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Feu vert à une marche à Lyon en hommage à Quentin Deranque, sous haute surveillance

  • Publié le 20 février 2026 à 22:47
Rassemblement pour demander "Justice pour Quentin" Deranque, le 16 février 2026 à Metz

Une marche, samedi à Lyon, en hommage au militant nationaliste Quentin Deranque, soutenue par l'ultradroite, a reçu vendredi l'aval des autorités, qui prévoient un dispositif conséquent pour contenir le risque de débordements.


Face à des demandes d'interdiction au nom du risque de troubles graves à l'ordre public, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez comme la préfecture du Rhône ont dit préférer "protéger la liberté d'expression" mais déploieront des renforts importants de policiers et gendarmes pour éviter notamment des affrontements entre groupuscules de l'ultradroite et de l'ultragauche.
Sur le plan judiciaire, sept suspects, liés pour la plupart au groupe dissous la Jeune Garde Antifasciste, ont été mis en examen jeudi soir pour "homicide volontaire" ou "complicité", et six ont été écroués.
Pour M. Nuñez, ils n'avaient pas planifié de guet-apens. Le drame découle d'"une rixe entre deux groupes qui s'est terminée par un homicide volontaire (...) un lynchage qui est absolument abominable", a-t-il estimé sur RTL.
Le maire écologiste de Lyon Grégory Doucet réclamait, lui, l'interdiction de la marche, évoquant "des risques avérés de troubles à l'ordre public".
"Pour l'instant, la liberté est plus importante que l'inquiétude", a jugé M Nuñez, qui évalue le nombre de participants à 2 ou 3.000 personnes appartenant à "l'ultradroite".
En conséquence, la préfecture a autorisé le parcours sur 1,4 km, jusqu'aux lieux où Quentin Deranque a été roué de coups le 12 février. Mais avec "un dispositif de sécurité important", comprenant des renforts de CRS, de gendarmes mobiles et de policiers d'autres départements.
- "Malins" -
Le président du Rassemblement national Jordan Bardella, toujours en quête de dédiabolisation de son parti, a recommandé à ses cadres de ne pas se rendre aux hommages ni d'y associer le RN. Dans une lettre consultée par l'AFP, il a souligné que les organisateurs sont "multiples, incertains".
Officiellement, la marche est organisée par deux amies du défunt. Mais les appels sont abondamment relayés par des groupuscules d'ultradroite, comme le national-révolutionnaire Allobroges Bourgoin, dont Quentin Deranque a été membre, les identitaires Héritage Lyon, ou encore les royalistes de l'Action Française.
Par crainte de dégradations, des panneaux en bois ont été installés vendredi sur les fenêtres du rez-de-chaussée d'un immeuble situé près des lieux du drame. En revanche, les commerces le long du parcours n'ont pas pris de telles mesures.
"Ils sont malins, ils ne vont pas tout casser, ils savent très bien qu'ils vont être regardés par le monde entier", estimait sur place un sexagénaire, qui sous couvert d'anonymat regrettait l'autorisation d'une marche "déshonorante".
Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a lui aussi qualifié sur BFM de "grave erreur" l'autorisation d'une marche qui selon lui, n'est pas un hommage mais "une démonstration de force de groupes d'extrême droite, racistes, antisémites, néonazis".
"Je ne suis pas certain que de voir des croix celtiques défiler pendant plusieurs heures dans les rues de Lyon soit la bonne façon de rendre hommage à celui qui est mort", a également jugé le premier secrétaire du PS Olivier Faure.
- Appel au calme -
La famille de Quentin Deranque a appelé "au calme et à la retenue" et ne participera pas à la marche. Ses parents ont également souhaité que ce rassemblement se fasse "sans violences" et "sans expression politique", selon leur avocat Fabien Rajon.
Leur fils, 23 ans, a été frappé le 12 février par des individus encagoulés en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan, alors qu'il assurait la sécurité des militantes identitaires de Némésis. Il est décédé deux jours plus tard.
A Washington, l'administration Trump a commenté pour la première fois le drame, jugeant que c'est "l'extrémisme violent de gauche" qui représente une "menace" grandissante en France.
En plus des six hommes mis en examen jeudi pour "homicide volontaire", soupçonnés d'avoir frappé le jeune militant nationaliste à mort, un assistant du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde, l'a été pour "complicité". Ce collaborateur, Jacques-Elie Favrot, 25 ans, a été placé en détention provisoire. Il est soupçonné d'être l'instigateur des coups.
Parmi les mis en examen figure un autre proche de Raphaël Arnault, Adrian Besseyre, 25 ans, qui travaillait dans l'équipe du député jusqu'à quelques jours avant les faits, selon son avocat, Benoît Courtin.
Malgré les pressions, LFI refuse d'exclure le député. Pour Manuel Bompard, il ne saurait être "tenu responsable des actes de ses salariés".

Par Sylvie MALIGORNE, Djilali BELAID - © 2026 AFP
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