Violences sexuelles (actualisé)

Entre 2.900 et 3.200 pédocriminels au sein de l'Eglise catholique en France depuis 1950

  • PubliĂ© le 3 octobre 2021 Ă  09:35
  • ActualisĂ© le 3 octobre 2021 Ă  11:18
Jean-Marc Sauvé pose à Paris le 28 septembre 2021

Entre 2.900 et 3.200 pédocriminels dans l'Eglise en 70 ans: c'est l'un des premiers constats de la Commission indépendante sur la pédocriminalité dans l'Eglise catholique qui rend mardi, son verdict, inédit et trÚs attendu.

AprÚs deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) depuis 1950, présidée par Jean-Marc Sauvé, va dévoiler son rapport et ses nombreuses annexes, une somme qui atteint finalement "2.500" pages, selon ce dernier.

Il sera publiquement remis Ă  la ConfĂ©rence des Ă©vĂȘques de France (CEF) et Ă  la ConfĂ©rence des religieuses et religieux des instituts et congrĂ©gations (Corref), qui l'avaient commandĂ©. Cela se dĂ©roulera lors d'une confĂ©rence de presse Ă  laquelle ont Ă©tĂ© invitĂ©s des reprĂ©sentants d'associations de victimes.

"Cela va ĂȘtre une dĂ©flagration", assure Ă  l'AFP un membre de la Ciase, sous couvert d'anonymat. "Cela va faire l'effet d'une bombe", renchĂ©rit Olivier Savignac, du collectif Parler et Revivre. "Il ne va pas ĂȘtre complaisant", assure le sociologue Philippe Portier, autre membre de la Commission.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, le président de la CEF, a dit craindre que le rapport "ne rende des chiffres considérables, effrayants", lors d'une réunion avec des paroissiens de son diocÚse.

Sa publication "va ĂȘtre une Ă©preuve de vĂ©ritĂ© et un moment rude et grave", peut-on aussi lire sur le message diffusĂ© par l'Ă©piscopat en direction des prĂȘtres et des paroisses pour les messes du week-end. Un message qui appelle "Ă  une attitude de vĂ©ritĂ© et de compassion".

M. SauvĂ© a dĂ©jĂ  indiquĂ© dimanche Ă  l'AFP que le nombre de prĂ©dateurs recensĂ© Ă©tait de "2.900 Ă  3.200", des hommes - prĂȘtres ou religieux - une "estimation minimale".

La Ciase évaluera aussi le nombre de victimes et comparera la prévalence des violences sexuelles dans l'Eglise à celle identifiée dans d'autres institutions (associations sportives, école...) et dans le cercle familial.

Poids du cléricalisme? Omerta sur ces phénomÚnes d'emprise? La commission évaluera également les "mécanismes, notamment institutionnels et culturels" qui ont pu favoriser la pédocriminalité.

En novembre, M. SauvĂ© avait Ă©voquĂ© une "gestion de ces affaires qui dans le passĂ© a souvent Ă©tĂ© dĂ©faillante". Il avait aussi jugĂ© "extrĂȘmement grave qu'il ait pu y avoir quelques institutions et quelques communautĂ©s, en petit nombre, oĂč des abus systĂ©miques aient pu ĂȘtre commis".

- Politique de réparation -

Le diagnostic fait, la Commission doit Ă©numĂ©rer 45 propositions qui toucheront Ă  plusieurs domaines: Ă©coute des victimes, prĂ©vention, formation des prĂȘtres et religieux, droit canonique, transformation de la gouvernance de l'Eglise... Il prĂ©conisera aussi une politique de reconnaissance et de rĂ©paration.

Pour ses travaux, la Ciase a fait de la parole des victimes "la matrice de son travail", selon M. Sauvé. D'abord avec un appel à témoignages ouvert dix-sept mois, qui a recueilli 6.500 appels ou contacts de victimes ou proches. Puis en procédant à 250 auditions longues ou entretiens de recherche. Elle a aussi approfondi ses recherches avec une plongée dans de nombreuses archives (Eglise, ministÚre de la justice, de l'Intérieur, presse).

Dans la majorité des cas, les faits sont aujourd'hui prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Les procédures canoniques (le droit de l'église), quand elles sont engagées, sont trÚs longues et peu transparentes.

Quelles suites l'Eglise donnera-t-elle au rapport? "J'attends que nous soyons confrontés à ce fardeau, aussi noir soit-il, afin que nous puissions ensuite prendre les mesures qui s'imposent", affirme Véronique Margron, présidente de la Corref.

L'épiscopat a pris les devants en promettant non pas des réparations mais un dispositif de "contributions" financiÚres, versées aux victimes à partir de 2022, qui ne fait pas l'unanimité chez les victimes.

Les premiĂšres rĂ©ponses de la CEF et de la Corref sont attendues en novembre, date Ă  laquelle les deux institutions se rĂ©uniront en assemblĂ©es plĂ©niĂšres. Le rapport sera examinĂ© Ă  la loupe Ă  Rome, oĂč la question a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e par le pape François et une partie des Ă©vĂȘques français en visite au Vatican en septembre.

Sanction d'Ă©vĂȘques ou de prĂ©lats, visite du Pape en Irlande, organisation d'un sommet inĂ©dit en 2019 sur "la protection des mineurs", modification du droit canon...: la lutte contre la pĂ©docriminalitĂ© est un dossier Ă©galement traitĂ© au Vatican.

Créée à l'automne 2018, la Ciase est composée de 22 membres, bénévoles, aux compétences pluridisciplinaires (juridiques, médicales, psychologiques et psychiatriques, secteur social et éducatif, protection de l'enfance, histoire et sciences sociales, théologie...). Elle a été financée par l'épiscopat et les instituts et congrégations religieux à hauteur de 3 millions d'euros.

AFP

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