Nicaragua

Intensification des pressions diplomatiques sur Ortega

  • PubliĂ© le 17 juillet 2018 Ă  09:25
  • ActualisĂ© le 17 juillet 2018 Ă  16:45
Les funérailles d'un étudiant tué par la police, le 16 juillet 2018 à Managua, au Nicaragua

Les pressions diplomatiques s'accentuent sur le prĂ©sident nicaraguayen Daniel Ortega, la communautĂ© internationale rĂ©clamant de toutes parts l'arrĂȘt de la rĂ©pression aprĂšs trois mois de manifestations violemment rĂ©primĂ©es qui ont causĂ© la mort de centaines de personnes.

"Il est absolument essentiel que cesse immédiatement la violence et que soit relancé le dialogue national, parce que seule une solution politique est acceptable pour le Nicaragua", a déclaré lundi le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

"Une responsabilitĂ© essentielle de l'Etat est la protection de ses citoyens, et ce principe fondamental ne peut pas ĂȘtre oubliĂ©, surtout lorsque nous avons malheureusement un nombre de morts qui est absolument choquant", a dit M. Guterres Ă  San JosĂ© lors d'une intervention au cĂŽtĂ© du prĂ©sident du Costa Rica, Carlos Alvarado.

Depuis Bruxelles, oĂč se tient jusqu'Ă  mardi une rĂ©union des ministres des Affaires Ă©trangĂšres de l'Union europĂ©enne (UE) et de la CommunautĂ© des États d'AmĂ©rique latine et des CaraĂŻbes (CELAC), 13 pays d'AmĂ©rique latine ont rĂ©clamĂ© lundi dans une dĂ©claration commune "la cessation immĂ©diate des actes de violence" au Nicaragua.

Ces pays condamnent les violences qui ont causĂ© "plus de 300 morts et des centaines de blessĂ©s" et la "rĂ©pression" des autoritĂ©s contre des Ă©tudiants et des civils et rĂ©clament "le dĂ©mantĂšlement de groupes paramilitaires". Les 13 pays exhortent Ă©galement Managua Ă  "rĂ©activer le dialogue national" qui "implique toutes les parties pour gĂ©nĂ©rer des solutions pacifiques et durables" et expriment leur soutien aux Ă©vĂȘques nicaraguayens dans leur travail "en faveur de la recherche et de la promotion de solutions au conflit".

Le document est signé par l'Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l'Uruguay et l'Equateur.

Pression européenne

Dimanche, la diplomatie européenne avait condamné "les actes de violence contre les étudiants et les civils" au Nicaragua, appelant à "mettre fin à toute violence" et à "une solution pacifique et démocratique dans le pays dans le cadre du dialogue national". La France et l'Espagne ont également appelé les autorités nicaraguayennes à cesser leur "répression" aprÚs la mort d'au moins dix personnes dimanche.

"La France condamne les attaques perpétrées ces derniers jours par les forces de police et les unités paramilitaires contre des responsables religieux et des manifestants pacifiques, notamment des étudiants", a déclaré le ministÚre français des Affaires étrangÚres dans un communiqué. "Le gouvernement de l'Espagne condamne tous les faits de violence survenus récemment au Nicaragua et réitÚre la nécessité de respecter les droits de réunion, de manifestation et la liberté d'expression", a écrit dans un communiqué le ministÚre espagnol des Affaires étrangÚres.

L'Espagne, dirigĂ©e depuis le 1er juin par le socialiste Pedro Sanchez, souhaite "que toutes les morts survenues dans cette crise depuis le 18 avril fassent l'objet d'une enquĂȘte et soient jugĂ©es". Le dĂ©partement d'État amĂ©ricain a pour sa part exhortĂ© M. Ortega "Ă  cesser immĂ©diatement sa rĂ©pression contre le peuple".

Six civils et quatre policiers ont trouvĂ© la mort dimanche dans des opĂ©rations des forces de police et paramilitaires Ă  Masaya, une ville rebelle situĂ©e Ă  une trentaine de kilomĂštres de la capitale Managua, et dans ses environs. Dans la nuit de vendredi Ă  samedi, deux jeunes avaient Ă©tĂ© tuĂ©s durant une attaque menĂ©e par les forces pro-gouvernementales contre une Ă©glise de Managua, oĂč quelque 200 Ă©tudiants s'Ă©taient retranchĂ©s.

Il s'agit des derniers épisodes en date dans les violences qui secouent depuis trois mois ce pays, le plus pauvre d'Amérique centrale.

"Qu'ils s'en aillent"

"Qu'ils s'en aillent!", ont scandĂ© lundi des centaines d'Ă©tudiants qui ont dĂ©filĂ© dans les rues de la capitale, dĂ©terminĂ©s Ă  protester "jusqu'Ă  ce que ces criminels dĂ©missionnent". "MĂȘme s'ils nous tuent et nous rĂ©priment, on va poursuivre cette lutte", ont-ils lancĂ© en rĂ©clamant "justice" pour leurs camarades tuĂ©s lors des affrontements avec les forces de l'ordre.

"Non a la rĂ©pression. Ortega assassin, tu vas finir par partir", pouvait-on lire sur une pancarte de la marche, qui s'est terminĂ©e devant la prison d'El Chipote, dans le centre de la capitale. Des centaines de jeunes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s au cours des manifestations de ces derniĂšres semaines. Le gouvernement qualifie les protestataires de "putschistes" et de "dĂ©linquants".


Un mouvement de protestation, dont les Ă©tudiants sont le fer de lance, a Ă©tĂ© lancĂ© le 18 avril contre le gouvernement de Daniel Ortega. Le chef de l'Etat, 72 ans, Ă  la tĂȘte du Nicaragua depuis 2007 aprĂšs l'avoir dĂ©jĂ  dirigĂ© de 1979 Ă  1990, est accusĂ© d'avoir durement rĂ©primĂ© les manifestations et mis en place avec son Ă©pouse Rosario Murillo, qui occupe les fonctions de vice-prĂ©sidente, une "dictature" marquĂ©e par la corruption et le nĂ©potisme.

Ses adversaires demandent des élections anticipées ou son départ.


- © 2018 AFP

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