Soupçonné d'espionnage

Huawei contre-attaque en justice face aux Etats-Unis

  • PubliĂ© le 7 mars 2019 Ă  09:55
  • ActualisĂ© le 7 mars 2019 Ă  11:03
Guo Ping (c), l'un des présidents tournants du géant chinois des télécoms Huawei lors d'une conférence de presse à Shenzhen, le 7 mars 2019

Soupçonné d'espionnage potentiel par les Américains, le groupe chinois Huawei a contre-attaqué jeudi en annonçant une plainte contre les Etats-Unis pour avoir interdit l'achat de ses équipements télécoms par l'administration.

Le gĂ©ant mondial des smartphones porte ainsi la bataille dans les prĂ©toires. Il avait dĂ©jĂ  lancĂ© une campagne mĂ©diatique destinĂ©e Ă  contrer les accusations de Washington, selon qui les Ă©quipements de l'entreprise pour les futurs rĂ©seaux 5G pourraient ĂȘtre infiltrĂ©s par PĂ©kin.

Huawei a indiqué que la plainte avait été déposée à Plano, dans l'Etat du Texas (sud). Elle vise l'interdiction faite aux administrations américaines d'acheter les équipements et services du groupe chinois, ou de travailler avec des entreprises tierces qui sont ses clientes. "Le CongrÚs américain n'a jamais pu fournir la moindre preuve pour justifier ses restrictions visant les produits Huawei. Nous sommes contraints de prendre cette action en justice en dernier recours", a indiqué dans un communiqué Guo Ping, l'un des présidents tournants de l'entreprise.

"Si cette loi est retirĂ©e, comme il se doit, Huawei pourra apporter aux Etats-Unis des technologies plus avancĂ©es et les aider Ă  construire les meilleurs rĂ©seaux 5G", la cinquiĂšme gĂ©nĂ©ration de technologie mobile, a soulignĂ© M. Guo. Il a prĂ©cisĂ© que le groupe privĂ© chinois allait demander des dommages et intĂ©rĂȘts en raison des restrictions "inconstitutionnelles" le visant.

"Le gouvernement américain ne ménage aucun effort pour salir l'entreprise", a-t-il par ailleurs dénoncé lors d'une conférence de presse organisée au siÚge de Huawei dans la métropole de Shenzhen (sud de la Chine).

- Piratage? -

Guo Ping a également accusé les Etats-Unis d'avoir piraté des serveurs de l'entreprise et d'avoir volé courriels et codes sources. Selon Washington, le Parti communiste au pouvoir en Chine pourrait utiliser les équipements de Huawei afin d'espionner d'autres pays ou de perturber des communications. Les Etats-Unis ont interdit à l'entreprise, leader planétaire dans ce domaine, de participer au déploiement de la 5G sur le sol américain. Et ils poussent leurs alliés occidentaux à prendre des mesures similaires.

Huawei a lancĂ© ces derniĂšres semaines une intense campagne de communication pour dĂ©fendre sa rĂ©putation. Et le jadis discret fondateur du groupe, Ren Zhengfei, 74 ans, est montĂ© au crĂ©neau, accordant plusieurs interviews aux mĂ©dias Ă©trangers. Dans son offensive contre Huawei, Washington entend Ă©galement juger sa directrice financiĂšre, Meng Wanzhou, pour violation des sanctions contre l'Iran. ArrĂȘtĂ©e dĂ©but dĂ©cembre au Canada et actuellement en libertĂ© surveillĂ©e, c'est aussi la fille du fondateur du groupe. La prochaine comparution de Mme Meng doit avoir lieu le 8 mai Ă  Vancouver, oĂč elle avait Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e dĂ©but dĂ©cembre lors d'une escale entre deux vols.

- "Un suicide" -

Dans la foulée, deux Canadiens avaient été interpellés en Chine, dans ce qui est largement perçu en Occident comme une mesure de représailles. Ils sont soupçonnés d'avoir mis en danger la sécurité nationale. Huawei est le leader mondial des équipements de télécommunications. Mais sa domination suscite les inquiétudes croissantes des Etats-Unis, qui veulent rester à la pointe du secteur technologique.

Ceux-ci disent s'inquiéter du fait que Pékin puisse utiliser des "backdoors", ces portes d'entrée dans les équipements permettant potentiellement d'espionner les communications. Des inquiétudes qui trouvent leurs origines dans le passé du fondateur de Huawei -- un ex-ingénieur de l'armée -- et dans une loi obligeant les groupes dont le siÚge social est en Chine à apporter une aide technique aux services de renseignement.

Sur ce dernier point, le responsable juridique de l'entreprise a reconnu mercredi que le groupe répondrait bien aux demandes du gouvernement chinois, mais uniquement pour les affaires de terrorisme ou les activités criminelles. "Mais si cela allait au-delà des stipulations expresses mentionnées par la loi, nous rejetterions une telle demande", a indiqué Song Liuping. Selon lui, l'installation de "backdoors" constituerait un "suicide" commercial si l'affaire était révélée.

AFP

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