Oui, c'est possible

Forest Green Rover, premier club de foot vegan

  • PubliĂ© le 11 aoĂ»t 2017 Ă  15:00
L'entrée du club Forest Green Rovers, dans l'ouest de l'Angleterre, premier club "vert", le 8 août 2017

Ici, les frites sont "bio". Bienvenue chez les Forest Green Rovers, premier club de foot professionnel écolo et végane, porté par 128 ans d'histoire et un président nomade reconverti entrepreneur.


Depuis Nailsworth, bourgade de 6.000 habitants nichée au creux des collines des Costwolds (ouest de l'Angleterre), Dale Vince et ses "Rovers" tentent de faire passer un message par le biais du football: un autre monde est possible.
Comme partout en Angleterre, on trouve des frites, des tourtes et de la biĂšre au New Lawn, le petit stade de Forest Green, tout juste promu en quatriĂšme division. Mais ici, entre le coteau et les maisons en pierres grises, pas de hot dog: la viande est bannie.
Les tourtes sont véganes, l'eau d'arrosage recyclée, la peinture garantie naturelle et l'énergie vient en partie de panneaux solaires sur le toit des tribunes.
Il y a aussi des bornes pour voitures électriques et les maillots de l'équipe affichent le logo de l'ONG de protection des océans Sea Shepherd.


- 'Plus sain pour les abeilles' -


MalgrĂ© son nom, Forest Green (Vert ForĂȘt) n'a pris ce virage qu'en 2010 avec l'arrivĂ©e de Dale Vince, alors que ce club fondĂ© en 1889, non loin de la source de la Tamise, Ă©tait acculĂ© financiĂšrement.
"Nous nous servons du club pour parler Ă  un public Ă  qui on parle peu des problĂšmes environnementaux, les fans de foot. Nous ne prĂȘchons pas des convaincus", explique le fondateur d'Ecotricity, "un hybride entre une ONG et une entreprise", spĂ©cialisĂ©e dans les Ă©nergies renouvelables.
"Je ne me vois pas comme un businessman, je suis un environnementaliste", assure cet ancien voyageur de 53 ans, qui a construit sa premiÚre éolienne en 1990, alors qu'il vivait dans son camion "comme un hippy" sur une colline juste derriÚre le stade.
Message et rĂ©ussite sportive sont "indivisibles": "le message a plus de poids si nous avons du succĂšs sur le terrain. Nous avons une pelouse biologique mais cela ne sert Ă  rien si elle n'est pas excellente. Ce serait mĂȘme nĂ©gatif", estime celui qui rĂȘve de Championship (D2) et de dĂ©mĂ©nager "d'ici trois Ă  quatre ans" dans un Ă©co-parc avec incubateur Ă  start-ups vertes et premier stade entiĂšrement en bois dĂ©jĂ  dessinĂ© par le cabinet de Zaha Hadid.
"Nous ne devons pas nous contenter d'ĂȘtre bio, nous devons ĂȘtre vegan. Nous n'utilisons pas ce qui est dĂ©rivĂ© des animaux", dĂ©taille le jardinier Adam Witchell, intarissable sur ses algues pour fertiliser la pelouse, "pleines de nutriments" venus des HĂ©brides (Ecosse). "J'enlĂšve les mauvaises herbes Ă  la main. C'est plus sain pour moi, les joueurs et les abeilles".
Ce qui vaut pour la pelouse, parfaite aprĂšs le passage du robot-tondeuse, vaut pour la nourriture servie aux joueurs et spectateurs.


- Comme AgĂŒero -


"J'étais trÚs enthousiaste, avec le défi de rendre la nourriture végane accessible à tous", assure la chef Em Franklin. "Venez essayez, c'est bon, c'est sain pour votre corps et l'environnement! (...) On m'a dit que les ventes avaient grimpé. La confiance se construit".
"Ce n'est pas difficile d'apporter aux athlÚtes les nutriments dont ils ont besoin et notamment les protéines", rassure-t-elle aprÚs avoir préparé le plat du match, un curry aux pois chiches.
Et sur le terrain, ça marche.
"Les joueurs sont trĂšs en forme, on l'a vu en prolongation", apprĂ©cie l'entraĂźneur Mark Cooper, aprĂšs sa dĂ©faite contre Milton Keynes (D3) en Coupe de la Ligue (1-0) mercredi. "Sergio AgĂŒero dit que pendant la saison, il est purement vegan. Si ça fonctionne pour l'un des meilleurs joueurs du monde, cela devrait fonctionner pour nous".
"Je suis devenu végétarien depuis six mois. Je ne pensais pas à ça avant et j'aimais vraiment mon sandwich au bacon du dimanche matin", plaisante le bourru technicien. "Mais ici, cela commence à vous imprégner (...) D'ailleurs, j'ai un message pour la mairie: faites des poubelles plus grandes et les gens recycleront plus".
Et les fans dans tout ça? Au bar-restaurant, Paul n'a pas aimé son hamburger végétal: "C'est du carton à la sauce chili. Je ne suis pas contre, je voudrais juste qu'il y ait un choix".
A ses cÎtés, Martin, garagiste et sponsor, intervient: "Moi j'ai aimé ce que j'ai pris. Ce n'est pas ce que je préfÚre mais si ça a l'air bon, j'essaie."
La tablée regrette les "fish and chips" et tous s'accordent sur une chose: "Avec le lait de soja, le thé est affreux. On est obligé de boire de la biÚre."

Par Maxime MAMET - © 2017 AFP

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