Une centaine de migrants voulant traverser la Manche pour gagner le Royaume-Uni ont fait une incursion, dans la nuit de samedi à dimanche, dans le port de Calais, une opération inédite par son ampleur qui a donné lieu à plus de 60 interpellations.
Une cinquantaine ont mĂȘme rĂ©ussi Ă grimper Ă bord d'un ferry en provenance d'Angleterre, ce qui a nĂ©cessitĂ© l'intervention des forces de l'ordre et des secours toute la nuit et la matinĂ©e de dimanche, selon la prĂ©fecture.
Ces opérations sont désormais "terminées", a indiqué la préfecture lors d'un point presse organisé sur place à la mi-journée, en présence du sous-préfet de Calais, Michel Tournaire, du président des ports de Calais et Boulogne-sur-Mer, Jean-Marc Puissesseau et de la maire de Calais, Natacha Bouchart.
Au total, deux migrants ont Ă©tĂ© lĂ©gĂšrement blessĂ©s -ils sont tombĂ©s Ă l'eau en lĂ©gĂšre hypothermie- de mĂȘme qu'un membre d'Ă©quipage aprĂšs une altercation avec un migrant, selon un bilan fourni par la prĂ©fecture.
Cette intrusion est inédite par son ampleur. Surtout, depuis la mise en place de d'un coûteux dispositif de sécurisation du site il y a deux ans (grilles, barbelés, caméras, surveillance supplémentaire...), les entrées dans le port étaient trÚs limitées, voire quasi nulles.
Les migrants, qui espéraient rejoindre le Royaume-Uni, ont pénétré dans l'enceinte du port samedi entre 21H15 et 21H30. Une cinquantaine d'entre eux ont réussi à monter à bord du "Calais Seaways", un ferry de la compagnie DFDS, "en provenance de Douvres et qui venait d'accoster", au moyen notamment d'une échelle d'entretien et en raison de la marée haute, avait expliqué dans la nuit à l'AFP Jean-Philippe Vennin, sous-préfet de permanence pour le Nord et le Pas-de-Calais. Tombés à l'eau, deux migrants ont été rapidement secourus par les pompiers.
Intervenant à bord, les forces de l'ordre ont organisé "la sortie des véhicules, voitures et poids lourds" et "ratissé le ferry", interpellant au cours de la soirée et de la nuit 46 personnes, placées en garde à vue au commissariat tout proche de Coquelles.
Dimanche matin, un groupe de migrants se trouvait toujours à bord, perché "tout en haut de la cheminée du ferry", sur "une passerelle exposée en plein vent à plusieurs dizaines de mÚtres de hauteur", selon M. Vennin. AprÚs une premiÚre tentative infructueuse, dans des conditions météo "pluvieuses et venteuses" dangereuses, et face à des migrants qui "refusaient" de quitter les lieux, les sapeurs-pompiers du Grimp (Groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux) ont finalement réussi à les faire descendre.
"Affaiblissement" du nombre de CRS
Dix-sept migrants ont ainsi été interpellés dimanche matin par les forces de l'ordre, portant le total des interpellations à 63 personnes, selon la préfecture.
Pour s'introduire sur le port, "les migrants sont passés par une passerelle piéton réservée au personnel et je suis persuadé que les lieux avaient été repérés et que l'opération d'hier soir a été préparée par les passeurs", a déclaré à la presse Jean-Marc Puissesseau.
"Il n'est pas normal qu'une centaine de migrants puisse accĂ©der ainsi Ă une zone sensible telle qu'un port. Il y a une faille quelque part", a aussi jugĂ© la maire de Calais et vice-prĂ©sidente de la RĂ©gion Hauts-de-France Natacha Bouchart. "L'affaiblissement du nombre de compagnies des forces de l'ordre met en pĂ©ril les usagers du port", a-t-elle dĂ©plorĂ©, rĂ©clamant Ă l?Ătat "des rĂ©ponses judiciaires fermes et des expulsions".
"Il faut renforcer nos forces de l?ordre à la veille d?un #Brexit qu?utilisent les passeurs pour promouvoir leur trafic. La justice doit prononcer des sanctions exemplaires pour ceux qui s'introduisent illégalement dans les ports", a également réclamé sur Twitter le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.
Le trafic des bateaux, temporairement perturbĂ© samedi soir, est revenu Ă la normale dimanche, selon la prĂ©fecture. "Le ferry en question a Ă©tĂ© dĂ©placĂ© au cours de la nuit" pour ne pas gĂȘner la circulation des autres bateaux.
AFP

