Syrie

Erdogan somme le régime de reculer dans le nord-ouest

  • PubliĂ© le 5 fĂ©vrier 2020 Ă  15:32
  • ActualisĂ© le 5 fĂ©vrier 2020 Ă  15:43
De la fumée s'élÚve au-dessus de la ville de Sarmin aprÚs des frappes aériennes des forces gouvernementales syriennes, le 4 février 2020 dans la province d'Idleb

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a adressé mercredi un ultimatum au régime de Bachar al-Assad pour qu'il recule dans le nord-ouest de la Syrie, aprÚs des affrontements inédits qui suscitent des frictions entre Ankara et Moscou, parrain de Damas.

L'escalade entre la Turquie et le rĂ©gime syrien aprĂšs des Ă©changes de tirs qui ont fait plus de 20 morts lundi risque de dĂ©stabiliser davantage la province d'Idleb, ultime grand bastion dominĂ© par jihadistes et rebelles oĂč la situation humanitaire est critique. Le rĂ©gime syrien, appuyĂ© par l'aviation russe, a mis les bouchĂ©es doubles depuis dĂ©cembre pour gagner du terrain Ă  Idleb, allant jusqu'Ă  encercler deux postes d'observation construits par Ankara dans le cadre d'un accord conclu en 2018 avec Moscou.

Mais les tensions sont montées d'un cran lundi lorsque l'artillerie du régime a visé des positions turques, faisant huit morts. Ankara a riposté par des bombardements, tuant au moins 13 soldats syriens. "Deux de nos 12 postes d'observation se trouvent derriÚre les lignes du régime. Nous espérons que le régime se retirera au-delà de nos postes d'observation avant la fin du mois de février. Si le régime ne se retire pas, la Turquie sera dans l'obligation de s'en charger", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours à Ankara.

Les postes d'observation en question sont situés à Morek et Sourman, au sud-est de la ville d'Idleb. Le chef de l'Etat turc a indiqué avoir transmis ce message lors d'un entretien téléphonique mardi avec son homologue russe Vladimir Poutine.

- "Plus comme avant" -

M. Erdogan a aussi qualifiĂ© l'attaque du rĂ©gime contre les forces turques de "tournant" dans le conflit en Syrie. "Nous ne laisserons pas les choses continuer comme avant lĂ  oĂč le sang des militaires turcs a coulĂ©", a-t-il dit. "Nous riposterons sans aucun avertissement Ă  toute nouvelle attaque contre nos militaires ou contre les combattants (rebelles syriens) avec lesquels nous coopĂ©rons", a prĂ©venu le prĂ©sident turc.

MalgrĂ© les avertissements turcs, les forces du rĂ©gime syrien poursuivaient leur progression mercredi dans le nord-ouest de la Syrie, oĂč elles ont repris ces derniĂšres 24h plus de 20 villages et localitĂ©s aux rebelles et jihadistes dans le sud de la province d'Idleb, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et l'agence officielle syrienne Sana.

M. Erdogan, qui s'était rapproché de M. Assad avant le début du conflit syrien, est aujourd'hui l'un des principaux détracteurs de celui qu'il qualifie réguliÚrement de "tyran sanguinaire".

Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 380.000 morts depuis 2011, a aussi jeté sur la route de l'exil plus de la moitié de la population d'avant-guerre --plus de 20 millions d'habitants.

MĂȘme si la Turquie soutient des groupes rebelles et la Russie le rĂ©gime, les deux pays ont renforcĂ© leur coopĂ©ration sur ce dossier depuis 2016, s'imposant comme des acteurs majeurs en Syrie. Ankara et Moscou ont notamment signĂ© plusieurs accords censĂ©s faire taire les armes dans la province d'Idleb. Mais ces accords sont rĂ©guliĂšrement violĂ©s, une situation que dĂ©nonce dĂ©sormais ouvertement Ankara.

- Tensions russo-turques -

Depuis l'attaque du régime contre les forces turques lundi, M. Erdogan a plusieurs fois reproché à la Russie de ne pas faire assez pression sur le gouvernement de M. Assad. Mercredi, M. Erdogan a ainsi invité la Russie à "mieux comprendre nos sensibilités en Syrie". Si l'affrontement turco-syrien a causé des turbulences dans les relations entre Ankara et Moscou, les analystes estiment que les deux pays, sauront éviter une crise ouverte.

"Les deux pays sauront différencier entre les tensions +ponctuelles+ et le maintien de leur coopération dans des domaines-clé, notamment l'énergie et la défense", explique à l'AFP Jana Jabbour, spécialiste de la diplomatie turque à Sciences Po Paris.

La situation Ă  Idleb prĂ©occupe particuliĂšrement Ankara en raison de sa proximitĂ© avec la frontiĂšre turque. Ankara redoute qu'une offensive de grande ampleur dĂ©clenche une nouvelle vague migratoire vers la Turquie, pays oĂč plus de 3,5 millions de Syriens ont dĂ©jĂ  trouvĂ© refuge depuis le dĂ©but du conflit. Selon l'ONU, les combats dans le nord-ouest de la Syrie ont fait depuis dĂ©cembre plus d'un demi-million de dĂ©placĂ©s qui se sont dirigĂ©s pour la plupart vers la frontiĂšre turque.

AFP

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