Un "conflit gelé"

En Ukraine, des combattants loin de vouloir déposer les armes

  • PubliĂ© le 11 fĂ©vrier 2017 Ă  10:52
Des rebelles séparatistes prorusses dans leur baraquement à Mariïnka, prÚs de Donetsk, dans l'est rebelle de l'Ukraine, le 9 février 2017

Posté prÚs d'un réchaud dans son baraquement proche du front, à quelque kilomÚtres du bastion séparatiste prorusse de Donetsk, Roman ne peut retenir un sourire amer quand il entend parler des accords de paix pour l'est de l'Ukraine.


"Je suis ici depuis le tout début, depuis 2014", lance le rebelle de 32 ans. "Il n'y a pas d'accords de paix. Les Ukrainiens ne les respectent pas et tout le monde le sait", affirme-t-il.
Mécanicien dans l'une des nombreuses mines de charbon de la région avant la guerre, Roman a troqué ses outils pour une kalachnikov dÚs les premiers mois du conflit avec les forces de Kiev, qui a débuté en avril 2014 et a fait depuis prÚs de 10.000 morts.
Si des accords de paix ont été signés à Minsk en février 2015 et ont permis de faire diminuer les combats grùce à l'instauration de plusieurs cessez-le-feu, les regains de violence sont fréquents sur plusieurs portions de la ligne de front.
Roman admet volontiers ĂȘtre fatiguĂ© d'entendre le son constant des bombardements, mais Ă©galement de la guerre de positions dans laquelle s'est transformĂ© le conflit depuis deux ans.


Il ajoute toutefois qu'il ne retournera dans sa famille qu'une fois assurĂ©e l'existence des deux "rĂ©publiques" autoproclamĂ©es de Donetsk et Lougansk. "Nous arrĂȘterons de nous battre lorsque les Ukrainiens auront quittĂ© nos terres. Nous voulons qu'ils partent", lance-t-il.


- "Nous avons notre État" -


Le dernier épisode de violence à Avdiïvka, ville industrielle située à une dizaine de kilomÚtres de Donetsk, a provoqué début février des dizaines de morts, tant chez les civils que chez les militaires.
Les deux camps se rejettent systématiquement la responsabilité de ces affrontements, qui n'aboutissent jamais à des gains territoriaux substantiels.
Pour Roman, le dialogue entre Kiev et les rebelles ne peut ĂȘtre restaurĂ© qu'avec le dĂ©part des autoritĂ©s pro-occidentales et le retour du pays dans l'orbite russe. Il ne croit pas pour autant Ă  un rattachement au grand voisin, contrairement Ă  nombre de ses compagnons d'armes.


"Pourquoi devrions-nous devenir une partie de la Russie? Nous avons nos propres industries miniĂšres et nos aciĂ©ries. Nous avons notre État", martĂšle-t-il, assurant ĂȘtre impatient de reprendre le combat.


- "conflit gelé" -


"Je suis venu combattre pour le monde russe. Et si je ne sentais pas le soutien de la Russie, je ne serais pas ici", explique pour sa part un officier qui a traversé la frontiÚre pour venir se battre aux cÎtés des rebelles et ne donne que son nom de guerre, "Abkhaz".
Cet officier affirme toutefois, lui aussi, ne pas se faire d'illusions quant à un éventuel rattachement des régions séparatistes à la Russie.
"Nous avons actuellement un conflit gelĂ©. Et les conflits gelĂ©s n'aboutissent jamais Ă  rien", regrette-t-il. "Nous sommes prĂȘts Ă  ne pas ĂȘtre reconnus. Le plus important est notre indĂ©pendance".
De l'autre cĂŽtĂ© du front, les soldats ukrainiens disent Ă©galement ĂȘtre Ă©puisĂ©s par ce conflit mais sont prĂȘts Ă  reprendre l'offensive au moment venu.
"Oui, beaucoup ne sont pas satisfaits par les actions de notre prĂ©sident et de notre gouvernement. Mais nous ne sommes pas prĂȘts Ă  abandonner notre terre", rĂ©sume un soldat de 40 ans, "FartoviĂŻ".
Et selon lui, les rĂ©gions sĂ©paratistes n'arriveraient jamais Ă  exister par elles-mĂȘmes. "Les gens d'ici ne pourraient pas vivre sans notre aide. Il n'y a plus rien ici: pas d'usines, pas de travail. Et la Russie ne les fournit qu'en armes", dĂ©clare-t-il.
Deux ans aprĂšs la conclusion des accords de paix de Minsk, la position des deux camps semble toujours aussi irrĂ©conciliable qu'au dĂ©but de la guerre, en avril 2014. "Nous avons beau ĂȘtre fatiguĂ©s, aucun de mes compagnons d'armes n'a baissĂ© les bras et abandonnĂ© le combat", assure "FartoviĂŻ".

- © 2017 AFP

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