Ils retrouvent lentement goût à la vie

En Libye, des enfants de jihadistes tentent de surmonter leurs traumatismes

  • PubliĂ© le 4 aoĂ»t 2017 Ă  13:52
Des enfants de parents jihadistes tués ou portés disparus dans un centre d'hébergement du Croissant-Rouge à Misrata, dans l'ouest de la Libye, le 2 août 2017

Traumatisés par les combats, leurs parents jihadistes tués ou portés disparus, une trentaine d'enfants retrouvent lentement goût à la vie dans un centre d'hébergement du Croissant-Rouge à Misrata, dans l'ouest de la Libye.


Qu'ils sautillent sur des matelas, jouent Ă  mĂȘme le sol ou debout dans un coin de la cour bĂ©tonnĂ©e, ces 28 garçons et filles aiment rester proches les uns des autres comme pour se protĂ©ger. Les plus grands veillent sur les petits comme dans des fratries. Il y a sept mois, en dĂ©cembre 2016, la ville libyenne de Syrte oĂč leurs parents avaient rejoint le groupe jihadiste Etat islamique (EI) Ă©tait prise par les forces alliĂ©es au gouvernement d'union nationale basĂ© Ă  Tripoli, aprĂšs des mois de violents combats.

Récupérés par les forces loyalistes libyennes, ces enfants de différentes nationalités "se trouvaient dans un état physique et psychologique déplorable" à leur arrivée au centre d'hébergement à Misrata, ville située à 240 km à l'ouest de Syrte, se souvient le porte-parole du Croissant-Rouge, Ali al-Ghwell, en recevant une équipe de l'AFP. AprÚs avoir subi durant des mois des pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments ainsi que des bombardements assourdissants, ils sursautaient au moindre bruit.

Certains souffraient de graves blessures par balles Ă  la tĂȘte, Ă  la poitrine ou aux jambes. Mohammad, un garçonnet de cinq ans, a lui dĂ» ĂȘtre amputĂ© de son bras droit, un traumatisme supplĂ©mentaire. Ali Ahmad, un des volontaires du Croissant-Rouge raconte comment il a entrepris, avec dĂ©licatesse et patience, de lui faire retrouver le sourire.

- Gagner la confiance -

"J'ai essayé à chaque fois de communiquer et de jouer avec lui pour qu'il apprenne à me faire confiance", dit cet homme d'une vingtaine d'années. Aujourd'hui, malgré son moignon, Mohammad court et saute avec ses camarades dans la cour du centre, le sourire aux lÚvres avant de se jeter dans les bras d'Ali Ahmad.

A la libération de Syrte du joug de l'EI, 52 enfants ùgés de cinq jours à neuf ans, avaient été placés dans le centre d'hébergement à Misrata. Depuis, ceux ayant au moins un parent libyen ont été remis à leurs familles encore en vie dans ce pays. Mais pour ceux nés de combattants étrangers de l'EI, la situation est plus compliquée.

En juin, huit enfants soudanais, dont un bébé d'un an, ont été rapatriés vers Khartoum. Mais une quinzaine d'autres identifiés comme Tunisiens ou Egyptiens restent bloqués dans le centre, les autorités à Tunis et au Caire n'ayant pas donné de réponse aux demandes de rapatriement formulées par le Croissant-Rouge.

"J'espĂšre qu'ils pourront un jour retourner dans leur pays et ĂȘtre rĂ©unis avec leurs proches", dit Ali Ahmad. En attendant, malgrĂ© le chaos qui rĂšgne en Libye, pays oĂč deux autoritĂ©s et une myriade de milices se disputent le pouvoir, le Croissant-Rouge tente de maintenir une oasis de calme et d'insouciance dans son centre. Les enfants bĂ©nĂ©ficient d'un suivi mĂ©dico-psychologique assurĂ© par des professionnels. Et "nous faisons de notre mieux pour essayer de procurer une prothĂšse" Ă  Mohammad pour remplacer son bras amputĂ©, dit Ali al-Ghwell.

AFP

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