Tension et échauffourées

Hong Kong: nouveaux heurts entre policiers et manifestants aprĂšs une courte accalmie

  • PubliĂ© le 24 aoĂ»t 2019 Ă  13:39
  • ActualisĂ© le 24 aoĂ»t 2019 Ă  15:11
Des policiers anti-Ă©meutes arrĂȘtent un manifestant dans la baie de Kowloon Ă  Hong Kong le 24 aoĂ»t 2019

La police a chargé samedi des manifestants prodémocratie qui avaient érigé une barricade dans l'est de Hong Kong, marquant la fin d'une accalmie relative de dix jours dans l'ex-colonie britannique.

Cette région semi-autonome du sud de la Chine connaßt depuis juin sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession en 1997 avec des actions quasi quotidiennes pour dénoncer notamment le recul des libertés et l'ingérence grandissante de Pékin.

Alors qu'Ă  la suite de graves dĂ©rapages, les manifestations Ă©taient depuis plus d'une semaine redevenues pacifiques, la tension est montĂ©e d'un cran samedi dans le quartier populaire de Kwun Tong, dans l'est de la partie continentale de Hong Kong. AprĂšs avoir dĂ©filĂ© dans le quartier, des milliers de manifestants vĂȘtus de noir et portant pour beaucoup des masques Ă  gaz et des casques de chantier ont Ă©tĂ© bloquĂ©s par des dizaines de policiers antiĂ©meute, non loin du commissariat de Ngau Tau Kok.

Les protestataires ont érigé en travers d'une rue une barricade faite de barriÚres en plastique utilisées pour la circulation et de tiges de bambous servant à fabriquer les échafaudages dans le BTP.

- "Chinazi" -

Des inscriptions "Chinazi" apparaissaient sur les murets de béton séparant les deux voies de cette artÚre. Et de nombreuses insultes fusaient des rangs des manifestants en direction de la police, au centre depuis des semaines de l'ire des contestataires, ceux-ci l'accusant de violences.

AprÚs quelques heures de face-à-face, des radicaux ont commencé à jeter des bouteilles sur les forces de l'ordre, ou à leur tirer dessus au lance-pierre. La riposte ne s'est pas faite attendre, la police chargeant en tirant aussi des grenades lacrymogÚnes, qui n'avaient plus été employées depuis dix jours.
Plusieurs manifestants ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s, selon un journaliste de l'AFP sur place.

AprĂšs des semaines de mobilisation essentiellement pacifique, les manifestations avaient de plus en plus dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© fin juillet et dĂ©but aoĂ»t en des affrontements entre radicaux jetant des pierres ou des briques et les forces de l'ordre faisant un usage massif de gaz lacrymogĂšne et de balles en caoutchouc. Il y a en outre eu le passage Ă  tabac, au cours d'une action Ă  l'aĂ©roport, de deux Chinois du continent soupçonnĂ©s d'ĂȘtre des espions Ă  la solde de PĂ©kin, ce qui a gĂ©nĂ©rĂ© du cĂŽtĂ© des autoritĂ©s et dans les mĂ©dias officiels chinois des accusations de terrorisme et de plus en plus de menaces d'intervention de la Chine.

Dimanche dernier, en réponse, une grande marche pacifique a été organisée dans l'ex-colonie britannique, rassemblant 1,7 million de personnes selon ses organisateurs. "Le pacifisme ne résoudra pas le problÚme", rétorquait samedi un des manifestants se faisant appeler Ryan. "Le gouvernement ne répond pas aux manifestations pacifiques.

- Du "jamais vu" -

La mobilisation est partie en juin du rejet d'un projet de loi de l'exécutif local soutenu par Pékin qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine.
Le mouvement a depuis considĂ©rablement Ă©largi ses revendications, toutes plus ou moins liĂ©es Ă  la dĂ©nonciation d'un recul des libertĂ©s et d'une ingĂ©rence grandissante de la Chine. Les manifestants ont cinq demandes fondamentales, parmi lesquelles l'abandon total du projet de loi sur les extraditions, la dĂ©mission de la cheffe de l'exĂ©cutif Carrie Lam ou encore une enquĂȘte sur l'usage de la force par la police.

"Je n'ai jamais vu Hong Kong dans une telle situation", a déclaré samedi à l'AFP Dee Cheung, un manifestant de 65 ans en marge du face-à-face à Kwun Tong. "Les jeunes qui sont dehors mettent leur avenir en jeu et ce pour Hong Kong", a-t-il poursuivi. "Nous ne sommes pas d'accord avec tout ce qu'ils font, notamment avec ceux qui chargent la police. Mais il faut aussi se poser la question des raisons pour lesquelles ils font ça."

De son cĂŽtĂ©, la famille de Simon Cheng, l'employĂ© du consulat de Grande-Bretagne qui avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© en Chine, a annoncĂ© samedi qu'il Ă©tait rentrĂ© Ă  Hong Kong. Les relations entre PĂ©kin et Londres sont tendues depuis le dĂ©but de la contestation en juin, PĂ©kin accusant Londres d'ingĂ©rence dans ses affaires internes. Le gouvernement chinois avait finalement reconnu que l'employĂ© consulaire faisait l'objet d'un placement en dĂ©tention de 15 jours, sans en donner les raisons. La presse chinoise avait de son cĂŽtĂ© rapportĂ© que la cause de cette arrestation Ă©tait le fait que M. Cheng ait "sollicitĂ© des prostituĂ©es". Sa famille avait affirmĂ© que ces accusations Ă©taient "montĂ©es de toutes piĂšces".

AFP

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