Fernando Haddad, le candidat de gauche à la présidentielle au Brésil, a accusé jeudi son rival Jair Bolsonaro d'avoir monté une "organisation criminelle" avec de "l'argent sale" pour orchestrer un bombardement de messages et de fausses informations sur la messagerie instantanée WhatsApp.
La campagne prĂ©sidentielle au BrĂ©sil pourrait ainsi se retrouver au coeur d'une polĂ©mique sur une possible manipulation de l'Ă©lectorat Ă travers les rĂ©seaux sociaux comme celles qui ont entachĂ© en 2016 la prĂ©sidentielle aux Etats-Unis ou le rĂ©fĂ©rendum du Brexit au Royaume-Uni. M. Haddad, candidat du Parti des travailleurs (PT), a lancĂ© son attaque contre le candidat d'extrĂȘme droite Jair Bolsonaro, grand favori du second tour, aprĂšs que le quotidien Folha de Sao Paulo a rĂ©vĂ©lĂ© que des entreprises avaient financĂ© des envois en masse de messages anti-PT sur WhatsApp avant le premier tour du 7 octobre. Une nouvelle offensive serait prĂ©vue pour la semaine prochaine, avant le second tour du 28 octobre, ajoute le quotidien pauliste.
Des compagnies auraient acheté des "contrats" pour diffuser des centaines de milliers de messages de propagande de Bolsonaro, à un prix pouvant atteindre 12 millions de réais (2,8 millions d'euros) par contrat. La loi électorale proscrit au Brésil le financement des campagnes par les entreprises. Si cette pratique était avérée, elle constituerait un délit. Lors d'une conférence de presse à Sao Paulo, Haddad a dénoncé "les centaines de milliers de messages envoyés aux électeurs (...) tous faux, pour influer sur le vote". "Dans n'importe quel pays cela serait un scandale énorme, qui pourrait mener à une invalidation de candidature", a lancé M. Haddad, qui va saisir la justice électorale.
L'entourage de Bolsonaro a niĂ© toute responsabilitĂ©. "Ce n'est pas raisonnable qu'Ă chaque fois qu'il se passe quelque chose (Bolsonaro) soit dĂ©signĂ© responsable", a dit Thiago Ayres, son avocat, au quotidien Valor. Au mĂȘme moment, l'ex-capitaine de l'armĂ©e rĂ©agissait sur Twitter: "Le PT ne souffre pas des fausses informations, mais de la VERITE".
- "Organisation criminelle" -
Fernando Haddad a ajouté qu'il avait déjà détecté une "campagne de calomnie appuyée par de l'argent sale" contre lui sur WhatsApp mais que la situation avait empiré. "Le niveau des ressources et le nombre d'entreprises impliquées dans ce complot est trÚs élevé", a-t-il lancé, évoquant le chiffre de 156 compagnies. Les messages ont été envoyés grùce aux bases de données personnelles d'utilisateurs fournies par l'équipe de Bolsonaro ou achetées à des agences de stratégie numérique, selon Folha.
WhatsApp, qui appartient à Facebook, est immensément populaire au Brésil, avec au moins 120 millions d'utilisateurs. "Folha a prouvé aujourd'hui que le député Bolsonaro a créé une véritable organisation criminelle avec des entreprises qui (...) avec de l'argent sale, vont parrainer des avalanches de messages mensongers sur WhatsApp", avait tweeté auparavant Haddad.
Pour Sergio Amadeu, membre du ComitĂ© de gestion d'internet au BrĂ©sil, il s'agit "d'une campagne de dĂ©sinformation (...) qui vient aussi de l'Ă©tranger". "Elle est trĂšs semblable Ă celle vue aux Etats-Unis, mais plus sophistiquĂ©e (..) car elle est proche de la culture politique brĂ©silienne, qui, en ces temps de crise, fait appel Ă la haine", selon lui. "On reçoit beaucoup d'informations, mĂȘme fausses, certaines vraies aussi, sur la politique. Mais je ne crois pas que cela influence trop nos dĂ©cisions", dit Ana Clara Vale, une Ă©lectrice de Bolsonaro ĂągĂ©e de 27 ans, interrogĂ©e Ă Rio.
Andre de Souza, qui pourrait lui aussi voter pour le député, reçoit quelques 500 messages WhatsApp par jour, pour et contre les deux candidats. "Ca ne fait pas de différence pour moi", dit-il lui aussi. "Mais ma mÚre a reçu un message disant que Bolsonaro supprimerait le 13e mois et elle l'a cru!".
Bolsonaro dispose d'une considĂ©rable force de frappe sur les rĂ©seaux sociaux oĂč il mĂšne l'essentiel de sa campagne, avec 14 millions d'abonnĂ©s sur Facebook, Instagram et Twitter. Haddad n'en a que 2,8 millions.
Le directeur de Datafolha, Mauro Paulino, a affirmé sur Twitter que l'institut de sondages avait "vu des mouvements de derniÚre minute dans les tendances" avant le premier tour. Jair Bolsonaro a largement remporté le premier tour avec 46% des voix contre 29% à Haddad. Pour le second, les sondages lui prédisent une trÚs confortable victoire. La direction de son parti a redit jeudi le refus de Bolsonaro de participer au moindre débat télévisé avant le second tour, invoquant "l'état de santé" du candidat, toujours en convalescence aprÚs l'attaque au couteau dont il a été victime début septembre en plein meeting.
 - © 2018 AFP
