Scandale

Intoxications et humiliations au ministĂšre: un ex-haut fonctionnaire poursuivi

  • PubliĂ© le 9 novembre 2019 Ă  00:04
  • ActualisĂ© le 9 novembre 2019 Ă  05:40
Le ministĂšre de la Culture Ă  Paris, le 4 avril 2007

Des diurétiques dans le café: des femmes accusent un ancien haut fonctionnaire du ministÚre de la Culture de les avoir humiliées en les poussant à uriner devant lui et en les photographiant. L'homme est poursuivi notamment pour agression sexuelle.

LibĂ©ration, qui dĂ©taille vendredi, dans une longue enquĂȘte, les actes reprochĂ©s Ă  cet ancien recruteur du ministĂšre, affirme qu'il aurait fait plus de 200 victimes en 9 ans. L'affaire avait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e par le Canard EnchaĂźnĂ© en mai dernier.

"C'est une affaire complÚtement folle d'un pervers" a réagi vendredi sur Europe 1 le ministre de la Culture Franck Riester. Il s'est dit "atterré" par des faits qui se sont produits avant son entrée en fonction rue de Valois, en octobre 2018.

"Entre 2009 et 2018, plus de 200 femmes (...) ont été photographiées et/ou intoxiquées aux diurétiques, à leur insu, au ministÚre de la Culture puis à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Grand Est", écrit Libération, sur la base de nombreux témoignages.

Selon le quotidien, cet ancien sous-directeur des politiques de ressources humaines versait d'abord un diurĂ©tique dans une boisson chaude, qu'il proposait Ă  des candidates Ă  des postes au ministĂšre. Il isolait ensuite ses victimes pour les pousser Ă  uriner devant lui, par exemple en leur proposant une visite du quartier, en suivant un itinĂ©raire "permettant d'isoler ses victimes et de les Ă©loigner des cafĂ©s ou des musĂ©es oĂč elles pourraient trouver des toilettes".

"J'étais au bord du malaise. Sous un pont (...), j'ai uriné. Pendant ce temps, il tenait son manteau devant moi pour me cacher et regardait mon visage", témoigne une femme dans le quotidien.

- Cellule d'alerte au ministĂšre -

Le DRH tenait registre de ses actes dans un fichier informatique intitulĂ© "ExpĂ©riences", avec force dĂ©tails et photographies, dans lequel il consignait minute aprĂšs minute les troubles de ses victimes, selon cette enquĂȘte.

"J?aurais voulu qu?on m?arrĂȘte avant", affirme l'ancien haut fonctionnaire Ă  LibĂ©ration, reconnaissant pour sa part avoir intoxiquĂ© "dix ou vingt" femmes.
L?affaire a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e le 15 juin 2018 Ă  la Drac du Grand Est, oĂč l'homme a Ă©tĂ© pris sur le vif en train de photographier "discrĂštement" les jambes d'une sous-prĂ©fĂšte de Moselle. Il a Ă©tĂ© suspendu en octobre, puis rĂ©voquĂ© en janvier 2019.

Placé sous contrÎle judiciaire, il a été mis en examen pour "administration de substance nuisible", "agression sexuelle par personne abusant de l'autorité conférée par sa fonction", "atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation d'image", "violence par une personne chargée de mission de service public" et "infraction à la législation sur les médicaments", selon une source judiciaire.

Une information judiciaire a été ouverte le 24 octobre 2019 par le parquet de Paris.

"Une procédure disciplinaire a été engagée contre lui, aboutissant à sa radiation de la fonction publique", confirme-t-on au ministÚre de la Culture.

"DÚs que le ministÚre a eu connaissance de signalements de ses agents, il a engagé des actions auprÚs du procureur de la République. C'est à ce titre qu'une procédure judiciaire est en cours", a précisé à l'AFP le ministÚre de la Culture.

Celui-ci a mis en place une cellule d'alerte, d'écoute et de signalement, destinée à tous ses agents.

 AFP

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