Affaire Huawei

Etats-Unis et Canada promettent de "respecter l'Etat de droit"

  • PubliĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  01:35
  • ActualisĂ© le 15 dĂ©cembre 2018 Ă  05:32
Les ministres de la Défense et des Affaires étrangÚres des Etats-Unis, Jim Mattis et Mike Pompeo, et du Canada, Harjit Sajjan et Chrystia Freeland, réunis au département d'Etat à Washington, le 14 décembre 2018

Les Etats-Unis et le Canada ont promis vendredi de "respecter l'Etat de droit" dans l'affaire Huawei Ă  l'origine d'une crise diplomatique avec la Chine, alors mĂȘme que Donald Trump n'a pas exclu d'"intervenir" dans ce dossier judiciaire pour favoriser les nĂ©gociations commerciales avec PĂ©kin.

"Nous sommes tous convenus que la chose la plus importante à faire est de respecter l'Etat de droit" et "que le processus judiciaire en cours au Canada reste apolitique", a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangÚres Chrystia Freeland lors d'une conférence de presse à Washington avec son homologue américain Mike Pompeo.

Les autorités chinoises ne décolÚrent pas depuis l'arrestation au Canada le 1er décembre, à la demande des Etats-Unis, de Meng Wanzhou, directrice financiÚre du géant chinois des télécoms.
Elle a été libérée sous caution par la justice canadienne mardi, dans l'attente d'une procédure d'extradition vers les Etats-Unis qui pourrait prendre plusieurs mois. Washington la soupçonne de complicité de fraude pour contourner les sanctions américaines contre l'Iran, et elle encourt plus de 30 ans de prison si elle est jugée devant un tribunal américain.
Dans ce qui est apparu comme une possible riposte, la Chine a arrĂȘtĂ© cette semaine deux Canadiens officiellement soupçonnĂ©s de mener des "activitĂ©s menaçant" sa "sĂ©curitĂ© nationale": Michael Kovrig, ex-diplomate actuellement employĂ© par un centre de rĂ©flexion, et Michael Spavor, consultant vivant au Liaoning, une province du nord-est chinois.
Selon plusieurs observateurs, le gouvernement canadien de Justin Trudeau se retrouve en fait au coeur de cette crise diplomatique majeure un peu malgré lui, otage de la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine depuis plusieurs mois.

Soupçons d'ingérence

Le président Trump, qui a fait de ce conflit à coups de taxes douaniÚres un des axes forts de sa politique, a ainsi confirmé qu'il songeait à se servir de l'arrestation de la dirigeante de Huawei pour avancer ses pions sur le front commercial, alors que les deux grandes puissances rivales se sont donné jusqu'à début mars pour parvenir à un accord global.
"J'interviendrais sûrement si je pensais que c'était nécessaire", notamment si "c'est bon" pour conclure un accord commercial avec le président chinois Xi Jinping, a-t-il lùché cette semaine.

Des dĂ©clarations qui ont fortement dĂ©plu Ă  Ottawa. "Il est trĂšs important pour le Canada que les accords d'extradition ne soient pas utilisĂ©s pour des raisons politiques", a prĂ©venu Chrystia Freeland en prĂ©sence de Mike Pompeo. "Le Canada n'agit pas de telle façon et il me semble Ă©vident que des pays dĂ©mocratiques comme les Etats-Unis, notre partenaire, agissent de la mĂȘme maniĂšre", a-t-elle insistĂ©, aprĂšs avoir assurĂ© que l'arrestation de Meng Wanzhou rĂ©pondait aux obligations judiciaires internationales.
Le chef de la diplomatie amĂ©ricaine a niĂ© pour sa part que le Canada puisse ĂȘtre une victime collatĂ©rale de la guerre commerciale sino-amĂ©ricaine, et a tentĂ© de balayer les soupçons d'ingĂ©rence dans les affaires judiciaires nĂ©s des propos du prĂ©sident Trump. "Nous respectons l'Etat de droit Ă  chaque Ă©tape", a-t-il martelĂ©.

Mike Pompeo, qui se montre souvent ferme à l'égard de Pékin, a aussi apporté son soutien à l'allié canadien en jugeant "inacceptable" l'arrestation "illégale" des deux Canadiens en Chine, promettant de "travailler" pour assurer leur "retour".
L'ambassadeur du Canada en Chine a rencontré vendredi un de ces deux détenus, Michael Kovrig, a annoncé la diplomatie canadienne, précisant qu'elle cherchait en revanche toujours à entrer en contact consulaire avec l'autre, Michael Spavor.
La rencontre entre Mike Pompeo et Chrystia Freeland était prévue de longue date dans le cadre de leur dialogue annuel sur les questions de politique étrangÚre et de sécurité, avec également les ministres de la Défense, l'Américain Jim Mattis et le Canadien Harjit Sajjan.

Les quatre ministres ont salué les relations entre les deux pays voisins, qui ont connu une embellie grùce à la conclusion d'un nouvel accord de libre-échange nord-américain, aprÚs une phase de tensions inédites entre Donald Trump et Justin Trudeau. Mais Chrystia Freeland a tenu à rappeler qu'Ottawa continuait de juger "injustes et illégales" les taxes douaniÚres américaines sur l'acier et l'aluminium canadiens.

AFP

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