Dans la petite localité serbe de Pozarevac, c'est le bal des croque-morts. Stars de la profession ayant conduit un Milosevic en sa derniÚre demeure ou humbles employés des pompes funÚbres, ils sont venus chanter, boire, oublier la mort et faire du business.
Un Kosava glacial, le vent du nord-est qui souffle sur les Carpates avant de déferler sur la Serbie, balaye l'auberge qui abrite l'événement: un rassemblement de croque-morts venus des quatre coins du pays mais aussi, d'aprÚs les organisateurs, de la quasi totalité des Balkans, voire d'Allemagne ou d'Autriche.
Pozarevac est une ville de plus de 40.000 habitants au confluent du Danube, de la Morava et de la Mlava, au sud-est de Belgrade. C'est aussi là , dans sa ville natale, qu'est enterré Slobodan Milosevic, l'ancien président yougoslave et chantre de la Grande Serbie, ainsi que son épouse Mirjana Markovic.
Justement, Radisa Mihajlovic, dit "Drnda", l'organisateur de cette 10Ăšme "Grobarijada" ou fĂȘte des croque-morts, est cĂ©lĂšbre dans son pays pour avoir conduit la berline allemande qui transporta en 2006 la dĂ©pouille de l'ancien homme fort de Belgrade jusqu'au jardin familial oĂč il fut enterrĂ©.
Un événement qui donna un coup de fouet bienvenu aux affaires de l'entreprise devenue la premiÚre entreprise de pompes funÚbres du pays, reconnaßt Drnda bien volontiers. "Quand on m'a demandé de m'occuper des obsÚques" de Milosevic, mort en détention alors qu'il attendait son jugement pour génocide, crimes de guerre et contre l'humanité, "j'ai bien sûr accepté immédiatement", raconte-t-il. "C'était de la publicité fantastique, et transporter un président, ce n'est pas rien, peu importe ce que les gens pensent de lui. C'était un honneur pour moi".
- Pour gĂąteau, un cercueil -
Dans l'immense salle du restaurant, l'atmosphÚre se réchauffe vite à mesure que les verres des prÚs de 300 participants se vident et que les assiettes se remplissent. Les convives fument à la chaßne, comme s'ils voulaient devenir bientÎt leurs propres clients. Ils se lÚvent pour danser le kolo, danse traditionnelle exécutée en cercle, au son d'un groupe folklorique.
Dans une profession oĂč tout n'est pas rose tous les jours, la "Grobarijada" permet de dĂ©compresser. "Dans ce mĂ©tier, on a toute l'annĂ©e des moments tristes et c'est une façon d'oublier briĂšvement notre tristesse. Nous aussi, on a des sentiments", dit Drnda, qui Ă 66 ans, s'apprĂȘte Ă prendre sa retraite et Ă transmettre les rĂȘnes de Drnda International Ă son fils Milan.
C'est aussi l'occasion de crĂ©er des liens. "Le fond de l'histoire, c'est que tous ceux qui ont un rapport avec les pompes funĂšbres peuvent se retrouver ici, Ă©changer leurs idĂ©es, leurs expĂ©riences et peut-ĂȘtre mĂȘme faire des affaires".
Biljana Arandelovic, directrice d'une fabrique de croix et de cercueils, renchérit: "On vient chaque année, on rencontre les collÚgues, on noue des contacts et on peut créer des opportunités de business. Je viens toujours avec mes employés".
Dans la grande salle du restaurant, les convives applaudissent le clou de la soirée. Dans une profusion de fumée artificielle et d'étincelles de cierges magiques, un "glogov", pieu en bois utilisé pour terrasser les vampires - un mot d'origine serbe - est planté dans un gigantesque gùteau en forme de cercueil.
AFP


