Le Premier ministre belge Charles Michel a pris dimanche la tĂȘte d'un gouvernement minoritaire, aprĂšs la dĂ©mission des ministres nationalistes flamands de la coalition gouvernementale, en raison d'une divergence profonde sur le Pacte de l'ONU sur les migrations.
Ces démissions ont été "acceptées" par le roi des Belges à la mi-journée, selon un communiqué, à l'issue d'une rencontre au Palais royal avec M. Michel, venu lui présenter la situation politique et le nom des ministres qui héritent des portefeuilles vacants (Intérieur mais aussi Finances, Défense et Migration).
L'ex-ministre de l'IntĂ©rieur Jan Jambon, issu de l'Alliance nĂ©oflamande (N-VA, nationalistes flamands), avait confirmĂ© dimanche sur la tĂ©lĂ©vision publique RTBF que lui-mĂȘme et les autres ministres de son parti allaient dĂ©missionner. "C'est clair, c'est net", avait-il dit, mettant fin Ă plusieurs heures de flou.
Avec ce dĂ©part de la N-VA, poids lourd de cette coalition belge, le Premier ministre Charles Michel prend la tĂȘte d'un gouvernement sans majoritĂ© au Parlement, Ă cinq mois des prochaines Ă©lections lĂ©gislatives prĂ©vues fin mai. Le gouvernement a souvent tanguĂ© depuis quatre ans en raison des prises de positions jugĂ©es radicales de la N-VA sur la migration.
Le président du parti Bart De Wever avait lancé samedi soir un ultimatum à M. Michel, laissant entendre que la N-VA s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver au nom de la Belgique le Pacte de l'ONU sur les migrations. "Si on n'a plus de voix dans ce gouvernement (...) ça ne sert à rien de continuer", avait-il lancé. "Je prends (...) acte ce soir que la N-VA quitte la majorité", avait répondu M. Michel dans la foulée. Il avait répété sa ferme intention de représenter la Belgique à Marrakech comme "chef de gouvernement d'une coalition responsable".
Samedi soir, un conseil des ministres de la derniÚre chance avait été convié, mais il n'a pas permis de surmonter les divergences.
- "Pacte avec le diable" -
La N-VA Ă©tait le seul des quatre partis de la coalition opposĂ© Ă ce texte onusien, qui doit ĂȘtre approuvĂ© lundi et mardi au Maroc par les pays de l'ONU, avant d'ĂȘtre ratifiĂ© lors d'un vote au siĂšge des Nations Unies Ă New York le 19 dĂ©cembre. Le pacte avait d'abord fait l'objet d'un consensus gouvernemental cet Ă©tĂ©, mais la N-VA a changĂ© d'avis fin octobre.
La crise, latente depuis plusieurs semaines, a Ă©clatĂ© mardi soir, quand Charles Michel a annoncĂ© son intention de se tourner vers le Parlement, faute d'unanimitĂ© au sein de son gouvernement. Il en allait de la "crĂ©dibilitĂ©" de la Belgique au plan international, avait expliquĂ© le Premier ministre, qui avait lui-mĂȘme dĂ©fendu ce texte Ă la tribune de l'ONU fin septembre.
Jeudi, une large majoritĂ© droite/gauche s'est dĂ©gagĂ©e en plĂ©niĂšre Ă la Chambre en faveur d'une rĂ©solution demandant au gouvernement de soutenir le pacte. La N-VA s'est retrouvĂ©e isolĂ©e au cĂŽtĂ© du parti d'extrĂȘme droite Vlaams Belang. Ce parti anti-immigration a d'ailleurs tenu samedi un meeting Ă Bruxelles avec Marine Le Pen, cheffe de l'extrĂȘme droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, afin de dĂ©noncer ce Pacte, brandi comme Ă©pouvantail par les populistes Ă travers l'UE Ă l'approche des Ă©lections europĂ©ennes en mai prochain.
"Le pays qui signera ce pacte, évidemment, il signera un pacte avec le diable", avait affirmé la dirigeante française. Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes --défense des droits de l'homme, des enfants, reconnaissance de la souveraineté nationale-- et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.
L'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchÚque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l'Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech. Les Etats-Unis s'étaient retirés de l'élaboration du Pacte en décembre dernier.
- © 2018 AFP


