Le prĂ©sident brĂ©silien Jair Bolsonaro, sous forte pression internationale, "penchait" vendredi pour l'envoi de l'armĂ©e en Amazonie afin de lutter contre les incendies, au moment oĂč des manifestations contre son gouvernement se tenaient dans plusieurs pays.
De l'autre cĂŽtĂ© de l'Atlantique, l'Amazonie est devenue "une prioritĂ©" Ă la veille du G7 de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, oĂč le prĂ©sident Emmanuel Macron a accusĂ© M. Bolsonaro d'avoir "menti" sur ses engagements climatiques et a dĂ©cidĂ© de s'opposer Ă l'accord de libre-Ă©change UE-Mercosur. Pour le Premier ministre britannique Boris Johnson, les incendies constituent une "crise internationale".
Des manifestations en défense de l'Amazonie étaient annoncées à Sao Paulo et Rio de Janeiro, mais aussi devant les ambassades et consulats du Brésil dans le monde, à l'appel de nombreuses ONG. Parmi celles-ci le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, "Fridays for Future". Plusieurs centaines de personnes ont par exemple manifesté à Londres.
Pendant ce temps, dans le "poumon de la planĂšte", quelque 700 nouveaux feux ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en 24 heures jeudi, selon les chiffres communiquĂ©s vendredi par l'Institut national de recherche spatiale (INPE). L'INPE, dont le patron a Ă©tĂ© limogĂ© dĂ©but aoĂ»t aprĂšs avoir publiĂ© des donnĂ©es sur la dĂ©forestation jugĂ©es mensongĂšres par Jair Bolsonaro, a indiquĂ© que 76.720 feux de forĂȘt avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©s dans le pays de janvier jusqu'au 22 aoĂ»t -- soit 85% de plus que sur la mĂȘme pĂ©riode de l'an dernier. Plus de 52% concernent l'Amazonie.
- "Psychose environnementale" -
A Brasilia, Jair Bolsonaro, a tenu tard jeudi une réunion de crise avec une demi-douzaine de ses ministres, dont celui de l'Environnement Ricardo Salles et de la Défense Fernando Azevedo e Silva, visiblement en réaction aux pressions qui s'accentuaient sur son gouvernement pour sauver l'Amazonie, dont 60% se trouve en territoire brésilien.
Les feux de forĂȘt, essentiellement dus Ă la dĂ©forestation, aggravĂ©e par la saison sĂšche qui se poursuivra en septembre, ont pris une dimension internationale jeudi: l'ONU et Emmanuel Macron ont interpellĂ© vivement Jair Bolsonaro tandis que se multipliaient sur les rĂ©seaux sociaux les appels du monde entier en dĂ©fense du "poumon de la planĂšte".
"Le gouvernement brĂ©silien reste ouvert au dialogue, sur la base de faits objectifs et du respect mutuel", a Ă©crit sur Twitter le prĂ©sident d'extrĂȘme droite, aprĂšs avoir Ă©voquĂ© une "psychose environnementale". "La suggestion du prĂ©sident français selon laquelle les affaires amazoniennes soient discutĂ©es au (sommet du) G7 sans la participation de la rĂ©gion Ă©voque une mentalitĂ© colonialiste dĂ©passĂ©e au XXIe siĂšcle", a-t-il lancĂ© Ă M. Macron. Les alliĂ©s de Jair Bolsonaro se dĂ©chaĂźnaient sur Twitter, tel son fils Eduardo, un dĂ©putĂ© et possible prochain ambassadeur du BrĂ©sil aux Etats-Unis, qui retweetait une vidĂ©o de violentes manifestations de gilets jaunes en France avec le texte: "Macron est un idiot".
Sur Twitter toujours, les incendies en Amazonie représentaient encore la premiÚre tendance, à la fois au Brésil et en France, avec de nombreux partages sur les appels à manifester dans la journée.
- "Risque aggravé de sanctions" -
Le puissant secteur de l'agro-négoce, gros exportateur au Brésil et jusqu'ici soutien politique actif de Jair Bolsonaro, commençait à s'inquiéter sérieusement des répercussions économiques de la montée de tensions avec les partenaires commerciaux de la premiÚre puissance économique d'Amérique latine.
Pour l'analyste Thomaz Favaro, Jair Bolsonaro a "mis de l'huile sur le feu avec ses commentaires (...) sur le rÎle des ONG et sur Macron". "Il a aggravé le risque de sanctions et de représailles, y compris contre l'accord UE-Mercosur". L'Irlande a aussi menacé de bloquer l'accord si le Brésil ne réagissait pas en Amazonie.
Le prĂ©sident d'extrĂȘme droite, un climato-sceptique assumĂ©, a dĂ©clarĂ© cette semaine avoir des "soupçons" sur une responsabilitĂ© des ONG dans les feux en Amazonie. Il a dĂ©clenchĂ© une levĂ©e de boucliers de quelque 118 ONG qui l'ont accusĂ© d'"irresponsabilitĂ©". En dĂ©but de semaine, il avait Ă©galement accusĂ© les gouverneurs des Etats amazoniens "de ne pas avoir levĂ© le petit doigt" contre les incendies et mĂȘme de "connivence". Il va pourtant avoir besoin de ces gouverneurs, qui ont trĂšs mal pris ses attaques, pour lutter contre les incendies.
AFP

