Actualités du monde

Hollande se défend de tout "calcul" mais esquisse sa candidature pour 2017

  • PubliĂ© le 12 fĂ©vrier 2016 Ă  17:49
Le président français François Hollande avant son interview par TF1 et France 2, le 11 février 2016, au palais de l'Elysée à Paris

Niant tout "calcul" dans un remaniement pourtant trÚs tactique à quinze mois de la présidentielle, François Hollande, sans dévoiler clairement ses intentions pour 2017, a posé les jalons jeudi soir de sa candidature pour un nouveau mandat à l'Elysée.


Alors que trois Français sur quatre, selon un récent sondage, ne jugent pas souhaitable sa réélection, le chef de l'Etat, au comble de l'impopularité, a opté pour un nouveau gouvernement élargissant sa base politique, en faisant revenir des écologistes et en offrant une place de choix aux radicaux de gauche.
Formellement, François Hollande n'en a pas dit plus qu'habituellement sur son éventuelle candidature en 2017, réaffirmant qu'il prendrait sa "décision le moment venu". Il s'est aussi soigneusement gardé d'entrer dans le débat des primaires voulues par une partie de la gauche.
Mais s'il a Ă©cartĂ© tout "calcul" dans le savant dosage politique qui a prĂ©sidĂ© Ă  ses choix, les visĂ©es Ă©lectorales de cette refonte de l'Ă©quipe gouvernementale ont suscitĂ© un flot de critiques Ă  droite comme Ă  gauche. De mĂȘme, ses gestes en faveur des agriculteurs ou pour dĂ©miner le dossier de Notre-Dame-des-Landes ont des airs de campagne Ă©lectorale.
"Hollande n'est pas prĂ©sident de la RĂ©publique, il est candidat Ă  sa réélection", a attaquĂ© David Cormand, successeur Ă  la tĂȘte d'EELV d'Emmanuelle Cosse, dont l'entrĂ©e au gouvernement a constituĂ© un coup de tonnerre dans la famille Ă©cologiste. Pour le dĂ©putĂ© Ă©cologiste NoĂ«l MamĂšre, le prĂ©sident de la RĂ©publique a choisi "une stratĂ©gie complĂštement suicidaire" consistant Ă  "affaiblir les Verts".
Au centre, François Bayrou a jugé "catastrophique" cette "manoeuvre de fin de cycle" donnant "le sentiment d'un systÚme totalement usé, totalement à bout de souffle, à qui on essaie une ultime fois d'insuffler un peu d'énergie alors qu'il n'en a plus".
- 'Petit meccano politicien' -
Avec ce gouvernement "auberge espagnole (...) Hollande fait du Hollande, il ne décide pas, il renvoie la balle, il essaie de satisfaire chacun et il mécontente tout le monde", a estimé l'ancien ministre Luc Chatel chez les Républicains
Dans la mĂȘme famille, Alain JuppĂ© et François Fillon, tous deux candidats Ă  la primaire prĂ©sidentielle de la droite et du centre, ont minimisĂ© la portĂ©e de l'opĂ©ration. "C'est en avant, marche arriĂšre!", a critiquĂ© le premier alors que pour le second, cela donnera "peut-ĂȘtre un peu d'oxygĂšne pendant quelques jours" au chef de l'exĂ©cutif.
François Hollande a "un peu élargi sa base politique mais sans parvenir à y faire entrer des représentants de la gauche frondeuse. On va voir ce que ça donne dans les sondages", jugeait pour sa part vendredi matin un proche du chef de l'Etat, plutÎt sceptique.
A un peu plus d'un an de la présidentielle, François Hollande n'a pas accompagné ce remodelage d'une nouvelle impulsion politique, donnant au gouvernement un triple mot d'ordre: "agir", "réformer", et "avancer" jusqu'au bout du quinquennat, avec "trois grandes priorités": "sécurité, emploi, environnement".
Pour Gaël Sliman, président de l'institut de sondage Odoxa, ce remaniement, qui est sans doute "la derniÚre cartouche" de François Hollande avant 2017, est "catastrophique" car donnant l'image "d'un petit meccano politicien".
François Hollande avait, selon lui, deux possibilités pour rebondir: "assumer une ligne social-libérale avec une équipe commando" ou "élargir sa base politique en allant chercher les meilleurs". Or, il n'a, selon lui, fait ni l'un ni l'autre avec un remaniement "sans grandes figures politiques de gauche ou écologistes", des femmes pour beaucoup "cantonnées à des secrétariats d'Etat aux intitulés ridicules", et le retour de son ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault, dont il avait dû se séparer en mars 2014.
"D'un point de vue politique, le prĂ©sident fait plutĂŽt un bon coup", analyse toutefois FrĂ©dĂ©ric Dabi (Ifop). "Il arrive Ă  donner l'impression de revenir Ă  une gauche un peu plus plurielle", mais l'effet "risque d'ĂȘtre faible, marginal auprĂšs d'une opinion qui attend avant tout des rĂ©sultats", considĂšre-t-il.

Par Sarah BRETHES - © 2016 AFP
guest
0 Commentaires