AprĂšs les victoires militaires

En Irak et Syrie, la coalition antijihadiste en pleine mue

  • PubliĂ© le 14 janvier 2018 Ă  11:20
  • ActualisĂ© le 14 janvier 2018 Ă  11:32
Des immeubles détruits à Mossoul, le 8 janvier 2018, en Irak

Forte d'écrasantes victoires militaires contre le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie, de Mossoul à Raqa, la coalition internationale menée par les Etats-Unis réduit la voilure sur le terrain et se concentre désormais sur des missions de "stabilisation" pour éviter toute réémergence.


AprÚs trois ans d'efforts pour anéantir le "califat" de l'EI, la mission "va évoluer et passer d'une approche de saisie de territoire à une approche de stabilisation", indiquait récemment le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis. Objectif: parfaire la formation des services de sécurité irakiens qui doivent notamment déminer le nord du pays et aider à la création de services de sécurité professionnels dans l'est de la Syrie, afin d'éviter l'apparition de ce que M. Mattis appelle, en désignant l'EI par son acronyme anglais, un "ISIS 2.0".

Mise sur pied en octobre 2014 par les Etats-Unis alors que l'expansion territoriale de l'EI menaçait Bagdad, la coalition rassemblait 50 pays. Aujourd'hui, elle en compte 74, plus des organisations internationales comme Interpol et l'Otan. Pendant trois ans, la coalition --Washington largement en tĂȘte-- a bombardĂ© quotidiennement les zones contrĂŽlĂ©es par l'EI, qui a perdu plus de 98% de son territoire, tandis que des commandos des forces spĂ©ciales amĂ©ricaines, mais aussi françaises, canadiennes ou britanniques, apportaient un soutien militaire et logistique Ă  l'armĂ©e irakienne ou aux Forces dĂ©mocratiques syriennes (FDS), une alliance de milices kurdes et de combattants arabes.

Ces victoires militaires ont amenĂ© plusieurs pays Ă  allĂ©ger leur dĂ©ploiement en Syrie et en Irak. DĂšs la fin novembre, les Etats-Unis, qui ont dĂ©ployĂ© 2.000 soldats en Syrie et plus de 5.000 en Irak, annonçaient le retrait de 400 marines de Syrie. Dans le mĂȘme temps, Washington envoyait 3.000 soldats en renfort en Afghanistan, ou le conflit est entrĂ© dans la 17e annĂ©e. L'Australie a annoncĂ© en dĂ©cembre la fin de sa campagne de frappes aĂ©riennes et le rappel des six avions de combat F/A-18 Hornet qui participaient depuis trois ans Ă  ces missions.

D'aprĂšs le Times, la Grande-Bretagne, qui a Ă©galement entamĂ© une rĂ©duction de son dispositif au Levant, pourrait redĂ©ployer certains de ses drones et hĂ©licoptĂšres au Sahel, en soutien des opĂ©rations antijihadistes françaises. La France, elle, a rĂ©cemment retirĂ© deux de ses douze avions de chasse Rafale stationnĂ©s dans la rĂ©gion, et s'apprĂȘte Ă  retirer prochainement son artillerie dĂ©ployĂ©e en Irak, indique-t-on de source militaire.

- Renseignement et formation -

Toutefois, Washington comme Paris et d'autres promettent de poursuivre leurs efforts pour limiter les possibilités de réorganisation de l'EI, via du renseignement, de la surveillance et la formation des forces de sécurité locales. "Idéalement, on aura plusieurs partenaires assumant divers aspects de la mission de stabilisation en fonction de leurs compétences", explique Nicholas Heras, du Center for a New American Security, citant notamment l'Italie, qui aide les FDS à former une gendarmerie à Raqa sur le modÚle de ses "carabinieri".

De leur cĂŽtĂ©, les Etats-Unis "apportent un bouclier aux partenaires de la coalition" avec leurs importants moyens militaires, ajoute-t-il. Car mĂȘme dĂ©fait territorialement, l'EI demeure aussi une menace majeure Ă  travers ses rĂ©seaux dormants et regagnera du terrain si le processus de paix Ă©choue, avertissent les services de sĂ©curitĂ© occidentaux.

"Les conditions d'un retour de Daesh (acronyme de l'EI en arabe) sont toujours là, et ce n'est que grùce à la coalition et aux efforts de la communauté internationale que sa défaite peut devenir permanente", a noté le général américain Paul Funk, le commandant de la coalition, dans son message du Nouvel An.

"On se rappelle les annĂ©es 2000 oĂč les AmĂ©ricains ont combattu Al QaĂŻda, qui s'est ensuite transformĂ© en Daech. On se mĂ©fie Ă©normĂ©ment de ce en quoi Daech pourrait muter, si l'attention n'est pas soutenue", renchĂ©rit une source gouvernementale française.

Signe que Washington partage ces inquiétudes, le Pentagone a fait savoir le mois dernier que les Etats-Unis maintiendraient une présence militaire en Syrie "aussi longtemps que nécessaire". Une fois les efforts de stabilisation achevés, la prochaine étape pour la coalition sera la reconstruction de la Syrie, un processus que les Etats-Unis conditionnent aux pourparlers de paix sous l'égide de l'ONU à GenÚve et au départ du président syrien Bachar al-Assad.

AFP

guest
0 Commentaires