Annonces gouvernementales

Grand oral d'Attal en pleine révolte agricole

  • PubliĂ© le 30 janvier 2024 Ă  16:40
  • ActualisĂ© le 30 janvier 2024 Ă  16:57
Le Premier ministre Gabriel Attal à l'Assemblée nationale, le 24 janvier 2024 à Paris

Gabriel Attal prononce mardi sa dĂ©claration de politique gĂ©nĂ©rale, oĂč il exposera son programme pour les classes moyennes et Ă©voquera la transition Ă©cologique, un exercice d'Ă©quilibriste au moment oĂč les agriculteurs bloquent les routes autour de Paris.

"J'adresserai à la représentation nationale, à 15h, la feuille de route et les priorités du gouvernement", a écrit sobrement le Premier ministre sur le réseau social X.

Un visiteur de Matignon l'a trouvé "confiant" avant ce rendez-vous solennel. "Il ne voit pas ça comme un Himalaya, mais comme le Puy de DÎme. Il n'est pas stressé".

Ce discours devant l'Assemblée nationale, qui devrait durer moins d'une heure, va lui permettre d'exposer sa méthode.
Or celle de Gabriel Attal, basée sur "l'action" et les "résultats", avec beaucoup de déplacements sur le terrain, est déjà mise à l'épreuve par les agriculteurs, qui jugent insuffisantes ses premiÚres mesures et continuent de barrer les routes.

"Notre détermination est totale", a répété mardi Arnaud Rousseau, président de la puissante FNSEA.
Le dĂ©putĂ© Renaissance Marc Ferracci "ne s'attend pas" Ă  "des annonces extrĂȘmement dĂ©taillĂ©es" sur ce sujet dans le discours.

Le gouvernement tente de calmer la fronde et promet de "nouvelles mesures" mardi, aprÚs une deuxiÚme et longue rencontre lundi soir à Matignon entre Gabriel Attal et les représentants de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs.

- Européennes -

La bataille sera menée aussi au niveau européen. Emmanuel Macron s'entretiendra jeudi à Bruxelles avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de cette crise.

Alors que la pression des oppositions s'intensifie à l'approche des élections européennes, ils devraient parler de l'accord commercial en négociation entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), des jachÚres imposées aux agriculteurs et des importations de produits ukrainiens dans l'Union.

"Ces Ă©vĂ©nements (sur l'agriculture) ne sont pas en la dĂ©faveur d'Attal", analyse le visiteur de Matignon. "Ils le remettent au centre du jeu" et peuvent lui donner "une vraie image de leader politique s’il rĂ©ussit".

Au-delà des agriculteurs qui dominent l'actualité, Gabriel Attal tentera de répondre aux attentes des classes moyennes, "ceux qui ne peuvent compter que sur leur boulot et ont le sentiment de ne rien recevoir en retour".

Il leur parlera d'"autorité", de "travail", mais aussi de "services publics" comme l'éducation et la santé.

MalgrĂ© la crise agricole, il tentera d'aborder l'Ă©cologie, accusĂ©e d'ĂȘtre le parent pauvre du nouveau gouvernement pour "sortir des dĂ©bats stĂ©riles entre croissance et climat" car "l'Ă©cologie crĂ©e des emplois".

Mais le contexte politique reste inchangé: le jeune Premier ministre est privé comme sa prédécesseure Elisabeth Borne de majorité absolue à l'Assemblée.

AprĂšs son discours, la gauche, unie pour l'occasion, promet de dĂ©poser la premiĂšre motion de censure contre le gouvernement. L'objectif est de protester contre le choix de Gabriel Attal de ne pas solliciter de vote de confiance. Mais elle a peu de chances d'ĂȘtre adoptĂ©e sans la droite.

- Discours de "souffrance" -

Un vote "de défiance (...) permet de savoir qui soutient et qui s'oppose au gouvernement", a justifié la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot, qui s'attend à un discours "de politique de souffrance".

La gauche et le RN fustigent les hausses annoncĂ©es des franchises mĂ©dicales et des prix de l'Ă©lectricitĂ©, et estiment qu'Emmanuel Macron a largement rĂ©duit la marge de manƓuvre de son nouveau chef du gouvernement, en multipliant les annonces lors de sa confĂ©rence de presse du 16 janvier.

"Cela lui a complÚtement coupé l'herbe sous le pied et je ne vois pas trop ce qui lui reste dans le moteur", a jugé le député RN Jean-Philippe Tanguy.

MĂȘme critique chez LR. "Il y a un pilote dans l'avion, c'est le prĂ©sident de la RĂ©publique. Les autres sont des pions", a estimĂ© le patron des RĂ©publicains Eric Ciotti.

Le chef de l'Etat sera au mĂȘme moment en dĂ©placement en SuĂšde, oĂč il prendra la parole peu avant l'expression de son Premier ministre.

Le 16 janvier, il n'a pas précisé les contours des nouvelles réformes économiques et sociales, que pourrait détailler Gabriel Attal.

Le Premier ministre s'exprimera devant un gouvernement incomplet, resserré à 14 membres, en attendant la nomination des ministres délégués et des secrétaires d'Etat, envisagée cette semaine.

Mercredi, il se rendra devant le Sénat pour y prononcer un discours dédié.

 AFP

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