Commerce

Entre Paris et Berlin, l'UE cherche sa voix face Ă  Trump

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2019 Ă  13:56
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2019 Ă  14:20
La commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström lors d'une conférence de presse à Bruxelles le 18 janvier 2019

Paris et Berlin sont divisés sur l'ouverture de négociations en vue d'un accord commercial limité avec les Etats-Unis, qui menacent toujours de taxer les automobiles européennes.

Les ministres europĂ©ens du Commerce se retrouvent vendredi Ă  Bucarest pour une premiĂšre discussion politique sur le sujet, avec l'objectif de parler d'une seule voix face Ă  l'imprĂ©visible Donald Trump, qui mĂšne une politique protectionniste depuis son arrivĂ©e au pouvoir. "Nous essayons de conclure un accord. Les EuropĂ©ens sont coriaces en nĂ©gociation (...) Si nous ne trouvons pas un accord, nous imposerons des tarifs douaniers" sur les voitures, a encore menacĂ© mercredi le prĂ©sident amĂ©ricain, qui a trois mois pour passer Ă  l'acte. L'Allemagne, qui veut Ă  tout prix Ă©chapper Ă  des taxes sur un secteur vital pour son Ă©conomie, espĂšre un signe fort des ministres."Voyons jusqu'oĂč on peut aller", a affirmĂ© son ministre de l'Economie, Peter Altmaier, Ă  son arrivĂ©e. "Mon intention n'est pas de prĂ©cipiter les choses, (mais) de parvenir Ă  un large consensus", y compris "avec mon collĂšgue français", a-t-il ajoutĂ©. La France, elle, traine des pieds sur ce sujet sensible, en pleine crise des "gilets jaunes" et Ă  trois mois des Ă©lections europĂ©ennes.

La situation est d'autant plus complexe que les EuropĂ©ens, le prĂ©sident français Emmanuel Macron en tĂȘte, n'ont eu de cesse de rĂ©pĂ©ter qu'ils refusaient de nĂ©gocier "avec un pistolet sur la tempe". "Ce n'est pas l'UE qui a remis 20 centimes dans le jukebox il y a quelques jours avec des dĂ©clarations", a relevĂ© le secrĂ©taire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne avant la rĂ©union, en rĂ©fĂ©rence aux menaces de Donald Trump. "Nous sommes attentifs au contexte, qui est trĂšs Ă©volutif (...) L'UE ne nĂ©gocie pas sous la menace", a-t-il rappelĂ©. Outre Paris, l'Espagne, dont les olives sont taxĂ©es par les Etats-Unis de maniĂšre selon elle injustifiĂ©e, ainsi que la Belgique, divisĂ©e par l'accord de l'UE avec le Canada, le CETA, semblent peu convaincues. MalgrĂ© ces dissonances, la commissaire europĂ©enne au Commerce Cecilia Malmström, dont les services conduiront les nĂ©gociations au nom des 28, espĂšre obtenir un mandat de nĂ©gociation dĂšs le mois prochain.

Accord avant octobre

"Le Parlement europĂ©en (dont le rĂŽle n'est que consultatif, ndlr) pourrait voter dĂ©but mars" sur le sujet. "Les ministres devraient prendre une dĂ©cision trĂšs rapidement aprĂšs", a-t-elle estimĂ©. "Et si nous entamons des nĂ©gociations maintenant, je pense que l'accord peut ĂȘtre conclu pendant le mandat" de la Commission, qui s'achĂšve en octobre, a-t-elle ajoutĂ©. Mais Jean-Baptiste Lemoyne a lui laissĂ© entendre que la France Ă©tait moins pressĂ©e: "Il faut attendre le Parlement europĂ©en, l'Ă©couter. Les leaders se retrouveront un peu plus tard", lors d'un sommet europĂ©en les 21 et 22 mars. "Aujourd'hui, c'est une premiĂšre discussion politique. Il pourrait aussi y en avoir d'autres", a-t-il lancĂ©. L'idĂ©e d'un accord UE/Etats-Unis, qui porterait uniquement sur les biens industriels et pas l'agriculture, fait suite Ă  une visite en juillet dernier du prĂ©sident de la Commission Jean-Claude Juncker Ă  Washington, au moment oĂč Donald Trump menaçait dĂ©jĂ  de taxer les voitures europĂ©ennes.

A la surprise gĂ©nĂ©rale, les deux dirigeants avaient conclu une trĂȘve commerciale et s'Ă©taient engagĂ©s Ă  travailler sur le sujet. Bruxelles fait valoir qu'un tel accord entraĂźnerait d'ici 2033 un accroissement des Ă©changes de 53 milliards d'euros - une goutte d'eau cependant dans le commerce UE/Etats-Unis. Il devrait aussi entraĂźner le levĂ©e des taxes punitives amĂ©ricaines imposĂ©es depuis plusieurs mois sur l'acier et l'aluminium europĂ©ens. Les discussions ont trĂšs peu avancĂ© depuis juillet, entre des AmĂ©ricains concentrĂ©s sur un autre front commercial face Ă  la Chine, et des EuropĂ©ens plutĂŽt satisfaits du fragile Ă©quilibre avec Washington. Mais la remise dimanche dernier Ă  Donald Trump d'un rapport de son ministĂšre du Commerce sur l'industrie automobile, au contenu toujours confidentiel, a remis l'UE sous pression. La Commission a prĂ©venu qu'elle riposterait de "maniĂšre rapide" Ă  d'Ă©ventuels droits de douanes punitifs de Washington. Une liste de biens amĂ©ricains susceptibles d'ĂȘtre taxĂ©s en rĂ©torsion, Ă  hauteur de 20 milliards d'euros, est prĂȘte Ă  sortir de ses tiroirs.

AFP

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