AprÚs les annonces, place au service aprÚs-vente: l'exécutif tente mardi de convaincre que les mesures sociales déclinées la veille par Emmanuel Macron répondent aux demandes des "gilets jaunes", nombreux à se déclarer déçus et à vouloir poursuivre leur mobilisation.
La parole est donnĂ©e au Premier ministre Ădouard Philippe, appelĂ© Ă dĂ©tailler Ă partir de 18H00 (heure de La RĂ©union) devant les dĂ©putĂ©s les gestes rapidement dĂ©voilĂ©s par le chef de l'Ătat dans son "adresse Ă la Nation" tĂ©lĂ©visĂ©e. Son discours a Ă©tĂ© suivi par plus de 21 millions de tĂ©lĂ©spectateurs rien que sur TF1, France 2 et M6, un score de finale de Coupe du monde de football.
Le pouvoir attend aussi d'étudier les mouvements de l'opinion, jugés cruciaux pour la poursuite de la crise, en l'absence d'organisation structurée des "gilets jaunes", un mouvement protéiforme et décentralisé.
Selon un sondage OpinionWay pour LCI rĂ©alisĂ© dans la foulĂ©e de l'allocution, 54% des Français (contre 45%) veulent que le mouvement s'arrĂȘte. Dans une autre enquĂȘte d'opinion, Odoxa pour France Info et le Figaro, seulement 46% (contre 54%) des Français souhaitent un arrĂȘt des actions des "gilets jaunes", mais c'est tout de mĂȘme douze points de plus que le 22 novembre dernier.
Juste aprÚs le discours, de nombreux protestataires ont annoncé leur détermination à poursuivre les blocages et ont appelé à un "acte V" de la mobilisation samedi dans toute la France.
Devant l'AssemblĂ©e nationale, Ădouard Philippe devrait fixer les contours des principales mesures sociales Ă©numĂ©rĂ©es par le chef de l'Ătat: augmentation de 100 euros des salaires au niveau du Smic, exemption de la hausse de la CSG pour les retraitĂ©s gagnant moins de 2.000 euros par mois ou heures supplĂ©mentaires payĂ©es "sans impĂŽts ni charges". L'ensemble coĂ»tera "entre 8 et 10 milliards", a confirmĂ© mardi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.
Plusieurs piliers de la majoritĂ© ont fait le tour des mĂ©dias mardi matin pour Ă©voquer les pistes de financement. "Dans un premier temps, c'est clair que ça va ĂȘtre une augmentation du dĂ©ficit budgĂ©taire", a indiquĂ© le ministre de la Transition Ă©cologique François de Rugy sur Radio Classique, ajoutant que "la premiĂšre prioritĂ© n'est pas d'aller discuter Ă Bruxelles mais d'aller discuter avec les Français".
- "Nouveau quinquennat" -
Un dĂ©passement des 3% du PIB, le plafond fixĂ© par les rĂšgles budgĂ©taires europĂ©ennes, "ne choquerait pas" Gabriel Attal, secrĂ©taire d'Ătat auprĂšs du ministre de l'Ăducation nationale et de la Jeunesse. "Pour l'annĂ©e 2019, avec cet Ă©tat d'urgence Ă©conomique et social et ce choc en matiĂšre de pouvoir d'achat, on n'a pas besoin d'avoir les yeux rivĂ©s sur un tableau Excel", a-t-il insistĂ©.
De son cÎté, Emmanuel Macron recevra mardi aprÚs-midi des représentants du secteur bancaire puis le lendemain les grandes entreprises, pour leur demander de "participer à l'effort collectif". Le président du Modem François Bayrou, allié de M. Macron, a salué un "changement d'époque" et un "nouvel acte qui s'ouvre". "Je crois qu'il y a un nouveau quinquennat qui commence", a également estimé M. de Rugy.
Lors de son allocution, M. Macron a visiblement voulu donner des gages sociaux sans effrayer le monde Ă©conomique, alors que la crise va faire perdre 0,1 point de croissance Ă la France au 4e trimestre, selon le ministre de l'Ăconomie Bruno Le Maire.
- "Rien compris" -
D'oĂč des annonces qui ne pĂšsent ni sur les plus fortunĂ©s ni sur les entreprises. La mesure phare, la hausse pour les salariĂ©s au Smic, sera financĂ©e par une prime d'activitĂ© versĂ©e par l'Ătat. C'est Ă©galement l'Ătat qui paiera l'exonĂ©ration de la hausse de CSG pour les retraites infĂ©rieures Ă 2.000 euros et la dĂ©fiscalisation des heures supplĂ©mentaires, une mesure dĂ©jĂ adoptĂ©e en 2007 par Nicolas Sarkozy avec lequel M. Macron a dĂ©jeunĂ© vendredi.
Quant à la prime de fin d'année, les entreprises sont appelées à la verser mais sur une base volontaire.
Les premiÚres réactions syndicales étaient trÚs critiques. Le patron de la CFDT, Laurent Berger, a toutefois estimé mardi que le président de la République avait "trouvé les mots pour décrire une situation sociale dégradée dans notre pays". Plusieurs organisations patronales ont salué mardi les annonces du président, qui sont "de nature à répondre aux attentes exprimées sans pénaliser la compétitivité des entreprises" selon le Medef.
Chez les "gilets jaunes", pour beaucoup trĂšs déçus par les 100 euros promis aux smicards, l'accueil est mitigĂ©, avec des dissensions qui semblent se renforcer entre les modĂ©rĂ©s et les radicaux. Parmi les premiers, la Bretonne Jacline Mouraud a appelĂ© Ă "une trĂȘve" en saluant "des avancĂ©es". "On a une Ă©conomie qui s'effondre, des commerçants prĂȘts Ă mettre la clĂ© sous la porte, on ne peut pas se rendre responsables d'une multitude de dĂ©pĂŽts de bilan", a-t-elle plaidĂ©.
Mais sur de nombreux points de rassemblement, comme Ă Aubagne (Bouches-du-RhĂŽne) ou au Puy-en-Velay, les "gilets jaunes" se sont dĂ©clarĂ©s "insatisfaits" du discours d'Emmanuel Macron. "On va continuer Ă se battre, on n'est pas prĂȘt de partir", a assurĂ© l'un de leurs reprĂ©sentants. Le leader de la France insoumise Jean-Luc MĂ©lenchon a Ă©galement apportĂ© son soutien Ă un "acte V" de la mobilisation samedi. Le prĂ©sident de la commission des finances de l'AssemblĂ©e Eric Woerth (LR) a lui appelĂ© mardi les "gilets jaunes" Ă "lever le camp des ronds-points" et "Ă reprendre la vie"
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AFP



