En Israël, ces bunkers devenus vespasiennes qui indignent les villes arabes

  • PubliĂ© le 14 mars 2026 Ă  13:31
  • ActualisĂ© le 14 mars 2026 Ă  14:02
Un mini abri anti-aérien dans la ville arabe de Sakhnin, dans le nord d'Israël, le 12 mars 2026

Dans les localités arabes du nord d'Israël, frontalier du Liban, les habitants dénoncent le manque et le piteux état des abris publics censés les protéger des roquettes du Hezbollah libanais ou des missiles iraniens.

"L'Etat doit construire des abris publics afin que toute la population dispose de refuges sûrs", lance le maire de Sakhnin, Mazen Ghanayem.

Ici, à une vingtaine de kilomÚtres du Liban, les habitants sont habitués aux roquettes du Hezbollah, mouvement islamiste chiite allié de l'Iran. "Des fragments tombent parfois sur les maisons", explique M. Ghanayem.

Mais "notre ville ne dispose pas d'un seul abri public digne de ce nom!" fustige l'Ă©dile, pour qui il en va de mĂȘme dans "toutes les autres villes et villages arabes de la rĂ©gion".

- DĂŽmes et clochers -

Depuis que le Hezbollah s'est joint le 2 mars à la guerre déclenchée par l'attaque israélo-américaine contre la République islamique, la localité de 36.000 habitants vit au rythme des alertes quotidiennes, sous le feu croisé des salves venues du Liban voisin et du plus lointain Iran.

AccrochĂ©e Ă  la montagne, Sakhnin revendique son identitĂ© arabe, musulmane et chrĂ©tienne, dont tĂ©moignent les dĂŽmes des mosquĂ©es cĂŽtoyant des clochers. Son club de foot, en premiĂšre division israĂ©lienne, fait sa fiertĂ©. De mĂȘme qu'un soulĂšvement de la minoritĂ© arabe, qui, en 1976, fit renoncer l'Etat d'IsraĂ«l Ă  confisquer des terres locales.

Quand les sirĂšnes retentissent, "les habitants se cachent d'abord chez eux, un peu comme ils le peuvent si la maison est ancienne.

Dans une piÚce sécurisée si la construction est récente", explique Kassim Abou Raïa, fonctionnaire municipal.

Pour ceux qui seraient surpris dehors, pas de parking souterrain ou de station de train oĂč se prĂ©cipiter comme dans les grands centres urbains.

M. Abou RaĂŻa montre sur son portable une vidĂ©o de son Ă©pouse et de sa fille, surprises la veille en pleine rue par une alerte. ApeurĂ©es, ne sachant oĂč aller, elles se mettent au hasard Ă  couvert sous le perron d'une villa dont les propriĂ©taires ont tout laissĂ© sur la table -tĂ©lĂ©phones et clĂ© de voiture- en s'Ă©loignant des baies vitrĂ©es.

Ce sont donc les écoles de la ville, une douzaine, qui restent ouvertes pour que les gens puissent se mettre à couvert, détaille le maire.

- Abribus ou pissotiĂšre -

Sakhnin dispose également, prÚs de certains lieux publics, d'une dizaine d'abris d'urgence, gros rectangles de béton de 3 mÚtres sur 6, comme on en voit beaucoup dans le nord du pays ou dans le sud, autour de la bande de Gaza.

Avec leur allure d'abribus, de conteneur à ordures ou de vulgaire pissotiÚre, ces mini-bunkers suscitent la colÚre de toutes les habitants interrogés par l'AFP.

"Personne n'utilise ces trucs-là", lùche avec un geste de mépris un fidÚle sortant de la mosquée.

"PlutĂŽt me faire tirer dessus que d'aller me rĂ©fugier lĂ -dedans", ironise mĂȘme l'Ă©dile Ghanayem, sans s'attarder sur les responsabilitĂ©s de l'entretien.

Le mini-bunker installé sur le parking de sa mairie empeste l'urine, son sol est parsemé d'excréments. Dans un autre, des poubelles sont en plus parfois jetées.

Ces abris restent néanmoins utilisés en cas d'urgence, comme l'a constaté l'AFP dans la localité voisine de Majd al-Krum lors d'une salve. Abandonnant leurs voitures en pleine rue, une dizaine de personnes s'y sont entassées pour attendre la fin de l'alerte.

- "Situation désastreuse" -

"Ces mini-bunkers peuvent accueillir une poignée de personnes pendant quelques minutes. Mais ils ressemblent surtout à un piÚge.

Cela n'est évidemment pas une solution pour assurer la sécurité de mes concitoyens", commente le maire de Sakhnin.

Le problÚme n'est pas nouveau en Israël, et déjà largement documenté. Selon un rapport du contrÎleur de l'Etat en 2025, 33% des Israéliens ne disposent d'aucun espace protégé ou abri conforme.

Ce chiffre augmente à 50% pour les Israéliens non juifs, et atteint 70% dans les localités arabes du nord.

En juin 2025, lors de la prĂ©cĂ©dente guerre avec l'Iran, l'Association pour les droits civils en IsraĂ«l (ACRI) s'Ă©tait Ă©mue de cette "situation dĂ©sastreuse" pour les communautĂ©s arabes et de la diffĂ©rence de traitement avec les zones juives oĂč "l'Etat alloue des ressources importantes Ă  la protection (...) y compris dans les colonies" israĂ©liennes en Cisjordanie occupĂ©e.

"Quand on regarde la communauté juive, dans chaque ville, chaque village, kibboutz, il y a des abris publics partout. Pas chez nous, et encore moins à Sakhnin", déplore son maire, pour qui l'Etat devrait pourtant "assurer la sécurité de tous".

AFP

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