L'opposant vénézuélien Juan Guaido a lancé samedi l'épreuve de force en annonçant l'entrée au Venezuela d'un premier camion d'aide humanitaire par la frontiÚre brésilienne, malgré le refus du président Nicolas Maduro, qui y voit une tentative déguisée d'intervention militaire américaine.
"Attention Venezuela: nous annonçons officiellement qu'est entrĂ© le premier chargement d'aide humanitaire depuis notre frontiĂšre avec le BrĂ©sil. C'est un grand succĂšs, Venezuela!" a-t-il indiquĂ© sur Twitter. TĂŽt samedi, deux camions transportant quelque huit tonnes d'aide humanitaire ont quittĂ© une base aĂ©rienne de Boa Vista (nord du BrĂ©sil) vers Pacaraima Ă la frontiĂšre avec le Venezuela Ă 215 km de lĂ , ont annoncĂ© les organisateurs du convoi. Peu avant, Juan Guaido, 35 ans, reconnu comme prĂ©sident par intĂ©rim par une cinquantaine de pays, avait annoncĂ© devant la presse le dĂ©part imminent d'un convoi depuis la Colombie: "L'aide humanitaire est en ce moment mĂȘme en route pour le Venezuela, de maniĂšre pacifique et tranquille, pour sauver des vies", a-t-il lancĂ© depuis la ville frontaliĂšre de Cucuta.
"du bon cÎté de l'histoire"
Défiant le leader chaviste, M. Guaido avait bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national, affirmant que l'armée, pilier du régime chaviste, avait "participé" à cette opération. L'opposant avait fixé samedi comme date butoir pour l'entrée au Venezuela des vivres et des médicaments, essentiellement fournis par les Etats-Unis. Pour bloquer leur entrée, Caracas a ordonné la fermeture vendredi des trois principaux ponts frontaliers. Un quatriÚme, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l'armée depuis début février. "L'appel aux forces armées est trÚs clair: bienvenus du bon cÎté de l'histoire, bienvenus les militaires qui aujourd'hui se mettent du cÎté de la Constitution", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse, en référence notamment à cinq soldats de la Garde nationale bolivarienne qui ont déserté samedi et franchi la frontiÚre colombienne, selon le service migratoire colombien.
Plusieurs heurts ont Ă©clatĂ© pourtant, sans faire de victimes, quand les militaires vĂ©nĂ©zuĂ©liens ont voulu disperser des centaines de manifestants exigeant aux frontiĂšres le libre passage des convois humanitaires: faisant usage de gaz lacrymogĂšne et de balles en caoutchouc, les soldats ont dispersĂ© la foule dans la ville de San Antonio del Tachira, pour empĂȘcher plusieurs centaines de personnes de se diriger vers le Pont Simon Bolivar, principal passage piĂ©ton entre la Colombie et le VĂ©nĂ©zuela. D'autres incidents avaient Ă©galement Ă©clatĂ© le matin contre une foule vĂȘtue de blanc en grande majoritĂ©, massĂ©e sur le pont Francisco de Paula Santander u peu plus au nord, qui matĂ©rialise la frontiĂšre entre Cucuta, cĂŽtĂ© colombien et la localitĂ© d'Ureña, cĂŽtĂ© vĂ©nĂ©zuĂ©lien. "Entrez du bon cĂŽtĂ© de l'histoire", clamait une des pancartes brandie par les manifestants. "Je suis venu apporter mon grain de sable Ă la lutte. C'est un moment historique, les militaires vont cĂ©der, j'ai confiance" a affirmĂ© sur place Ă l'AFP Neyerson Cisneros, un psychologue de 29 ans. Au moins deux manifestants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, selon les Ă©quipes de l'AFP.
"Yankee Go Home"
Les deux leaders vĂ©nĂ©zuĂ©liens concurrents ont simultanĂ©ment appelĂ© leurs partisans Ă descendre dans les rues de Caracas samedi, Guaido pour exiger le libre passage de l'aide, Maduro pour dĂ©noncer ce qu'il considĂšre comme une "tentative d'intervention militaire". VĂȘtus de rouge et brandissant des drapeaux aux couleurs nationales - bleu, rouge, jaune - des centaines de partisans de M. Maduro dĂ©filent en affirmant que "90% de la population refuse une intervention des Etats-Unis". "Maduro, le peuple est avec toi" crie la foule. "Yankee Go Home" exige le tee-shirt d'un jeune homme. Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontiĂšre terrestre avec le BrĂ©sil, M. Maduro a Ă©galement suspendu les liaisons avec l'Ăźle nĂ©erlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l'aide, tandis qu'ils avait ordonnĂ© jeudi la fermeture de la frontiĂšre avec le BrĂ©sil. M Guaido, arrivĂ© par surprise en Colombie, n'a pas prĂ©cisĂ© quand ni comment il comptait regagner le Venezuela, oĂč il risque d'ĂȘtre arrĂȘtĂ© pour avoir violĂ© l'interdiction de sortie dĂ©crĂ©tĂ©e par la justice fidĂšle au rĂ©gime. Le rĂŽle des militaires apparait plus que jamais dĂ©terminant. Le prĂ©sident colombien Ivan Duque, qui condamne "la dictature" de Maduro, et son homologue chilien Sebastian Piñera ont appelĂ© les militaires Ă rejoindre le "juste cĂŽtĂ© de l'Histoire" en permettant l'entrĂ©e de l'aide.
AFP



