Guerre au Moyen-orient : la crise de l'Ă©nergie assombrit les nuits du Caire

  • PubliĂ© le 6 avril 2026 Ă  15:23
  • ActualisĂ© le 6 avril 2026 Ă  21:37
Des personnes jouent aux dominos à la terrasse d'un café avant la fermeture en application du couvre-feu, dans le centre-ville du Caire, le 2 avril 2026 en Egypte

Abou Ali était, comme tous les soirs, en pleine partie de dominos dans un vieux café du centre du Caire quand tout s'est éteint, en application du couvre-feu commercial imposé en Egypte pour économiser l'énergie à cause de la guerre au Moyen-Orient.

"D'habitude, je reste ici jusqu'à 2 heures du matin, maintenant, je suis chez moi au plus tard à 23 heures, juste pour regarder les infos", déplore ce retraité de 63 ans. "Ce n'est pas Le Caire que nous connaissons."

L'arrĂȘtĂ© d'un mois impose aux commerces de fermer Ă  21 heures en semaine et 22 heures le week‑end, avec un bref assouplissement Ă  23 heures la semaine prochaine pour la PĂąque copte. Le changement est brutal dans une ville cĂ©lĂšbre pour ne jamais dormir la nuit.

Le jeudi soir, veille de week-end, les rues bourdonnent, entre ceux qui font du lÚche-vitrine, ceux qui dßnent, ceux qui discutent dans les cafés et ceux qui s'engluent dans les embouteillages.

Maintenant, les soirées se résument à une derniÚre heure frénétique de courses avant que les lumiÚres ne s'éteignent et que les rideaux métalliques ne claquent.

Des patrouilles de police veillant au respect des rÚgles, la vie dans les rues obscures de la capitale se résume vite aux seules courses des livreurs à moto.

"D'habitude, c'est Ă  cette heure‑ci que le travail commence", soupire Ali Haggag, un vendeur devant sa boutique de vĂȘtements soudainement silencieuse. "On a l'impression de revivre la pĂ©riode du Covid", dit-il en Ă©voquant le confinement sanitaire de 2020.

- Revenus en berne -

Les Cairotes aisés se ruent sur les restaurants situés en bordure du Nil et dans les hÎtels-restaurants internationaux, exemptés des nouvelles rÚgles en tant qu'établissements touristiques.

Mais les petites entreprises sentent déjà l'étau se resserrer.

M. Haggag estime que sa boutique a perdu plus de la moitié de son chiffre d'affaires en quelques jours.

Les autoritĂ©s justifient les restrictions par la forte dĂ©pendance du pays aux importations de carburant. Les prix mondiaux de l'Ă©nergie flambent depuis le dĂ©but de la guerre des Etats‑Unis et d'IsraĂ«l contre l'Iran, le 28 fĂ©vrier.

Selon le Premier ministre Moustafa Madbouly, la facture mensuelle d'importation d'énergie du pays a plus que doublé entre janvier et mars, à 2,5 milliards de dollars. La livre égyptienne a perdu autour de 15% de sa valeur depuis le début de la guerre et l'inflation a atteint 13,6% en mars.

D'autres mesures "exceptionnelles" ont accompagné le couvre-feu commercial, dont une hausse du prix des carburants et des transports publics, un ralentissement des projets publics et la réduction de l'éclairage de rue.

Les critiques estiment que les fermetures anticipées pénalisent terriblement l'économie informelle, qui représente environ les deux tiers des emplois.

"Des millions de petites entreprises dĂ©pendent de l'affluence en soirĂ©e" et "rĂ©duire les horaires, c'est rĂ©duire les revenus", affirme Ă  l'AFP l'Ă©conomiste Wael el‑Nahas.

- "Catastrophique" -

Le propriĂ©taire d'un cafĂ© du centre‑ville a revu ses tableaux de service depuis que les Ă©quipes ne se succĂšdent plus jour et nuit: "La moitiĂ© des employĂ©s travaillent un jour et restent chez eux le lendemain."

Certains, comme Essam Farid, restent optimistes. "Les gens s'adapteront", dit ce vendeur de 67 ans, en haussant les épaules.

Mais les cinémas ont été touchés de plein fouet, avec une perte de revenus de plus de 60%, selon le producteur Gaby Khoury.

"La majeure partie des recettes au box‑office provient des sĂ©ances de 21 heures et de minuit, c'est catastrophique", dit-il. Selon lui, des sorties de films ont Ă©tĂ© reportĂ©es et des productions repoussĂ©es sine die.

Le secteur du tourisme, source cruciale de devises qui commençait à se redresser aprÚs des années de creux liées à l'instabilité politique et à la pandémie, craint lui aussi un revers.

Des sites historiques du Caire, comme le vieux souk de Khan el‑Khalili, n'ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© des exemptions accordĂ©es aux Ă©tablissements touristiques.

A 21 heures, alors que les touristes arpentent les ruelles, les commerçants rangent leurs marchandises et ferment leurs stands. "Il est presque 20 heures et les touristes continuent d'arriver", dit à l'AFP Ahmed Ali. "Comment attendre de moi que je ferme à 21 heures? C'est insensé."

 AFP

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