Elles semblent inoffensives, si petites, avec leurs belles couleurs, mais les feuilles mortes donnent chaque automne des sueurs froides aux cheminots, font subir aux voyageurs retards et annulations, et coûtent cher à la SNCF.
Lorsqu'elles tombent sur les voies, et sous l'effet de l'humidité, elles forment une pellicule qui recouvre le rail, et rend plus difficiles l'accélération et le freinage.
Twitter regorge des moqueries de passagers: "Mon train qui a 15 min de retard à cause de la présence de feuilles mortes sur les rails... Paye ton excuse la SNCF!", "Ah enfin le retour de l'excuse des feuilles mortes de la SNCF", "Flash SNCF: trafic paralysé sur Paris-Granville ce wd // annulés & retardés à cause d'une violente chute...de feuilles mortes en automne".
Le prĂ©sident (UDI) de la rĂ©gion Normandie, HervĂ© Morin, a mĂȘme demandĂ© Ă la SNCF "des conditions de transports dĂ©centes" pour les usagers du Paris-Granville, ligne trĂšs touchĂ©e par le phĂ©nomĂšne.
Face à ces critiques, l'opérateur ferroviaire martÚle son message pédagogique, expliquant que "la présence de nombreuses feuilles mortes sur les voies diminue l'adhérence des roues sur les rails".
"C'est le mĂȘme phĂ©nomĂšne que pour une voiture sur une chaussĂ©e humide", commente AndrĂ© Fauve-Piot, directeur technique maintenance et travaux Ă SNCF RĂ©seau.
Pour les trains, pas d'aquaplaning, mais le "patinage" en phase d'accélération, et l'"enrayage" en phase de freinage: les roues glissent sur le rail, allongeant les temps d'accélération et de freinage. Et la roue est anormalement usée, ce qu'on appelle la "roue carrée" en jargon cheminot.
Tout cela oblige parfois le conducteur Ă "devoir s'arrĂȘter ou limiter sa vitesse", ajoute AndrĂ© Fauve-Piot.
- 16 wagons laveurs -
RĂ©sultat, les trains mettent plus de temps Ă effectuer le mĂȘme parcours, cumulent des retards, et doivent parfois ĂȘtre supprimĂ©s. Ils sont aussi moins disponibles car leurs passages en atelier sont plus frĂ©quents. L'automne passĂ©, les trains ont cumulĂ© 1.173 heures de retard.
Au-delĂ des retards, il y a Ă©galement un enjeu de sĂ©curitĂ©, et la SNCF veut surtout Ă©viter que ne produisent des phĂ©nomĂšnes de "deshuntage", une brĂšve perte de contact entre le rail et le train, qui peut par exemple empĂȘcher les feux de signalisation de fonctionner. Aucun "deshuntage critique" - pouvant engager la sĂ©curitĂ© - n'a Ă©tĂ© observĂ© en 2016, fait savoir la compagnie ferroviaire.
Pour les cheminots, impossible de passer le balai sur les rails entre deux passages de train, la solution est un peu plus complexe. D'abord, on Ă©lague et on dĂ©broussaille le long des voies, avant l'automne, pour empĂȘcher les feuilles de tomber sur les rails.
Les wagons de travaux sont réquisitionnés et deviennent "wagons brosseurs" pour nettoyer les voies.
Mais la SNCF a aussi ses 16 wagons laveurs flambant neufs, qui dĂ©barrassent les voies ferrĂ©es de cette pellicule: "ils soufflent de l'eau Ă haute pression, ce qui revient Ă faire une sorte de dĂ©capage du rail, et aspirent en mĂȘme temps" les rĂ©sidus de feuilles, explique AndrĂ© Fauve-Piot.
Ces gros wagons circulent toute l'année, mais notamment à l'automne, jusqu'à trois fois par semaine sur certaines lignes. Chacun d'entre eux nettoie environ 480 kilomÚtres de rail par jour. Le parc a été entiÚrement renouvelé en 2015 et 2016, pour 8 millions d'euros.
Quant aux trains les plus récents, ils sont équipés de systÚmes qui limitent le blocage des roues, comme les "systÚmes d'ABS sur les voitures. (...) Ca contribue directement à maßtriser le phénomÚne". Les trains de moins de 30 ans en Ile-de-France en ont également été équipés, 40 millions d'euros ont été investis.
Par Julie CHABANAS - © 2016 AFP
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