L'ex-Premier ministre espagnol JosĂ© Luis RodrĂguez Zapatero est auditionnĂ© mercredi par le juge qui l'a mis en examen pour trafic d'influence et blanchiment d'argent, une premiĂšre pour un chef ou ex-chef de gouvernement dans le pays.
L'ancien chef du gouvernement, entre 2004 et 2011, figure trÚs respectée de la gauche en Espagne, est arrivé autour de 06H50 GMT à l'Audience nationale à Madrid.
Il est descendu d'une voiture aux vitres teintées avant d'esquisser un léger sourire en saluant d'un geste de la main les nombreux journalistes présents, ont constaté des journalistes de l'AFP sur place.
JosĂ© Luis RodrĂguez Zapatero est convoquĂ© mercredi et jeudi pour s'expliquer face au juge JosĂ© Luis Calama, qui l'accuse d'ĂȘtre le "chef prĂ©sumĂ© d'une structure stable et hiĂ©rarchisĂ©e" dont l'objectif aurait Ă©tĂ© de percevoir des pots-de-vin, ce qu'il nie.
- Bijoux suspects -
Cette affaire inĂ©dite est un Ă©niĂšme dossier embarrassant pour le gouvernement du socialiste Pedro SĂĄnchez, dont plusieurs autres proches sont aussi empĂȘtrĂ©s dans des affaires judiciaires.
Elle s'est immiscée dans l'hémicycle dans la matinée, en ouverture des questions des députés au gouvernement.
Pedro SĂĄnchez, qui n'a pas Ă©voquĂ© directement mercredi le cas de son prĂ©dĂ©cesseur aprĂšs l'avoir dĂ©fendu publiquement Ă plusieurs reprises, a fait valoir son bilan Ă la tĂȘte du pays, estimant que l'Espagne de 2026 Ă©tait "un meilleur pays en termes de croissance, d'emploi et d'inĂ©galitĂ©" qu'en 2018, Ă son arrivĂ©e au pouvoir aprĂšs la chute du gouvernement de droite par une motion de censure, provoquĂ©e par une affaire de corruption.
Une nouvelle fois, il a assurĂ© que la lĂ©gislature irait Ă son terme, prĂ©vu en 2027, malgrĂ© les appels rĂ©currents de l'opposition de droite et d'extrĂȘme droite Ă sa dĂ©mission et Ă la convocation d'Ă©lections anticipĂ©es.
Pedro SĂĄnchez est "le chef du gouvernement avec le plus de soupçons de corruption de toute la dĂ©mocratie espagnole", a tancĂ© de son cĂŽtĂ© le patron du Parti populaire (droite), Alberto NĂșñez FeijĂło.
L'enquĂȘte visant M. Zapatero s'inscrit dans le cadre de l'affaire dite "Plus Ultra", qui examine si l'ancien dirigeant socialiste a favorisĂ©, en Ă©change d'argent, le sauvetage public Ă hauteur de 53 millions d'euros de cette petite compagnie aĂ©rienne pendant la pandĂ©mie de Covid-19.
Parmi les Ă©lĂ©ments marquants de cette enquĂȘte figure aussi la dĂ©couverte, lors d'une perquisition, de nombreux bijoux et montres de luxe dans un coffre-fort de son bureau, que son entourage a attribuĂ©s Ă des hĂ©ritages familiaux.
Mais la justice l'accuse Ă prĂ©sent dans ce volet de ne pas avoir pu "justifier" de l'origine de ces biens - dont la valeur a Ă©tĂ© estimĂ©e par les enquĂȘteurs Ă 1,3 million d'euros - et l'a inculpĂ© en fin de semaine derniĂšre pour fraude fiscale et contrebande prĂ©sumĂ©e.
- Pression maximale -
L'affaire a ébranlé le gouvernement de Pedro Sånchez, d'autant que la femme du Premier ministre espagnol, son frÚre et son ancien bras droit en politique sont aussi mis en cause dans des affaires judiciaires distinctes.
En parallĂšle, l'Ă©tau s'est resserrĂ© autour de l'exĂ©cutif avec des rĂ©vĂ©lations embarrassantes sur une prĂ©sumĂ©e officine au sein du PSOE en charge, selon les enquĂȘteurs, d'interfĂ©rer dans les multiples investigations visant les proches de Pedro SĂĄnchez.
Le chef de gouvernement assure de son cÎté n'avoir "jamais eu connaissance" d'une telle cellule, ni "donné son aval" à une telle initiative.
Sous pression depuis des mois face à ces multiples fronts judiciaires, sans majorité au Parlement, et avec une popularité en berne, le chef de gouvernement pourrait pourtant presque paraßtre insubmersible.
Mais pour Astrid Barrio, professeure de sciences politiques Ă l'universitĂ© de Valence, "deux Ă©lĂ©ments trĂšs graves" pourraient faire tomber Pedro SĂĄnchez: "S'il Ă©tait lui-mĂȘme inculpĂ© car il y aurait beaucoup de preuves qu'il ait permis ou encouragĂ© ce type d'actions", ou si le PSOE, qu'il dirige depuis 2017, Ă©tait directement mis en cause pour "financement illĂ©gal".
Dans ce contexte inflammable, l'Ă©pouse du chef du gouvernement, Begoña GĂłmez, attend dans les tout prochains jours la dĂ©cision du juge l'ayant entendu lundi dans le cadre d'une enquĂȘte Ă tiroirs, notamment pour corruption et trafic d'influence. Elle pourrait ĂȘtre renvoyĂ©e devant un tribunal.
Une autre dĂ©cision de justice doit tomber prochainement, le verdict concernant une figure-clĂ© de l'ascension au pouvoir de Pedro SĂĄnchez, son ex-ministre des Transports JosĂ© Luis Ăbalos, jugĂ© en avril dans une autre affaire de corruption.
AFP

