Décathlon - Il a sabordé toutes ses chances

Euro d'athlétisme: Mayer, la claque

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  16:56
  • ActualisĂ© le 7 aoĂ»t 2018 Ă  17:56
Kevin Mayer, dépité, à l'issue du saut en longueur, aux Championnats d'Europe d'athlétisme, à Berlin, le 7 août 2018

Cataclysme dans le camp français: grandissime favori du décathlon, le champion du monde Kevin Mayer a sabordé toutes ses chances aux Championnats d'Europe avec un zéro pointé à la longueur avant d'abandonner, mardi à Berlin.

Sans adversaire Ă  sa taille sur la scĂšne continentale, Mayer semblait promis Ă  un premier titre europĂ©en, lui qui survole les Ă©preuves combinĂ©es depuis la retraite de l'AmĂ©ricain Ashton Eaton aprĂšs les JO-2016. Vainqueur de l'Euro en salle et des Mondiaux de Londres en 2017 avant une nouvelle mĂ©daille d'or mondiale en indoor dĂ©but 2018, le natif d'Argenteuil Ă©tait au sommet de son art Ă  26 ans et osait mĂȘme parler Ă  haute voix du record du monde d'Eaton (9.045 points). Mais l'impensable s'est produit Ă  l'Olympiastadion avec trois essais mordus au saut en longueur.

Ce triple zĂ©ro, la hantise de tout dĂ©cathlonien, Mayer l'avait Ă©voquĂ© avant de se lancer dans l'arĂšne. Mais le vice-champion olympique ne pensait sĂ»rement pas en ĂȘtre victime dĂšs le 2e de ses dix travaux Ă  Berlin alors que le sacre europĂ©en lui tendait les bras faute de concurrents Ă  sa mesure.

Tout avait pourtant idéalement débuté pour le Français avec un meilleur chrono personnel amélioré sur 100 m (10 sec 64). Mais la catastrophe à la longueur a tout balayé. Au bord des larmes, Mayer a préféré jeter l'éponge aprÚs avoir dilapidé tout espoir de victoire et de podium.

- 'Frustration et tristesse' -

"J'avais une forme comme jamais j'en avais ressentie, a-t-il déclaré, dépité. Il n'y a pas de regret mais beaucoup de frustration, et de la tristesse pour mes proches, ceux qui me suivaient et m?attendaient. Ma plus grosse déception c'est pour eux. Je ne parle pas de malchance, je mets tout sur moi. Pourtant, je me suis fait trop plaisir à sauter. J'allais loin, c'était génial"

Mayer out, c'est toute la délégation tricolore qui a semblé abasourdie par la déconvenue de l'un de ses principaux leaders dÚs la 2e journée de ces Championnats d'Europe, à l'image de Mahiedine Mekhissi qui s'est dit "triste" ou de Renelle Lamote qui a évoqué un "énorme coup dur pour l'équipe de France". Sonnés, les autres décathloniens bleus, Ruben Gado et Romain Martin, ont d'ailleurs eux aussi perdu pied, se fendant également d'un zéro pointé à la longueur.

L'entraßneur de Kevin Mayer, Bertrand Valcin, a lui indiqué "se remettre en question" aprÚs ce lourd échec. "J'espÚre qu'il rebondira pour faire partie des trÚs grands décathloniens", a ajouté le technicien.

- 'Combat intérieur' -

Mais la question qui revenait d'emblée était de savoir pourquoi Mayer n'avait pas assuré au moins un saut pour rester en course pour le gain de la victoire finale. Une éventualité que le principal intéressé a trÚs vite balayé.

"En quatre ans, je n'ai jamais assurĂ© et je n'ai jamais mordu, a-t-il rĂ©pondu. Je ne pense pas que le fait de regarder la planche fasse que tu ne mordes pas, au contraire. Tu peux perdre tous tes repĂšres et faire 6,90 m. Et honnĂȘtement, vous pensez que j'Ă©tais lĂ  pour faire 6,90 m? Ce n'est pas ça le dĂ©ca, le dĂ©ca c'est se faire plaisir et s'exprimer Ă  100% Ă  toutes les Ă©preuves. Et je n'Ă©tais pas blessĂ© cette annĂ©e, je pouvais le faire. Mais malheureusement, cet Ă©tat de forme est gĂąchĂ©."

Lors de ses deux derniers titres (Mondiaux en plein air et en salle), Mayer s'était déjà fait de grosses frayeurs au saut à la perche mais il fallait remonter aux Championnats d'Europe de 2012, alors qu'il n'était qu'un jeune débarquant à peine sur la scÚne internationale, pour trouver trace d'un concours conclu sur un triple zéro. Et c'était déjà à la longueur.

Et maintenant? Le Français va devoir se remobiliser pour sa prochaine échéance, les Mondiaux de Doha en 2019, et surtout décider s'il poursuit la méthode qui est la sienne depuis deux ans, à savoir ne pas disputer de décathlon avant les grands évÚnements. D'ici là, il s'interroge quant à une possible participation au Décastar de Talence, les 15 et 16 septembre, histoire de boucler la saison sur une note moins morose devant le public tricolore.

"Je n'ai pas envie de partir en vacances mais retourner à l'entraßnement et s'entraßner jusqu'au Décastar, cela fait vraiment mal au coeur. Je suis dans un combat intérieur", a-t-il expliqué. Mayer n'a pas fini de ruminer le coup de massue de Berlin, le premier de sa carriÚre.
 

AFP

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