Europe

GrĂšce: la participation du FMI compromise par une dette "explosive"

  • PubliĂ© le 28 janvier 2017 Ă  01:12
Le ministre grec des Finances Euclid Tsakalotos (g) et le commissaire européen à l'Economie Pierre Moscovici, le 27 janvier 2017 à Bruxelles

Réclamée notamment par l'Allemagne, la participation du FMI au plan d'aide européen à la GrÚce est compromise par un rapport confidentiel de l'institution jugeant la dette du pays "explosive" et l'allégement promis par l'Eurozone peu "crédible".

"La dette grecque est totalement intenable. MĂȘme avec une application pleine et entiĂšre des rĂ©formes approuvĂ©es dans le cadre du programme (d'aide, NDLR), la dette publique et les besoins de financement vont devenir explosifs sur le long terme", Ă©crit le Fonds monĂ©taire international dans ce rapport obtenu vendredi par l'AFP.

Sans mesures d'allĂšgement, la dette grecque devrait ainsi atteindre le vertigineux ratio de 275% du produit intĂ©rieur brut en 2060, contre 180% actuellement, indique ce document qui doit ĂȘtre discutĂ© par les Etats membres du FMI le 6 fĂ©vrier.

Ce sombre diagnostic a une traduction concrÚte: à l'heure actuelle, le FMI --qui a participé aux deux précédents renflouements de la GrÚce en 2010 et 2012-- n'est pas en situation de contribuer financiÚrement au plan de 86 milliards d'euros accordé à l'été 2015 par la zone euro.
Selon ses rĂšgles internes, le Fonds ne peut ainsi accorder un prĂȘt Ă  un Etat que s'il juge sa dette soutenable. Une exception concoctĂ©e en 2010 pour aider la GrĂšce a Ă©tĂ© supprimĂ©e en 2016 sous la pression notamment des Etats-Unis.

- Casse-tĂȘte -

Le casse-tĂȘte sur la GrĂšce n'est donc pas prĂȘt d'ĂȘtre rĂ©solu: Allemagne en tĂȘte, plusieurs pays europĂ©ens ont fait de la participation du FMI une condition sine qua non au renflouement d'AthĂšnes.

Jeudi, les principaux dirigeants de la zone euro avaient d'ailleurs semblé par avance balayer toute réserve du FMI, en prenant pour acquis sa participation financiÚre.

"Le FMI va faire ce à quoi il s'est engagé", avait ainsi affirmé le ministre allemand des Finances, Wolfgang SchÀuble.
Dans ce rapport qui doit guider la décision de ses Etats membres, le FMI ne tranche pas la question mais appelle l'Eurozone à en faire beaucoup plus pour ramener la dette grecque dans les clous.

"La GrÚce a besoin d'un important allÚgement de dette de ses partenaires européens pour garantir la viabilité de la dette", indique le Fonds, répétant le message qu'elle martÚle depuis plusieurs mois. Sous la pression allemande, la zone euro rechigne toutefois à un nouveau geste en faveur de la GrÚce et a reporté toute mesure d'allÚgement à la fin du programme actuel en 2018.

"Pour apporter plus de crĂ©dibilitĂ© Ă  la stratĂ©gie de la dette pour la GrĂšce, plus de dĂ©tails seront nĂ©cessaires sur la nature et l'ampleur de l'allĂšgement de la dette", assure toutefois le rapport qui liste une sĂ©rie de recommandations prĂ©cises. Le FMI appelle ainsi notamment Ă  prolonger la pĂ©riode de grĂące sur les remboursements jusqu'en 2040 et Ă  Ă©tendre la maturitĂ© des prĂȘts jusqu'en 2070, bien-au delĂ  de ce qui avait Ă©tĂ© envisagĂ© jusque-lĂ  par l'Eurozone.

- Risques -

Ces remĂšdes pourraient toutefois ĂȘtre politiquement explosifs, notamment en Allemagne qui tient ses Ă©lections gĂ©nĂ©rales Ă  l'automne. Quand un tel gel des remboursements avait Ă©tĂ© Ă©voquĂ© dĂ©but 2016, M. SchĂ€uble avait ironisĂ©: "On pourrait accorder une pĂ©riode de grĂące de 1.000 ans".
InterrogĂ© par l'AFP, le commissaire europĂ©en Ă  l'Economie Pierre Moscovici a assurĂ© ĂȘtre "confiant" dans la dĂ©marche adoptĂ©e par les EuropĂ©ens et assurĂ© que le travail "pour rĂ©duire encore la dette grecque" se poursuivait.

Le rapport recÚle également un autre point de divergence: les Européens tablent sur un excédent budgétaire primaire (hors charge de la dette) de 3,5% du PIB, que le FMI juge peu réaliste. Son rapport table d'ailleurs sur un excédent de seulement 3,0% en 2019.

Et une hypothĂšque majeure pĂšse sur les finances grecques, prĂ©vient le FMI. Si AthĂšnes n'applique pas les rĂ©formes demandĂ©es par ses crĂ©anciers, la viabilitĂ© de la dette ne sera "pas garantie" mĂȘme avec des mesures d'allĂšgement drastiques.

Ce risque n'est pas anodin: les relations entre le gouvernement grec et ses bailleurs de fonds restent marquées par de nombreux épisodes de tension. Mi-décembre, la zone euro était provisoirement revenue sur son engagement de réduire la dette aprÚs la décision d'AthÚnes d'accorder une aide financiÚre à certains retraités.

"Les autorités doivent approfondir et accélérer la mise en oeuvre des réformes", assÚne le rapport du FMI.
AFP

guest
0 Commentaires