Déconfinement

En marchant ou en courant, les Espagnols redescendent dans la rue

  • PubliĂ© le 2 mai 2020 Ă  16:30
  • ActualisĂ© le 2 mai 2020 Ă  16:56
Joggeurs devant la Porte d'Alcala, ornée d'un ruban noir en signe de deuil, le 2 mai 2020 à Madrid

Trop heureux de ressortir aprÚs 48 jours de confinement trÚs strict, les Espagnols sont allés marcher, courir, pédaler samedi sous le soleil pour jouir de l'autorisation de se promener et de refaire du sport en plein air.

"Hier j'Ă©tais comme un enfant Ă  la veille de NoĂ«l. AprĂšs tant de semaines de confinement, j'avais trĂšs envie de sortir, courir, voir du monde", s'enthousiasme un conseiller financier de 42 ans, Marcos Abeytua, sorti faire du jogging en plein centre de Madrid. Habitant du quartier habituellement festif de Chueca, il dit s'ĂȘtre levĂ© trĂšs exceptionnellement Ă  7H00, alors qu'il y a sept semaines, quand les bars et restaurants Ă©taient encore ouverts, il aurait fait la grasse matinĂ©e pour se remettre d?une sortie du vendredi soir...

PrÚs du Retiro, le plus célÚbre des parcs de la capitale qui restent fermés, de nombreux MadrilÚnes sortent courir en tenue d'été, parfois en groupes. "Merci de courir sur les trottoirs", leur demande par haut-parleur un policier municipal, non loin du musée du Prado, également fermé.

Beaucoup s'arrĂȘtent, le temps d'un "selfie" devant la Porte d'Alcala, ornĂ©e d'un ruban noir en signe de deuil alors que la pandĂ©mie a fait plus de 8.000 morts dans la rĂ©gion de Madrid sur les plus de 25.000 dans le pays. AprĂšs avoir dĂ©jĂ  permis aux enfants de moins de 14 ans de sortir depuis le 26 avril, le gouvernement de Pedro Sanchez a de nouveau allĂ©gĂ© les conditions du confinement imposĂ© depuis le 14 mars, qui Ă©tait l'un des plus stricts au monde.

Auparavant les Espagnols n'étaient autorisés à quitter leur domicile que pour aller travailler - si le télétravail n'était pas possible - acheter à manger, se rendre à la pharmacie, chez le médecin ou promener briÚvement leur chien. Les promenades et activités sportives restent cependant trÚs encadrées.

Dans les communes de plus de 5.000 habitants, elles sont soumises Ă  des horaires prĂ©cis afin d'Ă©viter qu'il n'y ait foule dans les rues et pour maintenir Ă  distance enfants et personnes ĂągĂ©es qui ne peuvent sortir aux mĂȘmes heures.

Les créneaux 10H-12H00 et 19H00-20H00 sont réservés aux personnes ùgées de plus de 70 ans et aux personnes dépendantes, éventuellement accompagnées.

Cheminant lentement dans la Calle Mayor de Madrid, en s'appuyant sur une canne et le bras de sa fille, Amalia Garcia Manso, 87 ans, sort pour la premiĂšre fois "pour une petite promenade", masquĂ©e et gantĂ©e. "Cela fait de la peine, c'est dur pour moi de voir que tout est fermĂ© Ă  Madrid", confie-t-elle, dans la rue commerçante oĂč patrouillent des policiers.

- "Ca fait plaisir de bien s'habiller" -

Place de l'Opéra, deux femmes de 76 et 79 ans cheminent à bonne distance l'une de l'autre: "Nous sommes à haut risque, moi je n'étais pas sortie du tout, et ça fait plaisir de bien s'habiller et de marcher au lieu de faire des exercices à la maison", confie la plus ùgée, Sonia Claesson.

De 6H00 Ă  10H00 puis de 20H00 Ă  23H00, adolescents de plus de 14 ans et adultes peuvent sortir soit pour se promener Ă  moins d'un kilomĂštre de leur maison - Ă  deux d'un mĂȘme foyer maximum - soit pour faire du sport individuellement.

L'aprÚs-midi est réservé aux enfants de moins de 14 ans. Dans une ruelle proche de l'Opéra, Joud Ali Garcia, 3 ans, s'agrippe aux barres de son balcon du quatriÚme étage. "Je veux sortir", crie-t-il à une voisine de 81 ans de l'immeuble d'en face avec laquelle il a pris l'habitude de converser ces derniÚres semaines, impatient de se précipiter dans le jardin faisant face au Palais royal.

A Barcelone, de trĂšs nombreux sportifs et marcheurs sont de nouveau en libertĂ© sur le front de mer, mĂȘme si l'accĂšs aux plages reste interdit contrairement Ă  d'autres villes comme Saint-SĂ©bastien, au Pays basque, qui laisse les promeneurs marcher sur le sable. Mais dĂ©jĂ , certains regrettent que beaucoup ne respectent pas la distance de sĂ©curitĂ© de deux mĂštres, tel Jose Antonio, un retraitĂ© de 65 ans, qui lĂąche: "si les gens veulent se contaminer, qu'ils se contaminent, mais le rĂ©sultat, ce sera que dans 15 ou 20 jours, ils nous enfermeront de nouveau".

AFP

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