Nicaragua

Hugo Torres, héros sandiniste devenu opposant, est mort en prison

  • PubliĂ© le 13 fĂ©vrier 2022 Ă  06:36
  • ActualisĂ© le 13 fĂ©vrier 2022 Ă  07:06
Le général à la retraite Hugo Torres, héros de la guérilla sandiniste passé dans l'opposition, en octobre 2017 à Managua

L'ancien héros de la guérilla sandiniste Hugo Torres, passé dans l'opposition au président du Nicaragua Daniel Ortega pour lequel il avait autrefois risqué sa vie, est mort samedi en prison à l'ùge de 73 ans.

"Nous communiquons avec une profonde douleur le décÚs de notre pÚre adoré", annonce un faire-part de la famille, publié par la plateforme d'opposition Unité Bleu et Blanc (Unab) dont faisait partie Hugo Torres.

EcrouĂ© le 13 juin dernier dans la redoutable prison d'El Chipote Ă  Managua, Hugo Torres Jimenez faisait partie des 46 opposants arrĂȘtĂ©s par le gouvernement Ortega qui les accusait d'ourdir un complot contre lui avec le soutien des Etats-Unis.

Il avait Ă©tĂ© extrait de prison le 17 dĂ©cembre pour ĂȘtre hospitalisĂ©, selon des proches. "De par la volontĂ© expresse de notre pĂšre, aucun hommage funĂšbre ni aucune cĂ©rĂ©monie publique ne seront cĂ©lĂ©brĂ©s", a indiquĂ© la famille. Hugo Torres Ă©tait vice-prĂ©sident du parti d'opposition Union DĂ©mocratique RĂ©novatrice (Unamos), issu en 1995 d'un courant du parti sandiniste en dĂ©saccord avec Daniel Ortega.

Il a été un des acteurs de premier plan de la lutte contre la dictature des Somoza, la famille qui a régné sans partage sur le Nicaragua entre 1937 et 1979.

Hugo Torres avait notamment menĂ© en 1974 une opĂ©ration de la guĂ©rilla pour libĂ©rer des prisonniers, dont Daniel Ortega lui-mĂȘme.
"Il y a 46 ans, j'ai risquĂ© ma vie pour sortir Daniel Ortega de prison", avait rappelĂ© M. Torres dans une vidĂ©o enregistrĂ©e avant son arrestation l'an dernier. "J'ai 73 ans, et je n'avais jamais pensĂ© qu'Ă  cette Ă©tape de ma vie j'allais ĂȘtre en train de lutter de façon civique et pacifique contre une nouvelle dictature", avait-il Ă©galement dit.

GĂ©nĂ©ral Ă  la retraite, il avait Ă©tĂ© pris dans les rafles d'opposants ordonnĂ©es quelques mois avant les Ă©lections du 7 novembre. Ces arrestations ont permis Ă  Daniel Ortega, dĂ©barrassĂ© de tous ses rivaux potentiels, d'ĂȘtre Ă©lu pour un quatriĂšme mandat consĂ©cutif.

- Prisonnier Ă  l'hĂŽpital -

Dix-huit des 46 opposants détenus ont été déclarés coupables par la justice nicaraguayenne au cours des deux derniÚres semaines, et sept se sont vus infliger des peines de 8 à 13 ans de prison.

Le parquet du Nicaragua a indiquĂ© que le gĂ©nĂ©ral Torres Ă©tait mort "des suites d'une maladie", et que la "suspension dĂ©finitive" des poursuites qui le visaient avait Ă©tĂ© demandĂ©e et obtenue. "DĂšs le moment oĂč son Ă©tat de santĂ© s'est dĂ©gradĂ©, il a Ă©tĂ© transportĂ© dans un hĂŽpital pour ĂȘtre soignĂ© de façon adĂ©quate, et oĂč il a toujours Ă©tĂ© accompagnĂ©" par ses trois enfants et son gendre, a assurĂ© le parquet.

Mais selon l'ancienne guérillera sandiniste et opposante au gouvernement Monica Baltodano, en exil, le général Torres est mort alors qu'il était prisonnier à l'hÎpital et "ne pouvait presque pas se déplacer par ses propres moyens" en raison d'une inflammation des jambes.

"Nous déplorons profondément la mort d'un héros des luttes contre les dictatures qui ont dominé le Nicaragua, la dictature de Somoza, et maintenant celle d'Ortega, qui est une dictature brutale et criminelle", a-t-elle déclaré à la chaßne de télévison canal 100 Noticias, diffusée sur internet depuis l'exil.

Le parti Unamos avait dénoncé en janvier la détérioration de la santé de son vice-président emprisonné et avait exigé en vain du gouvernement des informations sur son état de santé. "Il a été soumis à des tortures physiques et psychologiques dans le centre de détention", a dénoncé samedi Unamos.

L'Organisation des Etats amĂ©ricains (OEA) "juge abominable le fait de maintenir en dĂ©tention des prisonniers politiques atteints de maladies terminales, sans l'assistance mĂ©dicale nĂ©cessaire", a-t-elle affirmĂ© dans un communiquĂ©. "C'est une honte" que le gĂ©nĂ©ral Torres "ait dĂ» mourir en prisonnier et que son geĂŽlier ait Ă©tĂ© celui qu'il avait lui-mĂȘme libĂ©rĂ© des prisons du somozisme", a regrettĂ© son ancien compagnon d'armes et dissident sandiniste Julio Lopez.

AFP

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