Ensemble symphonique

En RDC, les 30 ans d'un orchestre qui conjugue musique classique et religion

  • PubliĂ© le 13 novembre 2024 Ă  12:41
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2024 Ă  13:23
Le chef d'orchestre Armand Diangienda (c) dirige une répétition de l'orchestre kimbanguiste de Kinshasa, le 16 octobre 2024 en RDC

Au dĂ©but, les musiciens avaient cinq violons qu'ils prenaient tour Ă  tour pour jouer. Trente ans plus tard, l'orchestre kimbanguiste de Kinshasa, ensemble symphonique pionnier en Afrique, compte quelque 200 instrumentistes, un chƓur et se produit Ă  travers le monde.

Armand Diangienda, chef d'orchestre et musicien autodidacte aujourd'hui ùgé de 60 ans, se destinait à une carriÚre de pilote d'avion.

C'était compter sans son pÚre, Joseph Diangienda, chef de l'Eglise kimbanguiste fondée en 1921 en République démocratique du Congo par son propre pÚre, le prophÚte autoproclamé Simon Kimbangu.

Armand Diangienda est alors chargé de rallier des musiciens à l'Eglise autonome qui s'inspire, dans ce pays d'Afrique centrale majoritairement catholique, du christianisme importé par les missionnaires et revendique des millions de fidÚles en RDC.

S'il y a toujours eu des musiciens dans les églises kimbanguistes, le premier orchestre kimbanguiste du genre donne son premier concert en décembre 1994.

Un spectacle anniversaire pour marquer ses 30 ans doit ĂȘtre organisĂ© Ă  la fin du mois Ă  Kinshasa.

Dans un studio de la capitale congolaise, les musiciens s'accordent pour une nouvelle rĂ©pĂ©tition: "Au dĂ©but, tout ça n'Ă©tait qu'un rĂȘve", raconte Armand Diangienda Ă  l'AFP.

Au dĂ©part, certains musiciens amateurs recrutĂ©s par l'orchestre ne savaient mĂȘme pas dĂ©chiffrer une partition. Et l'Ă©quipe n'avait que peu de moyens.

"Lorsqu'une corde se cassait, on la remplaçait par un cùble de frein de vélo", explique M. Diangienda, ajoutant qu'avec le climat local chaud et humide, les instruments vieillissent souvent mal. "Il n'y avait pas de magasin d'instruments ici", poursuit-il.

- "Violon chéri" -

La création de l'orchestre kimbanguiste s'inscrit dans l'histoire agitée du pays, d'abord plongé dans la premiÚre guerre du Congo (1996-1997), qui a abouti au renversement de Mobutu.

Puis la seconde guerre du Congo (1998- 2003), impliquant alors neuf pays africains, une trentaine de groupes armés et qui faillit faire imploser le pays.

"A l'Ă©poque c'Ă©tait vraiment difficile", se rappelle Pauleth Masssamba, 43 ans, parmi les premiers membres de l'orchestre. Elle se souvient des quelques instruments trouvĂ©s "mĂȘme pas de bonne qualitĂ©".

Au dĂ©part, elle voulait ĂȘtre violoncelliste. Mais parce qu'elle a confondu les mots et pas trĂšs sĂ»re de ce Ă  quoi l'instrument qu'elle cherchait devait ressembler, elle s'est retrouvĂ©e avec un violon entre les mains.

AprÚs trente ans passés à travailler son violon, elle dit aujourd'hui emmener "partout" l'instrument qu'elle appelle son "petit chéri".

L'orchestre kimbanguiste, qui met à son répertoire les grands compositeurs classiques, s'est peu à peu trouvé un public au pays de la rumba.

"La musique classique, les gens pensent que c'est pour les Européens", estime Dauphine Mata, violoniste dans l'orchestre depuis une quinzaine d'années et qui se souvient avoir joué à une époque devant des publics plutÎt restreints.

Mais à force de se produire sur scÚne, "les gens apprécient", se félicite-t-elle.

En 2010, le documentaire Kinshasa Symphony (2010), qui retrace le quotidien de plusieurs instrumentistes et choristes de l'ensemble, a aidé à lui donner une renommée internationale.

Aujourd'hui l'orchestre voyage et se produit réguliÚrement à l'étranger.

Une école chapeautée par les Kimbanguistes a été ouverte à Kinshasa pour enseigner la musique aux plus jeunes.

Lors de leurs déplacements, les musiciens congolais ont fait des rencontres qu'ils n'auraient "jamais pu imaginer", avec des stars telles que Lionel Richie, Herbie Hancock ou encore Paula Abdul, avoue Armand Diangienda. "Je suis content. Parce qu'on a été patient et on a persévéré", confie le chef d'orchestre.

AFP

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