Venezuela

Heurts et blocages contre l'assemblée constituante

  • PubliĂ© le 3 mai 2017 Ă  01:31
Un homme traverse une route barrée par des sacs poubelles, le 2 mai 2017 à Caracas

Les blocages de routes et les accrochages se multipliaient mardi au Venezuela pour protester contre le projet de nouvelle Constitution annoncé par Nicolas Maduro, qui renforce la crise secouant ce pays sud-américain, tandis que pleuvaient les condamnations internationales.

Le ministre des Affaires Ă©trangĂšres du BrĂ©sil Aloysio Nunes a Ă©tĂ© jusqu'Ă  qualifier de "Coup d?État" l'initiative de Nicolas Maduro. "Il s'agit d'une nouvelle rupture de l'ordre dĂ©mocratique, contraire Ă  la constitution du pays", a-t-il ajoutĂ© dans un message publiĂ© sur les rĂ©seaux sociaux.

L'annonce du chef de l'État socialiste, intervenue un mois pile aprĂšs le dĂ©but de la vague de manifestations et de violences qui ont fait 28 morts, est perçue comme une provocation par les antichavistes (du nom du dĂ©funt prĂ©sident Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 Ă  2013).
DÚs l'aube mardi, les manifestants bloquaient les axes majeurs à travers le pays. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogÚnes pour déloger des opposants sur des barricades dans l'ouest de la capitale.

Dans l'est de Caracas, un groupe d'hommes non identifiĂ©s, masquĂ©s et armĂ©s, a fait face Ă  la police aprĂšs s'ĂȘtre adonnĂ© Ă  des vols dans des vĂ©hicules, selon des tĂ©moignages et des vidĂ©os diffusĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux.

Les dirigeants de l'opposition ont demandé la levée des barrages à la mi-journée mais beaucoup se poursuivaient dans l'aprÚs-midi. Le Défenseur du Peuple, Tarek William Saab, autorité chargée de veiller au respect des droits de l'homme, a dénoncé sur Twitter des jets de "cocktails Molotov" par des "personnes cagoulées" contre une de ses représentations dans la ville de Valencia (nord), avant d'accuser le camp anti-gouvernement.

Tandis que l'opposition préparait une grande manifestation pour mercredi, le Parlement, seule institution qu'elle contrÎle, discutait mardi des conséquences de la décision de M. Maduro et des réponses à y apporter. "Nous devons aller de l'avant. Ce peuple ne se rend pas et ne va pas se rendre", a déclaré le président de l'Assemblée nationale, Julio Borges.

- "Érosion de la dĂ©mocratie" -

Le prĂ©sident a annoncĂ© lundi, devant plusieurs milliers de partisans rassemblĂ©s dans le centre de Caracas Ă  l'occasion de la FĂȘte du travail, la convocation d'une assemblĂ©e chargĂ©e de rĂ©diger une nouvelle Constitution. Il s'agira selon lui d'une assemblĂ©e constituante "populaire, citoyenne, ouvriĂšre", d'une "constituante du peuple" et non "des partis politiques".

Les rĂ©actions internationales se multipliaient mardi. "Nous sommes trĂšs inquiets des motivations de cette assemblĂ©e constituante qui passe outre la volontĂ© des VĂ©nĂ©zuĂ©liens et Ă©rode la dĂ©mocratie" de ce pays, a dĂ©clarĂ© Michael Fitzpatrick, un des responsables du dĂ©partement d?État amĂ©ricain.
Le BrĂ©sil a dĂ©noncĂ© un "coup d'État", tandis que le Chili a regrettĂ© une "aggravation de la crise". Pour la chef de la diplomatie argentine Susana Malcorra, ce projet ne fait que "jeter de l'huile sur le feu".

"C'est une mesure désespérée d'un gouvernement qui ne peut pas convoquer des élections car il les perdrait", a estimé l'analyste Diego Moya-Ocampos, du cabinet britannique IHS, qui rappelle que plus de 70% des Vénézuéliens rejettent le gouvernement de Maduro, selon les sondages.
Selon le président socialiste, une partie des 500 membres de l'assemblée seront élus par divers secteurs de la société et ainsi les retraités, les minorités sexuelles ou les handicapés notamment y auront leurs représentants. Les autres membres "seront élus selon un systÚme territorial avec un caractÚre municipal et local", a dit M. Maduro. La nouvelle Constitution remplacerait celle de 1999, adoptée à l'initiative de Hugo Chavez, mentor de M. Maduro.

- "Coup d'État" -

L'opposition a rejetĂ© cette initiative, estimant qu'il s'agissait de la poursuite du "coup d?État" menĂ© selon elle par le camp prĂ©sidentiel contre le Parlement d'opposition. Le chef de l'État n'a pas prĂ©cisĂ© si cette constituante pourrait bousculer le calendrier Ă©lectoral: outre les Ă©lections rĂ©gionales prĂ©vues en 2016 mais reportĂ©es, des municipales sont programmĂ©es en 2017, avant la prĂ©sidentielle fin 2018.

L'opposition, qui avait conquis le Parlement lors des Ă©lections lĂ©gislatives de dĂ©cembre 2015, accuse le pouvoir de "coup de force" depuis que, fin mars, le Tribunal suprĂȘme de justice (TSJ, Cour suprĂȘme) a supprimĂ© l'immunitĂ© des dĂ©putĂ©s et s'est arrogĂ© leurs pouvoirs.
Devant le tollé international, le TSJ a dû faire marche arriÚre. Mais son initiative a déclenché une vague de manifestations au cours desquelles 28 personnes ont été tuées depuis le 1er avril, selon le parquet.

AprÚs son annonce, M. Maduro a réuni ses ministres et les chefs des forces armées au palais présidentiel de Miraflores. Il a signé le décret convoquant l'assemblée constituante et a annoncé sans autre précision "de nouvelles formes de démocratie participative".

AFP

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