Cela fait presque un an qu'Ismail Hmdan Banaga est arrivé au Rwanda. Un an "frustrant et infructueux" d'attente sur sa demande d'asile au Canada et ce Soudanais s'impatiente, au point d'envisager de repartir en Libye pour retenter sa chance vers l'Europe.
Cet homme de 33 ans fait partie des prÚs de 1.100 migrants accueillis depuis 2019 dans le cadre d'un programme d'accueil de réfugiés venus de Libye. Le Rwanda doit désormais recevoir des migrants clandestins expulsés du Royaume-Uni, dans le cadre d'un accord qui a suscité les condamnations d'ONG, de l'ONU et de l'Eglise anglicane.
Aucun n'est arrivĂ© pour l'instant, aprĂšs que le premier charter a Ă©tĂ© bloquĂ© par une dĂ©cision de la Cour europĂ©enne des droits de l'homme (CEDH). Le gouvernement rwandais a assurĂ© se tenir "prĂȘt Ă leur offrir sĂ©curitĂ© et opportunitĂ©s" sur son sol.
Au Centre de Transit de Gashora, Ă une soixantaine de kilomĂštres de la capitale Kigali, personne n'envisage de s'installer dans ce petit Etat d'Afrique de l'Est.
Ils sont environ 400 migrants, vivant dans des maisonnettes en briques, avec à leur disposition cafétéria, terrains de basket et de volley, circuit d'entraßnement à la conduite - certains disent vouloir devenir chauffeurs de taxi en Europe - et ateliers de formation au tissage et à la coiffure.
"Au camp, j'ai la liberté de faire ce que je veux, c'est bien mieux qu'en Libye. Mais la vitesse de traitement des demandes d'asile est trÚs lente", explique Ismail Hmdan Banaga: "J'ai fait plusieurs entretiens pour aller au Canada mais je n'ai pas eu de retour. Les responsables ne sont pas trÚs clairs sur la suite". "Le fait est que je ne retournerai pas au Soudan et que je ne vais pas rester ici toute ma vie. Je préfÚre repartir pour essayer de traverser la mer" Méditerranée, affirme-t-il.
- "Rwanda Ă la rescousse" -
"Je regrette d'ĂȘtre venu au Rwanda", lĂąche un autre Soudanais, qui se confie sous couvert d'anonymat, estimant ne pas pouvoir s'exprimer librement en prĂ©sence de responsables rwandais et de l'agence des Nations Unies pour les rĂ©fugiĂ©s. Lui aussi est arrivĂ© depuis un an et attend des nouvelles de sa demande d'asile. "S'il s'avĂšre qu'ils me laissent tomber, alors ce sera mieux de retourner en Libye que de rester ici dans cette humiliation", assure-t-il.
Pour Zemen Fesaha, en revanche, le rĂȘve est devenu rĂ©alitĂ©. La demande d'asile de cet ErythrĂ©en de 26 ans a Ă©tĂ© acceptĂ©e il y a quelques mois. "Je m'envole la semaine prochaine pour le Canada, je suis excitĂ©", sourit-il, soulagĂ© de voir son long calvaire prendre fin.
Il raconte avoir tentĂ© plusieurs fois de traverser la MĂ©diterannĂ©e, versant au total environ 20.000 dollars Ă des passeurs. "Un jour, le bateau s'est retournĂ© et beaucoup se sont noyĂ©s. J'ai nagĂ© pendant des heures avec d'autres survivants jusqu'au rivage et nous avons Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Ils nous ont mis en prison et nous y sommes restĂ©s pendant des mois jusqu'Ă ce que le Rwanda vienne Ă la rescousse".
Depuis le début du programme, plus de 600 réfugiés ont été réinstallés au Canada, en Finlande, en France ou en SuÚde. Aucun n'a demandé de séjour permanent au Rwanda, selon le HCR et les autorités locales. "Nous sommes venus au Rwanda pour partir, pas pour rester", résume Nyalada Gatkouth Jany, une Sud-Soudanaise dont la Finlande a accepté la demande d'asile avec son fils d'un an.
Elle a laissé son frÚre, sa mÚre au pays, tenté "quatre fois" de traverser la Méditerranée, été en prison, "vu la mort de gens de (ses) propres yeux". "Et ici, nous sommes juste assis comme ça. Nous voulons travailler parce que nous voulons les soutenir", explique-t-elle.
"Le Rwanda a été gentil avec moi mais je ne souhaite pas rester ici", affirme aussi Tesfay, un Erythréen de 27 ans: "C'est un pays pauvre avec ses propres problÚmes. Je ne peux pas quitter l'Erythrée pour me réinstaller au Rwanda".
 AFP




