Sans surprise, Facebook et Twitter ont signalé mardi soir un message de Donald Trump comme potentiellement trompeur dans le cadre d'une élection trÚs serrée, que le président américain prétendait avoir gagnée avant la fin du décompte, un scénario maintes fois envisagé par les réseaux et néanmoins inquiétant.
Twitter a masquĂ© le tweet du candidat rĂ©publicain avec cet avertissement : "Une partie ou la totalitĂ© du contenu partagĂ© dans ce tweet est contestĂ©e et susceptible d'ĂȘtre trompeuse quant au mode de participation Ă une Ă©lection".
"On est devant et de loin, mais ils essaient de voler l'Ă©lection. Jamais nous ne les laisserons faire. Les bulletins ne peuvent pas ĂȘtre dĂ©posĂ©s aprĂšs la fermeture du scrutin", avait Ă©crit M. Trump. Sur Facebook, le message Ă©tait encore lisible mais le gĂ©ant des rĂ©seaux sociaux lui a adossĂ© un lien vers son centre d'information sur les Ă©lections, qui montre les rĂ©sultats officiels, soit un coude-Ă -coude avec le dĂ©mocrate Joe Biden dans la course aux grands Ă©lecteurs.
"DÚs que le président Donald Trump a commencé à proclamer la victoire de façon prématurée, nous avons affiché des notifications sur Facebook et Instagram indiquant que le décompte des votes était en cours et qu'il n'y avait pas encore de gagnant" a souligné la communication du groupe californien dans la foulée. Ces mesures faisaient partie des garde-fous que Facebook et Twitter avaient annoncé prévoir exactement pour cette situation.
- MaĂźtrise des risques -
Le milliardaire républicain laissait entendre depuis des semaines que s'il ne gagnait pas ce serait à cause d'irrégularités dans le scrutin.
AprĂšs ses tweets vindicatifs, le locataire de la Maison Blanche a Ă©voquĂ© une "fraude" et une "honte", et assurĂ© qu'il entendait saisir la Cour suprĂȘme, lors d'une brĂšve allocution. Les rĂ©seaux sociaux ont dĂ©ployĂ© un arsenal de mesures sans prĂ©cĂ©dent pour garantir l'intĂ©gritĂ© du vote et blanchir leur rĂ©putation, entachĂ©e par les vastes opĂ©rations de manipulation orchestrĂ©es depuis l'Ă©tranger en 2016.
Facebook semble maĂźtriser la dĂ©tection et le dĂ©mantĂšlement de ces campagnes, et craint surtout dĂ©sormais les incitations Ă la violence et tous les messages qui pourraient mettre le feu aux poudres, y compris via les groupes radicalisĂ©s. DĂ©but octobre, Facebook a ainsi supprimĂ© les comptes liĂ©s Ă la mouvance conspirationniste "QAnon", un mouvement d'extrĂȘme droite pro-Trump. Twitter et YouTube ont pris des mesures similaires.
"Je suis inquiet d'un risque de troubles civils dans tout le pays", a déclaré jeudi Mark Zuckerberg, le patron du groupe californien.
Or le scrutin trÚs serré et les propos de Donald Trump renforcent la peur que les divisions politiques ne dégénÚrent et que les plateformes ne soient utilisées à mauvais escient. Les publicités politiques ou sur des thÚmes sociaux ou électoraux sont interdites sur Facebook aux Etats-Unis à partir de mercredi et sans doute pour une semaine, afin de "limiter les risques de confusion ou d'abus".
- "Signal d'alarme" -
Mais ces multiples prĂ©cautions n'ont pas convaincu une bonne partie de la sociĂ©tĂ© civile, qui juge ces efforts insuffisants, notamment en termes de lutte contre la dĂ©sinformation. Une vidĂ©o tronquĂ©e et dĂ©tournĂ©e de Joe Biden, oĂč le candidat dĂ©mocrate semble dire que l'administration de Barack Obama a mis en place un vaste systĂšme de fraude Ă©lectorale, a par exemple Ă©tĂ© vue environ 17 millions de fois sur diffĂ©rents sites, selon l'ONG Avaaz. "C'est un signal d'alarme majeur qui montre que les plateformes ne sont toujours pas prĂȘtes", a averti l'association dans un communiquĂ© mardi.
Elle dénonce en outre de nombreuses rumeurs, répandues par la droite, pour faire croire que "la gauche prépare un coup d'Etat si Trump est réélu" et qu'il va y avoir des "fraudes et ingérences à l'échelle nationale". "La désinformation divise le peuple américain", a déploré Fadi Quran, un directeur d'Avaaz.
Aux conversations publiques s'ajoute le problÚme des échanges privés. "Des messages disant aux gens d'aller voter sans masque se répandent sur les groupes Facebook. Un utilisateur va jusqu'à suggérer que ne pas porter de masque va faire fuir les libéraux des urnes", notait Kayla Gogarty de l'ONG Media Matters dans un rapport publié mardi soir. Une autre organisation, la coalition Election Integrity Partnership, a montré qu'une recherche sur les Etats américains clefs donnait comme résultat une chaßne YouTube avec un faux décompte en temps réel des votes. La plateforme a retiré la vidéo.
AFP


