Les agressions en hausse

Homophobie: "année noire" pour les personnes LGBT en 2018

  • PubliĂ© le 14 mai 2019 Ă  09:14
  • ActualisĂ© le 14 mai 2019 Ă  09:34
Rassemblement à Pigalle à la mémoire de Vanesa Campos, prostituée trans équatorienne assassinée au Bois de Boulogne

Une année noire" et "un triste record": les agressions physiques envers les personnes LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans) ont atteint un niveau inégalé en 2018, signe d'une homophobie "de plus en plus violente" selon le rapport annuel de SOS Homophobie dévoilé mardi.

Avec 231 agressions physiques recensĂ©es, "2018 a Ă©tĂ© une annĂ©e noire pour les personnes LGBT", Ă©crivent VĂ©ronique Godet et JoĂ«l Deumier, coprĂ©sidents de SOS Homophobie, en prĂ©ambule du rapport, qui dĂ©plore un "triste record". Le prĂ©cĂ©dent datait de l'annĂ©e 2013 - 188 cas -, marquĂ©e par un pic des actes homophobes liĂ© Ă  l'adoption de la loi autorisant le mariage et l'adoption aux couples de mĂȘme sexe.

"Cela montre que l'on fait face à une homophobie et une transphobie de plus en plus violente", constate Joël Deumier. Parfois jusqu'à la mort, avec le meurtre en août de Vanesa Campos, une travailleuse du sexe transgenre tuée par balle dans le Bois de Boulogne.
L'année 2018, qui enregistre un bond de 66% des agressions physiques LGBTphobes par rapport à 2017, doit ses mauvais résultats à son dernier trimestre, lors duquel un cas d'agression par jour en moyenne a été signalé à SOS Homophobie.

A l'automne, plusieurs victimes avaient créé l'émoi en relayant sur les réseaux sociaux leurs visages tuméfiés. "Des victimes se sentent de plus en plus à l'aise et légitimes pour prendre la parole dans le débat public", se réjouit Joël Deumier. Le 21 octobre, une foule de 3.000 personnes s'était rassemblée à Paris à l'appel de plusieurs associations aprÚs cette série d'agressions homophobes dans la capitale.

En réaction, la secrétaire d'Etat chargée de la lutte contre les discriminations, MarlÚne Schiappa, avait présenté fin novembre un plan de lutte contre les violences LGBT. "Sur la dizaine de mesures annoncées, seules deux ont été mises en oeuvre: une circulaire de la ministre de la Justice Nicole Belloubet adressée aux parquets et une campagne de sensibilisation à l'école lancée en janvier. Pour nous, c'est largement insuffisant", pointe Joël Deumier.

Il attend notamment un "premier bilan chiffré" du nombre de policiers, gendarmes, magistrats et professeurs formés aux violences LGBT. Sollicité par l'AFP, le cabinet de Mme Schiappa n'a pas donné suite.

- Lesbophobie -

Au total, en 2018, "SOS Homophobie a recueilli 1.905 témoignages d'actes LGBTphobes", en augmentation de 15% par rapport à 2017 (1.650 témoignages), soit la troisiÚme année de hausse consécutive, observe l'association, qui tire ses données de sa ligne d'écoute, son chat ou son formulaire en ligne.

Les manifestations de rejet (62%) et les insultes (51%) sont les faits les plus fréquemment signalés par les victimes, devant les discriminations (38%), le harcÚlement (20%), les menaces (17%) et la diffamation (17%).
Fait notable: les signalements des agressions de lesbiennes ont bondi de 42%, avec 365 actes répertoriés. "Un par jour, c'est énorme", souligne Véronique Godet. "Avant, les lesbiennes minimisaient les agressions, les insultes. Désormais, elles prennent plus souvent la parole. Cela s'inscrit dans une vague revendicative, dans le sillage des mouvements féministes initiés par #Metoo et #Balancetonporc", constate-t-elle.

"Les lesbiennes continuent d'ĂȘtre invisibilisĂ©es", observe nĂ©anmoins SOS Homophobie dans son rapport. "Leur sexualitĂ© est niĂ©e ou fantasmĂ©e dans une sociĂ©tĂ© encore trĂšs hĂ©tĂ©ronormĂ©e. Se tenir la main dans la rue, c'est encore se mettre en danger pour les lesbiennes, qui aimeraient que ce ne soit plus un acte militant mais un geste naturel", regrette VĂ©ronique Godet. Enfin, comme chaque annĂ©e depuis 2010, Internet reste "le premier lieu d'expression des LGBTphobies", dĂ©plore l'association, avec 23% des signalements.

La dĂ©putĂ©e LREM Laetitia Avia a dĂ©posĂ© en mars une proposition de loi visant Ă  lutter notamment contre les contenus homophobes en ligne. Le texte, que le gouvernement voudrait prĂ©senter en Conseil des ministres Ă  l'Ă©tĂ©, prĂ©voit notamment d'imposer aux plateformes internet et aux rĂ©seaux sociaux, Facebook et Twitter en tĂȘte, de retirer sous 24 heures tout propos haineux.
"C'est une loi qui irait dans le bon sens", estime Joël Deumier, car "il y a un lien de cause à effet direct entre les violences en ligne et les violences réelles".

AFP

guest
0 Commentaires