Nationalisations, hausses d'impÎts et investissements publics: le Parti travailliste a présenté mardi un programme résolument à gauche pour les législatives du 8 juin au Royaume-Uni, avec l'espoir de refaire son retard dans les sondages, sur les conservateurs au pouvoir.
Dans un discours donné dans l'atrium de l'université de Bradford (nord de l'Angleterre), le leader de la principale formation d'opposition britannique Jeremy Corbyn a affirmé qu'il s'agissait d'un "programme de l'espérance" visant à "gouverner pour le plus grand nombre".
Dans cette ville connue pour la jeunesse de sa population, Jeremy Corbyn s'est engagĂ© Ă garantir les mĂȘmes chances pour tous les enfants, "quel que soit leur code postal de naissance".
Il a promis une augmentation du salaire horaire minimum à 10 livres (11,72 euros) à l'horizon 2020, et la suppression des frais universitaires, sous un tonnerre d'applaudissements de l'assemblée, composée de nombreux étudiants.
- Le rail, l'eau et la poste nationalisés -
Le dirigeant travailliste a confirmé sa volonté de nationaliser les secteurs des transports, de l?énergie, de l'eau et le Royal Mail, l'opérateur postal du pays privatisé en 2013.
Le Labour s'est aussi engagé à augmenter de 30 milliards de livres (35,17 milliards d'euros) sur cinq ans les fonds attribués au NHS, le service public de santé, et de 1 milliard de livres (1,17 milliard d'euros) les dépenses sociales la premiÚre année.
Pour financer ces mesures, Jeremy Corbyn a annoncé qu'il mÚnerait une importante réforme fiscale visant à taxer davantage les entreprises et les particuliers les plus aisés.
Le taux marginal d'imposition serait ainsi porté à 45% (contre 40% actuellement) pour les revenus annuels supérieurs à 80.000 livres (94.000 euros), et à 50% (45% actuellement) pour les revenus supérieurs à 123.000 livres (144.000 euros).
Afin de réduire les inégalités qui minent, selon Jeremy Corbyn, la société britannique, le Labour souhaite également augmenter progressivement l'impÎt sur les sociétés à 26% (contre 19% actuellement), et taxer les entreprises qui versent des salaires annuels supérieurs à 330.000 livres (387.000 euros).
Jeremy Corbyn a Ă©galement promis de "mener Ă bien le Brexit tout en faisant de la prĂ©servation des emplois la prioritĂ©", brocardant les Tories de la PremiĂšre ministre Theresa May, "parti des discriminations" qui a gouvernĂ© "pour les riches, l'Ă©lite et les intĂ©rĂȘts particuliers (...) ces sept derniĂšres annĂ©es".
"Le Labour a rappelé aujourd'hui aux gens la raison de son existence", a réagi Joe Ashton, un fonctionnaire local de 29 ans, un militant.
"C'est un programme radical sans ĂȘtre extrĂȘme, censĂ©, chiffrĂ© et qui enthousiasme les gens", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă l'AFP.
Dans les sondages, le Labour est cependant distancé de prÚs de 20% par les Conservateurs.
Un retard que Barnaby Neale, un écrivain de 39 ans, pense qu'il est possible de rattraper avec ce programme "motivant", se réjouissant que le Labour ait "une politique alternative à proposer aux gens".
Les Tories ont eux immédiatement qualifié le programme d'"insensé" et mal chiffré.
- 'Interventionnisme' -
M. Corbyn, dĂ©criĂ© par les cadres du parti depuis son accession Ă leur tĂȘte Ă l'automne 2015, a reconnu que l'un des problĂšmes principaux du parti rĂ©side dans ses divisions internes. Mais selon lui, "depuis l'annonce de ces lĂ©gislatives anticipĂ©es, le parti s'est rassemblĂ©".
Ces dissensions ont "longtemps retenu" Catherine Gomersall, une professeur de yoga pour bébés de 35 ans, qui a finalement rejoint le parti il y a quatre mois "à cause de Jeremy Corbyn".
"Vu la façon dont Jeremy motive les jeunes électeurs, je pense vraiment qu'on peut y arriver cette fois-ci", s'est-elle enthousiasmée.
"Je veux croire à la victoire, parce que ce programme consiste à prendre soin des gens et de la société, et c'est exactement ce dont nous avons besoin", a confié à l'AFP Jill Corckburn, 39 ans.
En revanche, l'association de défense des contribuables TaxPayers' Alliance a dénoncé "un mélange toxique de nationalisme, interventionnisme et de monumentales hausses d'impÎts", réclamant au contraire leur baisse.
- © 2017 AFP
