portĂ©e par les prix des aliments en hausse de 20,1%.

A cela, s'ajoute un autre risque, prĂ©vient la banque JP Morgan qui anticipe une dĂ©valuation. De quoi raviver de douloureux souvenirs dans le plus peuplĂ© des pays arabes qui avait subi en 2016 une dĂ©valuation de prĂšs de 50% dans le cadre d'une austĂ©ritĂ© dĂ©crĂ©tĂ©e en Ă©change d'un prĂȘt de 10,8 milliards d'euros du Fonds monĂ©taire international (FMI).

Le gouvernement a déjà annoncé avoir rehaussé son budget pour l'achat de blé de 865 millions d'euros. Une mesure qui s'ajoute à des subventions de plus de cinq milliards d'euros pour les denrées de base, dont plus de 57% uniquement pour le pain, qui profitent à plus de 70% des Egyptiens.

En Ă©change, le Premier ministre, Mostafa Madbouli, a exhortĂ© les commerçants Ă  "ne pas exploiter la situation", tout en appelant les Egyptiens Ă  "ĂȘtre raisonnable dans leur consommation pour ne pas forcer (l'Etat) Ă  devoir se tourner vers des marchĂ©s mondiaux" oĂč les prix flambent.

- Boycotter ou pas? -

La crise des prix des aliments est devenue "une menace existentielle pour l'Ă©conomie Ă©gyptienne", explique M. Tanchum. Chaque jour, la presse fait ses gros titres avec des milliers de tonnes de biens saisies et des dizaines d'intermĂ©diaires dĂ©fĂ©rĂ©s devant la justice pour avoir tentĂ© de jouer sur les prix. RĂ©unions ministĂ©rielles et discours prĂ©sidentiels consacrĂ©s Ă  ce sujet se multiplient, et mardi, M. Sissi a ordonnĂ© "un plafonnement du prix du pain non subventionnĂ© pour arrĂȘter sa flambĂ©e".

Mais pour Islam Mohammed, responsable marketing d'une entreprise de produits alimentaires importĂ©s, les commerçants sont loin d'ĂȘtre seuls responsables de la hausse des prix. "Le coĂ»t du transport et du dĂ©chargement des cargaisons venant d'Europe par exemple a augmentĂ© de 30% avec la hausse du pĂ©trole" aujourd'hui Ă  prĂšs de 100 dollars le baril, explique-t-il Ă  l'AFP: "Cela se rĂ©percutera sur les prix Ă  la consommation".

Si le gouvernement ne cesse de répéter que le prix du pain subventionné ne bougera pas, "dans certaines boulangeries, le pain non subventionné est aujourd'hui à une livre et demi", rapporte à l'AFP M. Mohammed. Dans son quartier cossu du 6-Octobre dans l'ouest du Caire, "il y a aussitÎt eu débat et certains ont proposé de boycotter ces boulangeries. Mais les autres ont dit que de toute façon tout est devenu plus cher et que le boycott n'y changerait rien", assure-t-il.

AFP

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1 Commentaires
LOD
LOD
4 ans

Tout le monde va ĂȘtre touchĂ© mais particuliĂšrement les consommateurs de produits carnĂ©s , d'ailleurs le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Julien de Normandie a prĂ©venu, les produits carnĂ©s vont drastiquement augmenter, la production de cĂ©rĂ©ales Ă©tant principalement dĂ©diĂ©e aux animaux dits de boucherie (plutĂŽt que nous nourrir directement) et l'usage de produits issu du pĂ©trole/du gaz par la filiĂšre est gigantesque !Courage, et suivez les recommandations de l'ONU/FAO/OMS/GIEC... mangez vĂ©gĂ©tarien (strictement vĂ©gĂ©tal) !