Syrie

Erdogan annonce une offensive imminente contre les milices kurdes

  • PubliĂ© le 13 dĂ©cembre 2018 Ă  08:12
  • ActualisĂ© le 13 dĂ©cembre 2018 Ă  08:32
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi le lancement "dans les prochains jours" d'une nouvelle offensive en Syrie contre des milices kurdes

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi le lancement "dans les prochains jours" d'une nouvelle offensive en Syrie contre des milices kurdes, au risque de brouiller davantage ses relations avec leur parrain américain, pour qui une telle opération serait "inacceptable".

Ce serait la troisiĂšme offensive lancĂ©e par la Turquie en Syrie, oĂč elle est dĂ©jĂ  intervenue en 2016 et dĂ©but 2018 pour repousser de sa frontiĂšre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et les combattants kurdes des UnitĂ©s de protection du peuple (YPG).

Cette milice kurde, épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition arabo-kurde soutenue par les Etats-Unis dans la lutte contre l'EI, est considérée comme "terroriste" par la Turquie, qui craint plus que tout la création d'un "Etat kurde" à sa frontiÚre.
La collaboration entre Washington et les YPG est l'une des principales pierres d'achoppement troublant les relations turco-américaines.
"Nous disons que notre opération pour sauver l'est de l'Euphrate de l'organisation terroriste séparatiste va commencer dans les prochains jours", a déclaré mercredi M. Erdogan, se référant à des zones contrÎlées par les milices kurdes dans le nord de la Syrie.
"Notre objectif, ce ne sont pas les soldats américains, mais les membres de l'organisation terroriste active dans cette région", a-t-il souligné.
En rĂ©ponse, un porte-parole du Pentagone, le capitaine Sean Robertson, a soulignĂ© qu'une "action militaire unilatĂ©rale (...) dans une zone oĂč du personnel amĂ©ricain pourrait ĂȘtre prĂ©sent, est trĂšs inquiĂ©tante".
"Nous considérerions une telle action comme inacceptable", a-t-il ajouté.
Ankara considÚre les YPG comme une extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984 et qui est classé "terroriste" par la Turquie, mais aussi les Etats-Unis et l'Union européenne.

"Protéger les terroristes"

Si M. Erdogan n'a donné aucun détail sur l'étendue exacte de l'opération prévue, Youssef Hammoud, porte-parole d'al-Jaich al-Watani (L'armée nationale), une coalition de groupes rebelles pro-Ankara, a indiqué que "toutes les régions sont concernées, de Minbej à Tal Abyad, sans exception", des deux cÎtés de l'Euphrate.
"Les factions du Jaich al-Watani ont été mises au courant il y a un moment", a-t-il ajouté, affirmant que des entraßnements supervisés par des officiers turcs étaient en cours.
Les dĂ©clarations de M. Erdogan surviennent au lendemain de l'annonce par Washington de l'installation, en dĂ©pit de la ferme opposition d'Ankara, de postes d'observation censĂ©s empĂȘcher toute altercation entre l'armĂ©e turque et les YPG.
"Il est évident que l'objectif des radars et des postes d'observations installés par les Etats-Unis n'est pas de protéger notre pays des terroristes, mais de protéger les terroristes de la Turquie", s'est emporté M. Erdogan.
Pour Elizabeth Teoman, analyste Ă  l'Institute for study of war (ISW), ces menaces peuvent ĂȘtre une façon pour le prĂ©sident turc d'"imposer un changement de politique concernant les postes d'observation amĂ©ricains".
En octobre, la Turquie avait mené des attaques sporadiques contre les YPG dans le nord de la Syrie, conduisant la milice kurde à interrompre pendant dix jours ses opérations contre l'EI, et embarrassant fortement Washington.

Mercredi, les YPG ont prévenu qu'une nouvelle offensive affecterait la bataille contre les derniers réduits de l'EI dans la région de Hajine, prÚs de la frontiÚre irakienne.
"Sans aucun doute, toute attaque sur le nord syrien aura un impact direct sur la bataille de Hajine", a mis en garde le porte-parole des YPG, Nouri Mahmoud. En cas d'opération turque, les forces kurdes combattant à Hajine rentreront "pour défendre leur région et leur famille".

Parmi les principaux diffĂ©rends entre la Turquie et les Etats-Unis figure notamment la situation Ă  Minbej, une rĂ©gion du nord de la Syrie contrĂŽlĂ©e par les YPG et oĂč des soldats amĂ©ricains sont aussi stationnĂ©s.
Une feuille de route avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e en mai pour apaiser les tensions, prĂ©voyant notamment le retrait des YPG de Minbej et la mise en place de patrouilles conjointes amĂ©ricano-turques, qui ont dĂ©marrĂ© en novembre.
Mais Ankara n'a de cesse de rappeler que le retrait prévu n'a toujours pas eu lieu, menaçant d'agir militairement à Minbej contre les YPG si Washington ne respectait pas ses engagements.

AFP

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