Crise sécuritaire

Equateur: assassinat du procureur qui enquĂȘtait sur la prise d'otage sur un plateau TV

  • PubliĂ© le 18 janvier 2024 Ă  10:34
  • ActualisĂ© le 18 janvier 2024 Ă  12:15
Des policiers autour du véhicule dans lequel le procureur Cesar Suarez a été assassiné par des hommes armés, le 17 janvier 2024 à Guayaquil, en Equateur

Le procureur chargĂ© de l'enquĂȘte concernant l'irruption d'hommes armĂ©s en direct sur le plateau d'une chaĂźne de tĂ©lĂ©vision publique Ă©quatorienne, le 9 janvier, a Ă©tĂ© assassinĂ© mercredi, alors que le pays se trouve sous le rĂ©gime de l'Ă©tat d'urgence, en "guerre" contre les gangs de narcotrafiquants.

Selon le parquet, le procureur assassiné à Guayaquil (sud-ouest) était chargé de déterminer quel gang avait mené cet assaut.             

Sur les photos obtenues par l'AFP, on voit plusieurs impacts de balles qui ont traversé la vitre latérale cÎté conducteur, pourtant apparemment blindée.

"En rĂ©ponse au meurtre de notre collĂšgue CĂ©sar Suarez (...) je serai catĂ©gorique: les groupes du crime organisĂ©, les criminels et les terroristes n'arrĂȘteront pas notre engagement envers la sociĂ©tĂ© Ă©quatorienne", a dĂ©clarĂ© la procureure gĂ©nĂ©rale Diana Salazar dans une vidĂ©o postĂ©e sur X.

Le ministre de la Défense Gian Carlo Loffredo a déclaré dans un communiqué que son gouvernement rejetait "toute forme de violence comme réponse au conflit que nous connaissons". "Nous réaffirmons l'engagement ferme du gouvernement à soutenir l'administration de la justice", a-t-il ajouté.

- En direct -

Les images, trÚs spectaculaires, de l'irruption en direct d'hommes lourdement armés, encagoulés, plaquant au sol sous la menace journalistes et employés de la chaßne TC à Guayaquil avaient fait le tour du monde.

"Ils sont entrés pour nous tuer, mon Dieu protégez-nous", avait déclaré l'un des journalistes captifs à un correspondant de l'AFP, dans un message WhatsApp. Des plaintes étaient audibles en bruit de fond.

Au milieu des coups de feu, la diffusion de ces images surréalistes s'est poursuivie en direct pendant de longues minutes, malgré l'extinction des lumiÚres sur le plateau et le figement de la caméra.

L'intervention rapide des forces de l'ordre a permis de mettre fin Ă  la prise d'otages sans faire de victime et d'arrĂȘter treize assaillants.

"J'ai été frappé par leur inexpérience", a raconté à l'AFP l'un des journalistes pris en otage. "Au fond, ce n'étaient que des enfants." Ce que confirme la présentation devant la presse des membres du groupe interpellés et menottés. Selon les autorités, ils sont ùgés de 16 à 25 ans.

Quelques images restent en mémoire: les signes faits devant la caméra par les assaillants fanfaronnant pour revendiquer leurs gangs d'appartenance, ou encore le fusil à pompe posé sur la tempe d'un malheureux reporter.

- Procureurs dans le collimateur -

Cet assaut sur un plateau télévisé a constitué un climax de l'enchaßnement de violences déclenchées par l'évasion quelques jours plus tÎt du redouté chef du gang des Choneros, Adolfo Macias, alias "Fito".

Plusieurs mutineries et prises en otage de gardiens ont touché des prisons, et dans les rues de Guayaquil ou de la capitale Quito, les gangs ont semé la terreur à force d'explosions ou de tirs dirigés contre la police.

Pour rétablir l'ordre, le président équatorien Daniel Noboa a décrété le pays "en guerre" contre les gangs et envoyé plus de 20.000 militaires sur le terrain.

Les violences dans le pays ont fait au moins 19 morts.

Les procureurs sont sous la menace de la vingtaine d'organisations criminelles qui opĂšrent en Equateur, naguĂšre havre de paix ravagĂ© par la violence aprĂšs ĂȘtre devenu le principal point d'exportation de la cocaĂŻne produite dans les Etats voisins que sont le PĂ©rou et la Colombie.

En juin, le procureur Leonardo Palacios a été tué par des hommes armés dans la ville de Duran, voisine de Guayaquil.

Diana Salazar a fait état de menaces directes de mort de la part de Los Lobos, l'une des principales organisations criminelles, dont le chef, Fabricio Colon Picole, s'est également échappé de prison la semaine derniÚre.

La justice équatorienne s'attaque aux criminels mais aussi à la corruption liée au narcotrafic qui a gangréné jusque dans les arcanes de l'Etat.

L'affaire dite "Metastasis", "la plus grande de l'histoire contre la corruption et le trafic de drogue" en Equateur, selon la procureure, a mis au jour en fin d'année derniÚre "une structure criminelle" impliquant des procureurs, des responsables pénitentiaires et des policiers" dont l'objectif était d'obtenir l'impunité et la liberté des personnes poursuivies ou condamnées" ainsi que d'introduire des objets interdits en prison.

Les politiques sont également visés. Fin 2023, le candidat à la présidence Fernando Villavicencio à Quito et Agustin Intriago, maire de Manta (ouest), l'une des principales villes du pays, ont également été tués par des criminels.


AFP

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