C'est au son des Beatles que de tout nouveaux citoyens britanniques s'apprĂȘtent Ă prĂȘter allĂ©geance Ă la reine Elizabeth II - et Ă grossir les rangs des ressortissants de l'UE espĂ©rant assurer ainsi leur avenir au Royaume-Uni aprĂšs le Brexit.
A la mairie d'Islington (nord de Londres), dans le groupe qui se rassemble devant "l'Union Jack", le drapeau du Royaume-Uni, et un portrait de la reine, on parle cricket, sport trÚs prisé dans le pays, signe de leur attachement à leur nouvelle patrie.
"Avant le référendum (sur l'UE du 23 juin 2016), je n'avais jamais pensé à prendre la citoyenneté britannique", explique Almudena Lara, une Espagnole de 43 ans, employée dans une organisation caritative.
"En tant que citoyenne européenne, je me sentais chez moi ici. Mais maintenant, avec toute l'incertitude... Etant donné que j'avais le droit d'obtenir ma citoyenneté, c'était plus sûr de le faire", ajoute cette mÚre de deux enfants qui vit au Royaume-Uni depuis dix-neuf ans.
- 'J'ai ma place ici' -
Londres et Bruxelles ont conclu un accord préliminaire en décembre pour garantir les droits d'environ trois millions de citoyens européens vivant au Royaume-Uni et d'un million d'émigrés britanniques dans l'UE.
Mais beaucoup se méfient des promesses, et, en 2017, 38.528 ressortissants de l'UE ont obtenu la citoyenneté britannique, contre seulement 15.460 en 2016.
"J'aurais de toute maniĂšre probablement fini par le faire", dit Julie Kvaerndrup, une enseignante de musique danoise de 33 ans, en recevant son nouveau passeport.
"Mais le référendum a précipité ma décision", ajoute-t-elle. "Je me suis dit: +Que va-t-il se passer dans cinq, dix ans?+".
Pour valider l'accession Ă la citoyennetĂ© britannique, il est nĂ©cessaire d'assister Ă une cĂ©rĂ©monie Ă la mairie de son quartier, lors de laquelle il faut prĂȘter allĂ©geance Ă la reine et s'engager Ă respecter les lois et les valeurs dĂ©mocratiques du pays.
Ă Islington, l'officier d'Etat civil, Dion Goncalves, a choisi de mettre un peu d'ambiance en diffusant les tubes des Beatles.
Son travail consiste principalement à vérifier que les personnes naturalisées prononcent bien le serment.
Au moment d'aborder leurs nouveaux droits, il évoque les appels croissants en faveur d'un second vote sur le Brexit, notant qu'ils pourront désormais participer à "tout nouveau référendum".
Sud-Africain, de parents portugais, Dion Goncalves supervise ces cĂ©rĂ©monies depuis 2005, et a lui-mĂȘme obtenu sa citoyennetĂ© en 2013.
Qu'en a-t-il retirĂ©? La possibilitĂ© de pouvoir porter des chaussettes avec des sandales! plaisante-t-il, avant d'ajouter, plus sĂ©rieusement: "Ăa veut dire que j'ai ma place ici".
- 'Sentiment d'urgence' -
La majorité des demandes proviennent du sous-continent indien et d'Afrique subsaharienne. Certains ressortissants de ces pays, mais aussi de l'UE, sont venus au Royaume-Uni aprÚs avoir fui leur pays d'origine.
"Je suis gay et j'ai grandi dans un pays oĂč je ne me sentais pas en sĂ©curitĂ©", souligne George, un artiste chypriote de 36 ans. "Aujourd'hui, je me sens en sĂ©curitĂ©. Il ne s'agit pas juste d'ĂȘtre Britannique, il s'agit d'avoir un foyer qui m'accepte".
Pour obtenir le passeport britannique, les candidats doivent normalement avoir vĂ©cu au Royaume-Uni pendant au moins cinq ans. Le processus lui-mĂȘme peut s'avĂ©rer long et coĂ»teux (plus de 1.300 livres, soit environ 1.500 euros).
Les demandeurs doivent aussi passer un test de culture britannique, couvrant l'histoire, la politique, les sports ou encore la cuisine.
Andrei Misarca, un ingĂ©nieur informatique roumain de 26 ans, vient tout juste d'obtenir sa citoyennetĂ© lors d'une cĂ©rĂ©monie Ă Ealing (ouest de Londres). Il n'en attend pour autant pas de grands changements, si ce n'est peut-ĂȘtre des facilitĂ©s pour voyager.
Le jeune homme, qui vit au Royaume-Uni depuis plus de sept ans, explique avoir été saisi par un "sentiment d'urgence" aprÚs le référendum sur le Brexit.
"Maintenant, se rĂ©jouit-il, j'ai l'impression de faire dĂ©jĂ partie de la sociĂ©tĂ© (britannique). MĂȘme si je ne comprends toujours pas les rĂšgles du cricket...".
Par Alice RITCHIE - © 2018 AFP



