L'administration de Donald Trump a proposé mercredi une baisse historique des impÎts, notamment pour les entreprises, une initiative choc avant son 100e jour au pouvoir, mais qui sera négociée pied à pied au CongrÚs.
Le secrĂ©taire au TrĂ©sor, Steven Mnuchin, et le conseiller Ă©conomique, Gary Cohn, ont prĂ©sentĂ© Ă la presse non un plan dĂ©taillĂ© mais une seule page Ă©numĂ©rant des principes, notamment: baisse de l'impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s de 35% Ă 15%; rĂ©duction de 7 Ă 3 du nombre de tranches de l'impĂŽt sur le revenu des particuliers; suppression de presque toutes les possibilitĂ©s de dĂ©ductions fiscales, dans le but d'une simplification extrĂȘme, afin que les mĂ©nages puissent faire leur dĂ©claration sur une seule page.
"Rendre l'impÎt sur les sociétés plus compétitif, rapatrier des milliers de milliards de dollars afin de créer des emplois, simplifier l'impÎt sur le revenu, réduire les impÎts. Ces principes de base ne sont pas négociables", a déclaré Steven Mnuchin. "Nous voulons stimuler la croissance économique", a dit Gary Cohn.
L'objectif est de faire adopter la réforme en 2017. "Nous allons aussi vite que possible", a dit le secrétaire au Trésor.
Selon Gary Cohn, ce sera la plus grande réforme fiscale depuis Ronald Reagan en 1986 et "une des plus grandes baisses d'impÎts de l'histoire américaine".
Donald Trump, qui a pris ses fonctions en janvier, avait promis pendant sa campagne de remettre Ă plat le complexe code des impĂŽts, dont il a lui-mĂȘme Ă©tĂ© accusĂ© de profiter Ă l'extrĂȘme pour allĂ©ger sa facture fiscale de promoteur immobilier pendant des dĂ©cennies. Le prĂ©sident amĂ©ricain lance ainsi un nouveau chapitre de son mandat alors que la Maison Blanche vante le bilan des 100 premiers jours (Syrie, rĂ©duction des arrivĂ©es de clandestins, Cour suprĂȘme, dĂ©rĂ©glementation...), amaigri par les Ă©checs de ses dĂ©crets migratoires et de l'abrogation de la loi sur la santĂ© "Obamacare".
- Des mois de négociations -
La proposition de la Maison Blanche reste Ă ce stade... une proposition. Elle passera Ă la moulinette du CongrĂšs, contrĂŽlĂ© par des rĂ©publicains qui ne sont pas forcĂ©ment sur la mĂȘme longueur d'onde que l'exĂ©cutif, notamment sur la rigueur budgĂ©taire.
Leurs chefs, dans un communiqué, ont d'ailleurs qualifié le plan Trump de "guide précieux", et non de base de négociation. Ils ont choisi de mettre en valeur les points d'accord: baisse du niveau d'imposition, simplification, incitation au rapatriement des liquidités des entreprises à l'étranger... sans approuver aucun point spécifique.
Ils avaient d'ailleurs élaboré depuis des mois leur propre plan, que M. Trump n'a finalement pas repris. Beaucoup d'élus veulent éviter une explosion des déficits et se méfient d'une baisse générale des impÎts non compensée. Depuis les dérives des années Bush et les dépenses du début des années Obama, les républicains se sont posés en garants de l'équilibre budgétaire.
Steven Mnuchin a affirmé mercredi que le plan Trump "s'auto-financerait", c'est-à -dire qu'il créera de la croissance qui, en retour, créera plus de contribuables et générera suffisamment de nouvelles recettes fiscales pour compenser le manque à gagner de la baisse d'impÎt. Un raisonnement popularisé dans les années 1980 mais contesté par de nombreux économistes, de droite comme de gauche.
"Il n'y a jamais eu une seule analyse crĂ©dible (...) pour suggĂ©rer que les rĂ©ductions d'impĂŽts vont se financer elles-mĂȘmes", dit ainsi Ă l'AFP le rĂ©publicain Douglas Holtz-Eakin, prĂ©sident du centre d'Ă©tudes Ă©conomiques American Action Forum. De son cĂŽtĂ©, l'opposition dĂ©mocrate fourbit ses armes. Elle n'est pas opposĂ©e par principe Ă une rĂ©forme, mais exige des contrepartie pour les mĂ©nages. "Si c'est une Ă©norme rĂ©duction d'impĂŽt pour les trĂšs riches, ça ne passera pas chez les dĂ©mocrates", a prĂ©venu Chuck Schumer, chef de file dĂ©mocrate du SĂ©nat.
Le secrétaire au Trésor a aussi profité de l'occasion pour réaffirmer que le magnat de l'immobilier devenu président n'avait, contrairement à ses prédécesseurs, "pas l'intention" de rendre publique ses déclarations d'impÎts, objet d'intenses spéculations tant les contours de sa fortune restent entourés d'un épais mystÚre. "Le président a publié beaucoup d'informations", a-t-il affirmé, sans préciser ce à quoi il faisait référence.
AFP
