Menace

En quĂȘte de soutien en Syrie, Erdogan ouvre les portes de l'Europe aux migrants

  • PubliĂ© le 29 fĂ©vrier 2020 Ă  15:45
  • ActualisĂ© le 29 fĂ©vrier 2020 Ă  15:50
Des migrants attendent du coté turc de la frontiÚre avec la GrÚce, le 29 février 2020

Le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a menacĂ© samedi de laisser les portes de l'Europe ouvertes aux migrants, au moment oĂč il cherche un soutien occidental contre le rĂ©gime syrien auquel il a promis de "faire payer le prix" de ses attaques militaires contre Ankara.

A la frontiĂšre entre la Turquie et la GrĂšce oĂč plusieurs milliers de personnes voulant se rendre en Europe ont affluĂ©, la situation Ă©tait trĂšs tendue, avec des Ă©chauffourĂ©es entre policiers grecs tirant des grenades lacrymogĂšnes et migrants lançant des pierres. Des milliers de migrants, notamment des Afghans, des Irakiens et des Syriens, ont passĂ© la nuit Ă  la frontiĂšre, se regroupant autour de braseros de fortune Ă  proximitĂ© du poste-frontiĂšre de Pazarkule (Kastanies, cĂŽtĂ© grec), selon des correspondants de l'AFP.

- 4.000 migrants repoussés -

Face à ces scÚnes qui réveillent le spectre de la grave crise migratoire qui a fait trembler l'Europe en 2015, la GrÚce et la Bulgarie - également voisine de la Turquie- ont bouclé leur frontiÚre. M. Erdogan a affirmé que 18.000 personnes avaient "forcé les portes" pour passer en Europe vendredi, anticipant une vague de "30.000 personnes" samedi, des chiffres qui semblent surévalués par rapport à ce que les journalistes de l'AFP ont vu sur le terrain.

AthĂšnes a indiquĂ© samedi avoir empĂȘchĂ© 4.000 migrants venant de Turquie d'entrer "illĂ©galement" en GrĂšce. La Turquie, qui a conclu en 2016 avec Bruxelles un pacte visant Ă  rĂ©duire le passage de migrants notamment vers la GrĂšce, a ouvert ses frontiĂšres vendredi afin de faire pression sur l'Europe pour obtenir davantage de soutien en Syrie.

Jeudi, Ankara y a essuyé ses plus lourdes pertes depuis le début de son déploiement en Syrie en 2016, avec 33 militaires tués dans des frappes aériennes attribuées au régime de Bachar al-Assad, soutenu par Moscou, à Idleb dans le nord-ouest de la Syrie. Un autre soldat turc a été tué vendredi.

Les forces turques ont riposté et ont affirmé samedi avoir détruit une "installation d'armes chimiques".
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG, au moins 48 soldats syriens et 14 combattants du Hezbollah, allié de Damas, ont été tués dans des frappes turques.

- "Ecartez-vous" -

"Nous aurions préféré ne pas en arriver là. Mais puisqu'ils nous y ont poussés, alors ils vont en payer le prix", a déclaré M. Erdogan. Alors que les relations entre Ankara et Moscou se dégradent rapidement à cause de la crise d'Idleb, M. Erdogan a durci le ton envers le président russe Vladimir Poutine, avec qui il s'est pourtant efforcé de cultiver une étroite relation personnelle depuis 2016.

Lors d'un entretien téléphonique vendredi, "j'ai dit à M. Poutine: +Que faites-vous là-bas (en Syrie) ? Si vous voulez établir une base, allez-y, mais Îtez-vous de notre chemin. Laissez-nous seul à seul avec le régime+", a affirmé le président turc. Plus conciliant, le ministÚre russe des Affaires étrangÚres Sergueï Lavrov a affirmé samedi que Russes et Turcs avaient émis le souhait d'une "réduction des tensions" en Syrie lors de rencontres entre hauts responsables des deux pays ces derniers jours.

Selon le Kremlin, les deux présidents pourraient se rencontrer à Moscou la semaine prochaine. Ces derniÚres semaines, M. Erdogan a plusieurs fois sommé les forces syriennes de se retirer de certaines zones à Idleb d'ici la fin février, menaçant sinon de l'y contraindre par la force. En théorie, ce délai arrive à expiration samedi à minuit.

Le régime syrien, appuyé par Moscou, mÚne depuis décembre une offensive pour reprendre la province d'Idleb, ultime bastion rebelle et jihadiste. Sur le terrain, des affrontements entre rebelles et régime se poursuivaient samedi autour de la ville stratégique de Saraqeb, dans le sud de la province d'Idleb, selon l'OSDH, qui note toutefois une réduction de l'intensité des bombardements russes et turcs.

- "Tenez vos promesses" -

Les combats et bombardements ont provoqué une catastrophe humanitaire, faisant prÚs d'un million de déplacés à Idleb. Le conflit en Syrie a fait plus de 380.000 morts depuis 2011. La situation à Idleb suscite la vive préoccupation de la communauté humanitaire, qui a multiplié vendredi les appels à la fin des hostilités.

Mais au-delĂ  d'une solidaritĂ© verbale, Ankara rĂ©clame dĂ©sormais de l'aide concrĂšte. "Nous ne pourrons pas faire face Ă  une nouvelle vague de rĂ©fugiĂ©s" venue d'Idleb, a prĂ©venu samedi M. Erdogan, accusant l'Union europĂ©enne de ne pas avoir fourni toute l'aide financiĂšre promise pour accueillir les rĂ©fugiĂ©s en Turquie. "Il faut que l'Europe tienne ses promesses (...) Si vous ĂȘtes sincĂšres, alors il faut que vous preniez votre part du fardeau", a-t-il dĂ©clarĂ©.

A la frontiĂšre grecque, oĂč les nuages de gaz lacrymogĂšne se mĂȘlaient Ă  la fumĂ©e Ăącre des feux de camps, les migrants attendaient l'occasion de passer. "Les Grecs ont fermĂ© la frontiĂšre (...) S'ils ne la rouvrent pas, alors nous essaierons de passer clandestinement. Hors de question de retourner Ă  Istanbul", dĂ©clare Ă  l'AFP Ahmad Barhoum, un rĂ©fugiĂ© syrien qui a passĂ© la nuit sur place.

Un migrant égyptien ayant requis l'anonymat indique à l'AFP qu'il attend "une décision de la patronne de l'Union européenne, Angela Merkel", la chanceliÚre allemande dont le pays avait accueilli plusieurs centaines de milliers de personnes lors de la crise migratoire en 2015.

AFP

guest
0 Commentaires