Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU a averti lundi que les programmes d'aide humanitaire Ă la bande de Gaza prendraient fin en cas d'offensive sur la ville surpeuplĂ©e de Rafah, d'oĂč IsraĂ«l veut faire sortir les civils pour vaincre dĂ©finitivement le Hamas.
L'offensive "ne serait pas seulement terrifiante pour plus d'un million de civils palestiniens qui s'y abritent; elle sonnerait également le glas de nos programmes d'aide", a prévenu Antonio Guterres, à l'ouverture de la 55e session du Conseil des droits de l'homme à GenÚve.
Adossée contre la frontiÚre fermée avec l'Egypte, dans le sud de Gaza, Rafah est l'unique point d'entrée de l'aide humanitaire qui reste "totalement insuffisante", a-t-il souligné, pour le petit territoire palestinien, assiégé par Israël depuis le début de la guerre le 7 octobre contre le mouvement islamiste.
En Cisjordanie, le gouvernement de l'Autorité palestinienne a remis sa démission lundi au président Mahmoud Abbas, qui exerce un pouvoir limité sur ce territoire occupé depuis 1967 par Israël.
De nombreux pays tentent de dissuader le Premier ministre israĂ©lien Benjamin Netanyahu de lancer une offensive Ă Rafah, oĂč sont massĂ©s, selon l'ONU, prĂšs d'un million et demi de Palestiniens.
Alors que des pourparlers en vue d'une trĂȘve se poursuivent au Qatar, M. Netanyahu a annoncĂ© une prochaine opĂ©ration terrestre contre cette ville qu'il prĂ©sente comme le "dernier bastion" du Hamas, quatre mois aprĂšs le dĂ©but de l'offensive au sol lancĂ©e le 27 octobre dans le nord de Gaza puis Ă©tendue progressivement vers le sud.
M. Netanyahu a assurĂ© dimanche que la "victoire totale" sur le Hamas ne serait alors qu'une question de "quelques semaines", soulignant qu'une trĂȘve ne ferait que "retarder" cette offensive.
- "De la place" au nord -
L'armée a présenté lundi au cabinet de guerre "un plan pour l'évacuation des populations des zones de combat dans la bande de Gaza, ainsi que le plan d'opérations à venir", selon le bureau du Premier ministre.
M. Netanyahu avait prĂ©cisĂ© dimanche qu'il y avait "de la place" pour les civils "au nord de Rafah, dans les zones oĂč nous avons terminĂ© le combat".
Ces zones restent pourtant sous le feu israélien. Un correspondant de l'AFP a signalé plusieurs frappes aériennes nocturnes sur Rafah, sur Khan YounÚs, à quelques kilomÚtres plus au nord, et à Zeitoun, prÚs de Gaza-ville, dans le nord.
Le ministĂšre de la SantĂ© du Hamas a annoncĂ© lundi que 90 personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es en 24 heures Ă travers le territoire, dont 15 membres d'une mĂȘme famille Ă Gaza-ville.
La guerre a éclaté le 7 octobre quand des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza ont lancé une attaque sans précédent sur le sud d'Israël, qui a entraßné la mort d'au moins 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.
Durant l'attaque, quelque 250 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza. Selon Israël, 130 otages y sont encore retenus, dont 31 seraient morts.
En reprĂ©sailles, IsraĂ«l a jurĂ© d'anĂ©antir le Hamas, au pouvoir Ă Gaza depuis 2007, qu'il considĂšre, de mĂȘme que les Etats-Unis et l'Union europĂ©enne, comme une organisation terroriste.
L'offensive israélienne a fait 29.782 morts à Gaza, en grande majorité des civils, selon le ministÚre de la Santé du Hamas.
- "Des gens affamés" -
Dans la bande de Gaza frappée par une catastrophe humanitaire majeure, 2,2 millions de personnes, selon l'ONU, soit l'immense majorité de la population, sont menacées d'une "famine de masse".
L'aide internationale entre au compte-gouttes depuis l'Egypte, soumise au feu vert d'Israël, et son acheminement vers le nord est presque impossible en raison des destructions et des combats.
Le bureau de Benjamin Netanyahu a aussi annoncĂ© lundi que le cabinet de guerre avait approuvĂ© un plan de fourniture d'aide humanitaire "qui empĂȘchera les pillages", sans plus de dĂ©tails.
Des Palestiniens de Gaza ont racontĂ© Ă l'AFP ĂȘtre forcĂ©s de manger des feuilles, du fourrage pour le bĂ©tail, voire d'abattre des animaux de trait pour se nourrir alors que les rares convois d'aide atteignant le nord sont pillĂ©s par la population.
"Nous mourrons de faim", a lancé à l'AFP Abdallah Al-Aqra, 40 ans, réfugié à Gaza-ville. Il a affirmé que l'armée avait tiré dimanche "sur les gens affamés qui tentaient d'avoir de la farine" apportée par un camion d'aide.
- "Contours" d'un accord -
Les pays mĂ©diateurs, Qatar, Egypte et Etats-Unis, tentent pendant ce temps de nĂ©gocier avec les deux parties un compromis en vue d'une trĂȘve.
Le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, a évoqué dimanche un "terrain d'entente" sur les "contours" d'un possible accord portant sur la libération des otages et "un cessez-le-feu temporaire" lors d'une récente réunion à Paris entre des représentants d'Israël, des Etats-Unis, de l'Egypte et du Qatar.
D'aprĂšs une source du Hamas, les discussions portent sur la premiĂšre phase d'un plan Ă©laborĂ© en janvier par les mĂ©diateurs, qui prĂ©voit une trĂȘve de six semaines associĂ©e Ă une libĂ©ration d'otages et de prisonniers palestiniens dĂ©tenus par IsraĂ«l, ainsi que l'entrĂ©e Ă Gaza d'une importante quantitĂ© d'aide humanitaire.
Mais IsraĂ«l exige la libĂ©ration de tous les otages lors de cette pause et a prĂ©venu qu'une trĂȘve ne signifierait pas la fin de la guerre.
Le Hamas réclame de son cÎté un cessez-le-feu complet, le retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza et la levée du blocus imposé par Israël depuis 2007.
La guerre Ă Gaza a aussi ravivĂ© les tensions Ă la frontiĂšre entre IsraĂ«l et le Liban, oĂč les Ă©changes de tirs sont quotidiens entre l'armĂ©e israĂ©lienne et le Hezbollah libanais, alliĂ© du Hamas.
Lundi, des frappes israéliennes ont visé pour la premiÚre fois depuis le début de la guerre des objectifs du Hezbollah dans l'est du Liban, tuant deux combattants du mouvement pro-iranien. Le Hezbollah a annoncé avoir tiré en représailles 60 roquettes sur une base militaire israélienne dans le plateau du Golan occupé.
AFP








