Frappes sur les infrastructures du Golfe, blocage d'Ormuz : choc mondial sur l'Ă©nergie

  • PubliĂ© le 2 mars 2026 Ă  19:26
  • ActualisĂ© le 2 mars 2026 Ă  20:21
Un pétrolier au large de Dubai, le 1er mars 2026

Lundi noir sur les marchés de l'énergie: les prix du gaz et du pétrole s'envolent, portés par la guerre au Moyen-Orient et des premiÚres frappes contre des infrastructures au Qatar et en Arabie saoudite, tandis que la paralysie du détroit d'Ormuz menace l'approvisionnement mondial.

Le gaz européen a bondi de plus de 50% dans la journée, restant cependant encore trÚs loin des niveaux atteints au début de la guerre en Ukraine.

Le Brent, la référence internationale pour le baril de pétrole, s'est envolé de plus de 13%, dépassant les 82 dollars, bien plus haut que les 60 dollars du début d'année.

- Risques sur les infrastructures -

Les prix du pétrole et du gaz sont secoués par les attaques iraniennes sur les infrastructures énergétiques des pays du Golfe.

Lundi, la compagnie énergétique publique qatarie QatarEnergy a annoncé avoir interrompu la production de gaz naturel liquéfié (GNL) à la suite d'attaques iraniennes contre les installations de deux de ses principaux sites de traitement de gaz.

Plus tÎt, une des plus grandes raffineries d'Arabie saoudite, celle de Ras Tanura, exploitée par la compagnie pétroliÚre nationale Saudi Aramco, a dû interrompre certaines opérations aprÚs une attaque qui a provoqué un incendie.

- Ormuz bloqué -

Ces hausses s'expliquent aussi par l'arrĂȘt quasi total du trafic maritime dans le dĂ©troit d'Ormuz, artĂšre stratĂ©gique au large de l'Iran, par laquelle transite environ 20% du pĂ©trole consommĂ© dans le monde (soit 20 millions de barils par jour), ainsi qu'"environ 14% du commerce mondial de produits raffinĂ©s et 19% des flux mondiaux de GNL", selon Sheel Bhattacharjee, spĂ©cialiste du fret chez Argus Media.

Le passage n'est pas techniquement bloqué, mais il l'est de facto. Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans cette zone large d'environ 50 kilomÚtres.

Face à l'explosion des primes d'assurance, les principales compagnies maritimes ont annoncé suspendre leurs traversées.

Ce blocage limite fortement les exportations de pĂ©trole des grands producteurs, comme l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou l'Irak, ainsi que celles de GNL du Qatar, principal exportateur de la rĂ©gion.

- L'Asie particuliÚrement touchée -

Les pays asiatiques pourraient ĂȘtre les grands perdants de ces ruptures d'approvisionnements, car plus de 80% du pĂ©trole et gaz transitant par Ormuz leur est destinĂ©, selon l'Agence internationale de l'Energie.

L'Union européenne a affirmé que la guerre en cours n'entraßnait pas "d'inquiétudes immédiates" pour l'approvisionnement de ses pays membres.

"L'Europe est bien moins dépendante du pétrole et du GNL du Golfe que la Chine, l'Inde, le Japon ou la Corée du Sud", relÚve Simone Tagliapietra, expert à l'institut Bruegel.

"Mais elle n'est pas Ă  l'abri", ajoute-t-il, soulignant que face Ă  la faiblesse de ses rĂ©serves de gaz cette annĂ©e, elle pourrait ĂȘtre "contrainte de concurrencer les acheteurs asiatiques pour les cargaisons" arrivant encore.

- Un baril Ă  100 dollars ? -

Les pays importateurs de pétrole disposent en théorie d'importantes réserves d'or noir, les membres de l'OCDE, majoritairement des économies avancées, s'astreignant par exemple à maintenir 90 jours de stocks.

Mais "en cas d'interruption prolongée des livraisons via Ormuz, le pétrole brut pourrait rapidement grimper jusqu'à 100 dollars le baril (...) notamment en cas d'attaques contre les installations pétroliÚres dans la région", prévient Eurasia Group.

La derniÚre fois que les prix du brut ont dépassé ce seuil symbolique, c'était au début de la guerre en Ukraine, à l'unisson des prix du gaz, contribuant à un cycle inflationniste prolongé.

Réagissant au conflit, l'Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l'alliance de pays exportateurs Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de 206.000 barils par jour pour le mois d'avril.

Mais "si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206.000 barils supplémentaires par jour font trÚs peu pour détendre le marché", estime Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy.

- "Talon d'Achille" de Trump -

"Le talon d'Achille du (président américain Donald) Trump, ce sont les prix pétroliers élevés", relÚve Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, selon qui Téhéran pourrait chercher à maintenir des prix élevés pour faire plier Washington, avant les élections de mi-mandat en novembre.

Malgré cette hausse spectaculaire des prix, "il est peu probable qu'une perturbation grave et durable se produise" tant que le conflit ne dure pas trop longtemps, temporisent les experts d'Oxford Economics.

"Cela obligerait l'Iran à maintenir un blocus naval sans précédent et à se défendre contre la riposte militaire" pendant une période prolongée, expliquent-ils.

Donald Trump estime que les opérations américaines pourraient durer "quatre à cinq semaines".

AFP

guest
0 Commentaires